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N° 235
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Depuis qu’il a la moustache, zb n’est plus le seul Boualem à face d’oignon.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Zakaria Boualem, soudain, s’est laissé pousser la moustache. Au sortir d’une semaine de laisser-aller total, il était devenu un peu barbu. Face à son miroir, il a donc décidé, en son âme et conscience, de tout raser, sauf la moustache. Longtemps, il a considéré cet attribut pileux comme le summum du mauvais goût, un truc efficace pour repérer les gens avec qui il avait peu d’affinités culturelles. Problème : ils sont majoritaires. Du coup, plutôt que de lutter tous les jours en milieu hostile, il a décidé de passer à l’ennemi. C’est un peu comme si, au lieu de vous énerver à chaque fois que vous voyez quelqu’un jeter des ordures dans la rue, vous vous mettiez à en balancer à tour de bras. C’est pas bien, mais ça défoule. Cette moustache, c’est donc une sorte de renoncement, une mise en accord avec son environnement, une trahison esthétique majeure accompagnée d’un confort social appréciable. Ou peut-être un camouflage… À Guercif – comme dans de nombreuses contrées (je prends mes précautions ces derniers temps avec cette bonne ville depuis que j’ai reçu quelques menaces qui me laissent penser que la popularité de notre héros est au plus bas), la moustache est un symbole de virilité. Elle anoblit l’homme, un peu comme le compte en banque. Un truc tellement classe que même certaines femmes s’y mettent sans complexe. Les derniers défenseurs de la moustache, évidemment, ce sont les policiers. Il paraît même qu’il fut un temps où cet attribut pileux était imposé dans l’uniforme officiel des gendarmes. Zakaria Boualem n’a pas pu vérifier, puisque le site Internet de la gendarmerie ne mentionne pas ce détail important.
Il semblerait même que ledit site officiel n’existe pas, d’ailleurs… La moustache, chez les animaux, est un organe important qui permet de sentir, de renifler avec plus de précision. Cette précision animalière explique peut-être les moustaches policières, mais nous nous égarons.

Avec une moustache, Zakaria Boualem ne se reconnaît pas. Son papa, par contre, le reconnaît enfin. Cet homme digne avait eu beaucoup de mal à accepter la décision de son fils de se raser au début de la puberté – devenant ainsi le premier Boualem mâle avec une face d’oignon. Restons dans le chapitre des oignons. Le fournisseur officiel de légumes de notre héros, spontanément, a fait chuter le prix au kilo de cinquante centimes. C’est ainsi que Zakaria Boualem a découvert le sens profond de l’expression “à la tête du client”. Même chose avec le gardien de voitures. Alors qu’il exigeait systématiquement au minimum deux dirhams pour un stationnement de deux minutes, il a accepté le dirham unique de Zakaria Boualem sans les habituelles insultes réservées aux fauchés. Au contraire, il a facilité le départ de la Zakariamobile en bloquant la circulation de longues minutes. Tout ceci est très bizarre. Même les flics ne l’arrêtent plus. Un moustachu en 190D… hum hum… pas très solvable comme client… ça doit même être un cousin à nous… Décidément, cette moustache ne présente que des avantages. Elle permet même de se souvenir le soir de ce qu’on a mangé à midi. Oui, je sais, ce n’est pas classe cette dernière phrase, mais bon… Elle risque même de m’attirer les foudres de tous ceux qui expliquent à longueur de journaux qu’on n’est pas là pour s’amuser, qu’il faut “élever le niveau”. Le fameux moustawa cher aux tristes sires. Bon, on va leur faire plaisir, on va élever le niveau, on va éduquer les gens. On va faire comme si l’Hajja Hamdaouia à la fin de son show proposait des cours de code de la route ou de grammaire arabe. Vous êtes prêts ? C’est parti : Encyclopédie Wikipédia : “Certains moustachus omettent volontairement de se raser les poils du nez afin de donner à leur moustache plus de volume. La jonction de la moustache aux pattes temporales donne les favoris, qu'on ne saurait confondre avec les rouflaquettes, simples excroissances sur la joue des pattes temporales, sans que la jonction avec la moustache soit effective.”

 
 
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