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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari

Élections. Quel sort pour les "petits" ?

Mohamed Moujahid (PSU).
(AIC PRESS)

Au moment où le projet du nouveau code électoral est sujet à polémique dans les coulises du pouvoir, les conditions drastiques posées par la majorité suscitent des réactions mitigées du côté des laissés-pour-compte.


Finalement, le projet très controversé du nouveau code électoral n’a pas été à l’ordre du jour du dernier conseil des ministres . En attendant , pour se faire entendre, tous les partis qui se sentent visés par ce texte, se rebiffent au nom du droit à la minorité et à la participation à armes égales, devant les conditions qui vont leur être imposées : un
seuil élevé de 7% par siège et l'obligation pour les partis sous-représentés de récolter 500 signatures en guise de tazkia.

La tentation du non
Le premier boycott des prochaines élections est venu de La Voie démocratique, ou Annahj Addimocrati, qui a officialisé sa position via un communiqué de son secrétariat national, le 9 juillet. Ce n'est pas vraiment une surprise tant le parti le plus à gauche de l'échiquier politique est connu pour son allergie à toute initiative du “système makhzénien”, selon une terminologie à laquelle les anciens d'Ilal Amam restent accrochés comme au bon vieux temps de la lutte anti-impérialiste. Ni alliances, ni consignes de vote, ça sera un non pur et simple. “(Le système) a validé une loi sur les partis qui nanise les institutions politiques et les makhzénise (…) Il a maintenu les anciennes listes électorales falsifiées et choisi un découpage non démocratique” peut-on lire dans le document annonçant le boycott.

“Même si le non exprimé par La Voie démocratique nous semble quelque peu prématuré, nous pourrions bientôt l'imiter si le code électoral est définitivement adopté dans son actuelle mouture”, résume Mustapha Moâtassim, secrétaire général d'Al Badil Al Hadari, un parti formé par d'anciens cadres de la Chabiba islamiya. Légalisé il y a quelques mois à peine après une longue existence souterraine, Al Badil comptait se présenter aux élections en tant que “parti islamiste de gauche” ouvert à la laïcité et aux alliances avec les forces progressistes. Aujourd'hui, tout est remis en cause. “Si le parlement valide à son tour le code électoral, nous lancerons un appel au boycott national, nous manifesterons dans la rue et nous contesterons les résultats des élections”, annonce son secrétaire général.

Au Parti de l'avant-garde démocratique socialiste (PADS), la tendance générale reste partagée entre la participation et le boycott des prochaines consultations. Après deux longues décennies passées à refuser toute participation au “jeu” politique, le parti d'Ahmed Benjelloun avait pourtant fini par dire oui aux élections 2007. “Mais c'était un oui conditionnel, qui peut se transformer en un non si le débat sur le code électoral n'avance pas dans le bon sens”, nuance ce militant.

Les incertains
Le Parti socialiste unifié (PSU), habituel producteur d'idées et d'intellectuels de premier rang, réserve pour le moment son “verdict” par rapport à un code électoral qui risque de lui barrer la route du parlement. “Nous aviserons au moment venu, explique Mohamed Meftah, dirigeant du PSU. Le code électoral n'est qu'un aspect de la réforme politique et il en existe d'autres comme la refonte de la Constitution et l'implication du citoyen dans le débat et les consultations politiques”. A droite comme à gauche, on sait qu'un non du PSU serait un camouflet pour la transition démocratique en cours. En plus de représenter une certaine gauche crédible et responsable, le PSU pourrait récupérer des consignes de vote parmi les nouveaux partis de gauche. C'est le cas par exemple du Parti travailliste (PT), qui évite par ailleurs d'envisager un recours au boycott, voire aux alliances. Légalisé il y a quelques semaines à peine, le parti fondé par Abdelkrim Benatik joue la carte de l'humilité, reportant ses espoirs sur les élections de 2012… et votant PSU. “Le plus important est de fortifier les structures de notre parti, résume Benatik. Nous refusons la politique de la chaise vide à laquelle on veut peut-être nous pousser mais en cas de force majeure, nous appellerons à voter PSU”.

L'alliance des libertés (ADL) de Ali Belhaj, repaire des néo-libéraux, a du mal à contenir sa colère. “La démocratie, c'est d'abord le respect des minorités et du libre choix du citoyen, chose que renie le code en préparation”, s'indigne Belhaj. Que faire alors ? A l'image de son président, le parti s'interroge sur l'opportunité de s'allier à un “cousin” libéral comme les Forces citoyennes (FC) de Abderrahim Lahjouji. C'est d'autant moins probable que le parti de Lahjouji lorgne d'abord… le PJD auquel il est lié par un “partenariat” de plusieurs mois déjà. Dans ces conditions, et aussi surprenant que cela puisse paraître, ADL admet un rapprochement de vues avec le PSU et se verrait bien “boycotter, appeler à ne pas voter et mener campagne contre les élections (si le projet de code électoral est adopté par le parlement)”. Dixit son président Belhaj !

Le malaise des petits nouveaux
Y compris le cas particulier du Parti travailliste, les nouveaux venus sont dans des dispositions aussi contrastées que possible. A l'Union marocaine pour la démocratie (UMD), fondée par Abdellah Azmani, un ancien de l'UC, il n'est pas question de consignes de vote mais d'adaptation aux circonstances. “S'il nous faut collecter des signatures d'élus pour aligner nos candidats, nous irons les chercher”, prévient, presque à regret, Azmani. “Il est décevant de changer les lois et les normes à chaque fois, ce n'est pas sérieux, le nouveau code pénalise gravement les nouveaux partis et leur interdit pratiquement de se présenter aux élections… mais nous essaierons quand même de nous adapter”.

Au Parti de la vertu et de la vigilance (PVV) formé autour de l'ancien PJD, Mohamed Khalidi, le ton est beaucoup plus enflammé. “Ce code est un complot (de la majorité) contre la stabilité du pays”, tonne sans réserve Khalidi. “Je défie quiconque parmi les partis de pouvoir aligner 10 000 militants authentiques, on ne se rend pas compte qu'en tuant les minorités, la soi-disant majorité n'aura plus de sens”. Le discours offensif du PVV traduit surtout son malaise : doit-il retourner dans le bercail du PJD, ce qui serait un aveu d'échec difficilement concevable pour son fondateur, ou se chercher des alliés improbables parmi la flopée de partis plus ou moins assimilés à la droite ? Trop tôt pour répondre.

Les sereins
S'il y a un parti qui a préféré ne pas “broncher”, c'est bien le Front des forces démocratiques (FFD), un parti que l'on pourrait qualifier de centre-gauche. Commentaire de son S.G, Thami Khyari. “Le code électoral a été voulu par la majorité, c'est en soi une bonne chose même si on regrette qu'il n'y ait pas eu de débat national sur la question”. Le FFD ira donc aux élections, un rendez-vous qu'il décrit comme “l'occasion de savoir ce que chaque parti vaut réellement en termes de popularité”.

La sérénité du FFD est partagée à droite par le Parti national démocrate (PND), et son S.G, Abdellah Kadiri, l'explique ainsi : “Le seuil des 7% pour accéder au parlement ne nous effraie pas puisque nous sommes persuadés de pouvoir l'atteindre et même de le dépasser”. Tout simplement.

Même constat à l'Union constitutionnelle (UC) dont le S.G, Mustapha Abied, réfute une rumeur selon laquelle le parti aurait proposé de recourir à un arbitrage royal pour trancher sur le contenu du code électoral. “L'arbitrage royal est un ultime recours qu'il est prématuré, voire déplacé, d'envisager pour le moment. Même si on n'est pas d'accord sur la manière dont le code a été élaboré, le plus important est de regrouper la famille politique en pôles solides et clairement identifiables”.



PJD - USFP. Des calculs entre amis

Accusé même par ses partenaires de l'opposition parlementaire d'être à la fois pour et contre le code électoral en gestation, le PJD rappelle, par la voix de Lahcen Daoudi, “ne pas faire de son entrée au gouvernement une priorité”. Le seuil de 7% ne l'effraie pas et le parti reporte la question des alliances (cas de Forces citoyennes entre autres) après les élections. “Notre vision a été arrêtée il y a six mois déjà : nous sommes pour la participation de tous les partis, mais pour l'application des 7% (à l'échelle nationale) comme condition d'accès au parlement”. Le même discours semble prévaloir à l'USFP, perçue comme le véritable architecte (avec le ministère de l'Intérieur) du code électoral et que certains accusent d'hégémonisme sur les autres formations de gauche. “Nous n'avons pas défendu le code électoral contre le PADS, le PSU ou le PPS, mais simplement pour mieux accompagner la volonté nationale de combattre l'éclatement de la scène politique”, rectifie ce dirigeant. A vérifier, bien sûr.

 
 
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