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Casablanca. À la recherche de la médina perdue
N° 235
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Chadwane Bensalmia

La semaine Culture

Mory Kanté

Concert. Yéké Yéké, chantait Kanté !

Premier et seul artiste africain à avoir vendu plus de deux millions de singles. C’était en 1987, “Yéké Yéké”, extrait de son troisième album solo, Akwaba Beach, propulsait Mory Kanté star pour MTV. Il devenait ainsi, après Salif Keïta, le deuxième membre des Rail Band de Bamako à réussir le passage à la carrière solo. C’est d’ailleurs lui qui avait remplacé le Malien au micro, au départ de ce dernier de la formation, en 1973. Une période phare dans la carrière musicale de Kanté mais dont il reste malheureusement très peu de traces. C’est avec le Rail Band que Kanté découvre et s’éprend de la kora pour en devenir, plus
tard et en bon autodidacte, un virtuose. Et c’est encore avec eux qu’il reçoit le trophée de la “voix d’or”, en 1975, au Nigeria avant de se déclarer démissionnaire, en 1978. En solo désormais, Kanté annonce la couleur. Sa musique sera universelle. Ou du moins en a-t-elle l’ambition ! Il lui faudra dix ans de travail pour réussir le challenge, “Yéké Yéké”. Depuis, le griot guinéen a enchaîné les albums (Touma, Nongo village, etc.), expérimentant les fusions les plus audacieuses entre musique traditionnelle mandingue et rythmiques funk, pop, hip hop, soul, jazz voire même électro. Mais le succès de “Yéké Yéké” est indétrônable. En 2004, il surprend à nouveau avec son “Sabou”, un retour aux sources manifeste où la tradition sonore africaine revient au galop, tout naturellement. Virtueusement africain !

Au festival Transes-Atlantic d’ El Jadida, du 26 au 29 juillet.



À l’affiche. Superman... encore !

Alors que les sorties s’espacent et laissent de la place aux reprises, Superman Returns arrive à grand renfort de publicité, en pleine canicule. Tant qu’il y aura de la clim dans les salles obscures, l’espoir subsiste. En tout cas, le dernier Superman est – pour quelques mois encore – le film le plus cher de l’histoire du cinéma, à cause à la fois du casting (Nicolas Cage était pressenti pour le rôle principal) et des péripéties du tournage (dix ans de valses-hésitation de la Warner). Un scénario léger : Clark Kent, le journaliste du Daily Planet, vit un double dilemme. Dans sa vie “civile”, sa bien-aimée Lois Lane l’a quitté et le monde ne semble plus avoir besoin de – son double – Superman et de ses beaux collants bleus. Pour pimenter le tout, son vieil ennemi Lex Luthor veut lui piquer tous ses superpouvoirs avec de la Kryptonite bon marché. Honnête le film de super-héros, même Marlon Brando a été ressuscité grâce à des images d’archives ! Mais, l’histoire s’allonge un peu inutilement. 2h34 tout de même !


Kamarstudios. Ode à la lune

Les Voix de la Méditerranée s’élèvent. Ce 9ème festival de poésie de Lodève (Midi-Pyrénées) accueillera, les 26 et 27 juillet, la “première vraie nuit de transe gnaouie” en France, incarnée par Oulad Kamar, les maâlems du laboratoire marrakchi Kamarstudios, accompagnés de DJ Zitroz. Six mois après la sortie hexagonale de l’album Noir (Virgin), alliance de l’électro-acoustique minimale et des sons de transe, l’équipe est en discussion avec Sony pour l’international. Malgré des ventes timides, le projet Kamarstudios – “transes du troisième millénaire” selon Le Figaro – suscite des critiques laudatives et fera pleine page du Nouvel Obs le 27 juillet.


Arts plastiques. 50 ans de peinture à Asilah

Mohammed Melehi décide de redorer le blason des arts plastiques qui ont fait la réputation du Moussem culturel international d’Assilah. Dans le cadre de la 28ème édition de cette manifestation, il organise, du 4 au 31 août, une exposition intitulée “Différence et permanence”. Mohammed Melehi, qui est à la fois commissaire et exposant, a rassemblé les œuvres des peintres Saâd Ben Cheffaj, Abdelbassit Bendahmane, Mohamed Bennani, Mahi Binebine, Mostapha Boujemaoui et Mohamed Hamidi. “Cette exposition tend à montrer les principaux courants artistiques qui ont dominé la peinture au Maroc, depuis l’indépendance jusqu’à ce jour”, affirme le commissaire.
Si le choix des peintres permet en effet de se faire une idée exhaustive des tendances picturales dominantes dans le pays, il n’en demeure pas moins que la densité historique voulue à l’événement risque de faire des mécontents parmi les peintres absents. Dès que l’on assigne des fins historiques à une exposition, tous les peintres veulent y être.


Rock Floydien. Wish you were (still) here

Vendredi 14 juillet, Roger Waters et Nick Mason, respectivement ex-bassiste et batteur de Pink Floyd, donnaient un concert sur le circuit du Grand Prix de F1 de Magny-Cours. Après une première partie mollasse et une prestation sous la pluie – totalement inutile – de Laurent Voulzy, Waters et les siens ont tenu à rendre hommage à Syd Barrett, l’un des fondateurs du Floyd, mort quelques jours plus tôt, avec “Shine on You Crazy Diamond”. “Toute la soirée est pour Syd, évidemment. Surtout cette chanson”, a dit simplement Waters, en se retournant vers l’écran derrière la scène qui projetait le portrait halluciné de Barrett. Le bassiste a ensuite joué un inédit “Leaving Beirut” juste (et) émouvant. Ensuite, le papy et son groupe, rejoints par Nick Mason, ont déroulé tout Dark Side of the Moon au son quasi parfait. Après deux heures, le public en demandait encore. Le finish a enchaîné “Another Brick in the Wall”, “Bring the Boys back Home” (repris en choeur) avant un “Confortably Numb” orgasmique.


Coup de cœur. Desert rebel : Sahara blues

Quand des ténors de la scène française s’associent à des musiciens touaregs du Niger et montent un groupe pour participer à la construction de puits et d’écoles, de musique notamment, dans ce pays touché par la famine… ça donne une formation comme les Desert Rebel. Une belle rencontre autour d’Abdallah Oumbadougou, ancien exilé dont les chansons appelant au soulèvement et à l’unité du peuple touareg, interdites par les autorités, ont bercé des années durant les campements de réfugiés, du Niger au Mali et de l’Algérie à la Libye. À ses côtés, sur scène au Timitar, les excellents guitaristes Daniel Jamet (Mano Negra) et Manu Eveno (Tryo), tout en discrétion, ont soutenu et donné vie à ce blues du désert. Chaud, intense, irrésistible. L’album et le DVD du projet, attendus pour l’automne, donneront aussi à entendre la voix d’Amazigh Kateb (Gnawa Diffusion) et les productions d’Imhotep (I Am). On s’impatiente déjà.


Tournée. Darga + España = fiesta

Après avoir côtoyé le maître du flamenco José Mercé sur la scène de Leganes à Madrid, chauffé la minuscule salle du festival Tres culturas de Séville et fait leur baptême italien à l’Etnofestival de San Marino, Darga est en route pour le gros rendez-vous espagnol Pireneos Sur, où ils joueront, le 25 juillet, dans les pas de Cheikh Lô, Alpha Blondy, Khaled ou encore Salif Keita, le tout dans un cadre à tomber raide. Une petite tournée latine grâce à laquelle deux nouvelles dates espagnoles sont confirmées pour l’automne. De quoi consoler les dix fusionneurs d’avoir été privés de deux concerts – festivals Reggus de Rius et Rythmes du monde de Rippollet – le temps d’obtenir leur visa de “travailleurs immigrés”. Un coup de stress dont ils auraient pu se passer si le Maroc reconnaissait un statut à ses artistes...


Festival. F’khater nass Oujda

Un festival exclusivement raï et à Oujda de surcroît. Voilà ce qu’on peut appeler un concept maîtrisé. Du 4 au 6 août, la gardienne de l’Oriental baptisera ses toutes nouvelles nuits du raï. Et force est de reconnaître que la programmation de cette première édition n’a pas fait dans le “cheap”. Faudel, Chaba Zahouania, Bilal, et l’indéboulonnable Orchestre national de Barbès, il suffirait de ces quatre noms pour s’en convaincre. Du reste, on retrouve aussi du Rachid Benriyah, celui qui squattait les ondes de la vieille dame de Brihi en 1986, avec son “Eho, mabrouk aalina”, après la victoire marocaine contre le Portugal. Ou encore les frères Bouchnak, qui remonteront sur scène pour la première fois ensemble sur scène après un divorce de 14 ans… f’khater nass Oujda.


FNAP. Lotfi Bouchenak Superstar

Le ténor tunisien enfin primé au Maroc ! Une soirée en son honneur a été organisée dans le cadre du Festival des arts populaires, le 14 juillet dernier. C’est devant un palais des congrès tout acquis à sa cause que Lotfi Bouchenak a reçu le Rabab d’or, prix récompensant l’ensemble de sa carrière. Cette statuette s’ajoute à la liste des prix internationaux qu’il a déjà gagnés, comme celui de l'Opéra du Caire ou encore de l'Institut du monde arabe à Paris. La cérémonie a été suivie d’un concert de trois heures où le public s’est laissé envoûter par le malouf raffiné du ténor. Bémol cependant, aucun artiste marocain ne l’a rejoint sur scène pour interpréter un de ses morceaux, comme le veut la tradition des consécrations.


Le livre.

La poésie marocaine n’est plus la dernière roue du carrosse. Après une anthologie tutélaire d’Abdellatif Laâbi, une autre généreuse de Jean-Pierre Koffel, voici qu’apparaît une troisième sélection, inégale, de poèmes marocains écrits en arabe. A l’origine de ce tri, respectueux des hiérarchies d’âge et de notoriété, le poète et traducteur Mohamed El Amraoui. Vous y retrouvez les incontournables, Mohamed Bennis en tête, les éléments du décor, Wafaa El Amrani entre autres, les inclassables, tel le sublime Abdellah Zrika et puis surtout, ces poètes qui savent si bien tutoyer la langue et inverser l’ordre des choses, tels Jamal Boudouma, Idriss Issa ou encore Jalal El Hakmaoui. Pour le reste, il y a à boire et à manger et de temps en temps des morceaux d’anthologie à lire.

Ed. Bacchanales n°38




Humeur : De l’art ou du cochon ?

Hassan Hamdani

“Mais dans quelle galère m’a-t-on envoyé ?” semblait se demander ce journaliste de 2M. Il avait débarqué, tel Pierrot tombé de la lune, en plein parcours d’art urbain du Festival de Casablanca. Il arrivait à peu près à situer Casa, urbain lui rappelait vaguement un district administratif et il avait eu ouï-dire de l’art. Et, avec à peine trois indications vagues, on lui demandait de rendre compte du volet le plus abscons du landernau culturel marocain : l’art contemporain. Omar Salim s’y était déjà essayé dans Arts et Lettres et s’était englué dans les concepts imbitables ponctués de noms de plasticiens pour faire intelligent. Omar aurait pu réussir l’exploit si l’un des artistes invités lui avait tendu une main secourable. Il y avait clairement non-assistance à personne en danger mais la main salvatrice a préféré se masturber, éclabousser les murs, puis se demander si on avait affaire à un happening ou à une œuvre périssable. Toutes les mères de famille connaissaient la réponse sur le bout des doigts. Il s’agissait en fait d’une tache suspecte d’adolescent priapique comme on l’est toujours à cet âge-là. Si Omar Salim, avec son talent légendaire, s’y est trompé, on ne peut qu’envisager le pire pour ce jeune journaliste paumé. Son sujet doit passer dans une émission consacrée à l’été des Marocains. Pour eux, on ne sait pas encore, mais celui de la télé s’annonce pourri comme un novembre londonien : de l’art contemporain marocain filmé à la va-vite. On a déjà vu été plus hot...



L’eau met le feu à Saïdia
Inédit et immanquablement amusant ! La petite baie de Saïdia se paie son premier carnaval de l’eau, du 26 au 29 juillet. Au menu, défilé de géants et personnages burlesques, scène musicale sur l’eau, feux d’artifices en haute mer, projection de documentaores et courts métrages sur le vital H2O et séances d’aquagym... gratos.


Sinik in Paradise
Sinik, le passe-partout du rap français - il a collaboré entre autres avec ATK, Buffalo Soldiers ou encore Diam’s - embarque le 4 août pour le Maroc. Direction le Paradise Club de Marrakech, pour un mini concert unique. Amateurs de rimes, vous savez ce qu’il vous reste à faire.


L’amazigh chez Platinium
L’andam (chansonnier) amazigh, Ammouri M’barkek, sort son 13ème Album. Afulki, un opus de sept morceaux, signé Platinium, où celui qui a, dans les années 70, déjà repris en amazigh, L’oriental d’Enrico Macias, agrémente les mélodies berbères d’une pointe de modernité instrumentale. Folk !

Par Jean Berry

Spécial Festival de casablanca

Arrested Developpement. Atlanta f’Casa

Après De la Soul au Boulevard, une très bonne surprise au Festival de Casa, grâce aux bons tuyaux de Hicham Kabbaj (le British Council) : un autre monument du rap US des années 90, les Arrested Developpement. Avec The Roots ou A Tribe Called Quest, en misant sur les instruments, des textes conscients ou leur héritage afro-américain, ces groupes ont inventé une vraie alternative au gangsta rap formaté à coups de bimbos, grosses voitures et chaînes en or, la vraie old-school, c’étaient eux ! Dignes descendants de l’esprit Motown, sur des notes africaines, soul, funk et un esprit très peace and love, les Arrested Developpement ont fait danser El Hank au son de leur Southern fried funk, allusion au poulet frit de leur Géorgie natale… Une belle surprise que ce retour à la scène, après un split en 1996 puis deux albums et une session “Unplugged” pour MTV ces dernières années. À écouter bien sûr, l’incontournable 3 Years, 5 Months & 2 Days in the Life Of..., paru en 1992, et son tube planétaire People Everyday, repris à l’époque pour une pub par une marque de bière. Bien mieux que des remplaçants, donc, et surtout, on a échappé à Shaggy… Ouf !


Yerba Buena. Manhattan f’Cuba

On avait découvert Yerba Buena avec l’indispensable compilation Red Hot Riot parue en 2002, qui rassemblait pour la lutte contre le sida et en hommage au black president Fela Kuti, nombre d’artistes africains et américains dont Baaba Maal, Cheikh Lô, Taj Mahal, Kelis, Sade, Archie Shepp ou Roy Hargrove… Andres Levin, à l’origine de cette petite bombe, s’est entouré pour le projet Yerba Buena, qui revisite depuis cinq ans déjà les rythmes afro-cubains avec une énergie impressionnante, de musiciens hors-pair, parmi ses voisins de Manhattan : les chanteuses Cucu Diamantes et Xiomara Laugart par exemple, l’impressionnant percussionniste et chanteur Pedro Martinez ou encore l’incontournable violoniste cubain Alfredo de la Fé, 25 disques derrière lui, aux côtés, entre autres, de Tito Puentes, Celia Cruz ou Carlos Santana. Au final, un concert ébouriffant, groovy et caliente à souhait, pour une musique tropicale et urbaine à la fois. Un must.


Gentleman. Cologne f’Kingston

Il est peut-être le seul chanteur européen à avoir percé en Jamaïque et a enregistré avec Luciano, Capleton, Junior Kelly ou encore Bounty Killer à la suite de ses multiples séjours sur l’île caribéenne, depuis ses 17 ans. Même pas trentenaire, originaire de Cologne, Gentleman, voix mate et look de rappeur beau-gosse, chemise blanche et casquette, a été l’une des révélations de la nouvelle scène reggae ces dernières années… avec à la clé cinq albums dont un excellent live enregistré fin 2003 en Allemagne. Il a confirmé à Casa tout le bien qu’on pensait de lui, avec un show complet et compact, un Far-East Band tout en punch et des chansons bien rodées, mariant les riddims old-school ou plus dance-hall à une production moderne. Un peu trop love-love tout de même, diront certains – mais ça plaît aux filles – le MC a tenu en haleine un public bidaoui à qui on ne la fait plus, côté reggae, et l’a remercié maintes et maintes fois pour ces “lovely vibes” partagées. Itoube.

 
 
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