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Danse. La techno (aussi) a son festival
N° 236
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Meryem Saâdi

Danse. La techno (aussi) a son festival

Rythms of peace rappelle
l’ambiance des festivals
des seventies

C'est au sud d'Asilah qu'aura lieu, du 17 au 22 août prochains, la troisième édition de Rythms of Peace. Cet événement, que beaucoup considèrent comme une rave party, est en réalité un véritable festival de musiques électroniques au concept original.


“Une rave est une fête ponctuelle, illégale, avec une musique particulière et un état d'esprit qui n'a rien à voir avec celui de notre festival”, explique DJ Moon, l'un des principaux organisateurs de Rythms Of Peace. C'est pour cela qu'il considère qu'il est très réducteur de qualifier cet événement autorisé par l'Etat, qui dure six jours et qui
attire des gens du monde entier, de simple rave party. Ce festival ne s'est pas décidé en une soirée et a demandé plusieurs mois de travail au staff de Rythms Of Peace, dont on entend de plus en plus parler à l'étranger.

Peace & love
Plus d'une quarantaine de nationalités étaient présentes lors de la dernière édition. Des amateurs de musiques électroniques venant d'Europe mais aussi d'Amérique et d'Asie, ont fait le voyage pour venir sur une plage de Tifnit. “C'était magnifique de voir plus de 2000 personnes de nationalités différentes échanger, partager et surtout se respecter, sans prendre en considération la couleur de peau, la nationalité ou la religion de l'autre. Je trouve que nous avons réussi là où beaucoup de politiciens ont échoué”, affirme Raven, webmaster de l'incontournable Marockmagazine.com et attaché de presse du festival. Rythms of Peace est donc un espace communautaire où chacun peut être totalement lui-même sans avoir peur du jugement des autres. “Pendant leur séjour, les festivaliers sont coupés du monde extérieur. Ils sont dans un autre système de comportement et de pensée”, analyse DJ Moon. Cela rappelle un peu l'ambiance de certains festivals pendant les seventies. “Contrairement à ce qui se passe dans beaucoup de festivals au Maroc, à Rythms of Peace il n'y a ni casse, ni bagarres, tout le monde est tranquille”, se rappelle Rim, fan de musique Trance.

Nature et spiritualité
Pourquoi avoir choisi le Maroc alors que 90% des festivaliers viennent d'ailleurs ? D'après les organisateurs, c'est parce que le pays dispose d'un gros potentiel naturel et qu'il possède des paysages particuliers inexistants en Europe. Pour un événement tel que Rythms Of Peace, le cadre naturel est aussi important que la musique. C'est pour cela que l'esprit du festival est très écolo et qu'il s'accompagne d'une prise de conscience genre Greenpeace. “L'an passé, des cendriers portables étaient distribués à l'entrée pour éviter que des mégots ne restent sur la plage après le départ de tout le monde”, raconte Raven. A la fin de cette édition 2006, les festivaliers seront invités à ramasser toutes leurs ordures et à en faire une œuvre plastique géante ! Original. Tout comme les espaces, appelés aussi villages, qui seront consacrés au développement personnel. Des ateliers de yoga, reiki, ou encore taï-shi seront mis en place, ainsi que des espaces pour les amateurs de surf ou de bodyboard. Pour les moins dynamiques, des tentes de relaxation sont prévues, où ne sera diffusée que de la musique reposante, électronique mais aussi de la musique traditionnelle.

Transe à l'horizon
A Rythms Of Peace, pas de rock ou de folk prônant la paix dans le monde mais un peu de musique traditionnelle et surtout beaucoup de musiques électroniques. Détail intéressant : chaque moment de la journée a son rythme et la musique qui va avec. Elle change au fil des heures : Morning Trance au lever du jour, Happy Trance pendant la journée, Full Fill au coucher du soleil et du Dark pendant la nuit. La programmation se divise en deux catégories principales : les DJ et les Live Acts. Lors de ces derniers, les artistes viennent sans disque, et jouent leur musique directement devant les festivaliers. “Cette année la programmation est super ! Il y a aura des DJ qui ont joué au Full Moon et au Boom Festival qui sont deux des meilleurs événements mondiaux de musique Trance. C'est incroyable”, s'extasie Rim. Cette année les organisateurs vont également mettre l'accent sur la fusion entre Trance et musique traditionnelle marocaine. “Nous avons préparé une compilation dont tous les morceaux sont fusionnés avec de la musique gnaouie. Elle sera disponible à l'entrée du festival. Nous aimerions aussi qu'elle le soit ailleurs mais c'est difficile étant donné qu'il n'y a pas encore de véritable circuits de distribution au Maroc, en particulier concernant notre musique”, explique DJ Moon avec une pointe de regret.

Paradis artificiels ?
C'est un fait, la musique électronique n'est pas encore acceptée au Maroc. Beaucoup sont persuadés que la musique électro n'est pas écoutable sans consommation de drogues. C'est pour cela que le festival a été critiqué l'année dernière par une partie de la presse qui voyait en lui un événement ne pouvant attirer que des junkies. “Il y a plus de drogues dans les boîtes de nuit des grandes villes marocaines que dans notre festival. La preuve : la plupart des soirées dites branchées finissent par des bagarres violentes entre fêtards alors que nous n'avons jamais eu ce genre de problème”, affirme DJ Moon. Il est très exagéré de voir en le staff d'organisation, une bande de dealers, et en Rythms Of Peace un festival où les gens viennent seulement consommer de l'ecstasy, sur une magnifique plage au soleil. “Tout le monde sait que la seule drogue facile à se procurer ici c'est le haschich. Concernant les drogues dures, elles sont plus faciles à trouver à Tokyo où à Stockholm que sur une plage perdue en plein nord du Maroc”, explique Rim avec humour. Ce que les festivaliers peuvent trouver facilement, en revanche, c'est l'artisanat de la région, mais aussi du monde entier.

Artisanat du monde
L'artisanat de la région d'Asilah sera en vente pendant le festival. Pour les organisateurs, il est indispensable de faire participer les habitants de la région à l'aventure Rythms Of Peace. Ils seront sollicités aussi pour tout ce qui concerne la restauration. L'expérience a déjà été tentée l'année dernière à Tifnit mais cela n'a pas été une grande réussite. “Heureusement que les gens du nord sont plus coopératifs”, confie DJ Moon avec un sourire. Ces activités sont aussi un moyen de faire connaître un peu mieux la culture marocaine aux étrangers présents, qui sont en réalité de potentiels touristes “La majorité d'entre eux ne repartent pas directement chez eux. Ils profitent de leur venue pour visiter le reste du pays et certains restent même deux semaines après Rythms Of Peace”, affirme Raven. N'oubliant pas son aspect “culture du monde”, le festival a également prévu la mise en place d'un “fleamarket”, sorte de mini- marché artisanal international. Des accessoires, des vêtements, ainsi que des objets décoratifs venant des quatre coins de la planète, seront en vente. Rythms Of Peace n'est donc pas un festival sans âme. Il prône la diversité culturelle et la tolérance, ce qui fait de lui beaucoup plus qu'une rave. Pour en être totalement convaincu, rendez-vous à partir du 17 août, douze kilomètres au sud d'Asilah.



Concept. Un festival élitiste ?

Combien de Marocains peuvent-ils se permettre d'aller à Rythms Of Peace sachant que l'entrée est à 1000 DH pour six jours et cinq nuits ? La réponse est évidente : pas beaucoup. “Nous ne ciblons pas spécialement les Marocains”, confient les organisateurs. C'est pour cela que l'année dernière il n'y avait que quelques centaines de locaux présents. Cela ne s'explique donc pas seulement par leur faible pouvoir d'achat mais aussi par le fait que le festival n'a jamais cherché à les atteindre. Mis à part sur Internet, il était presque impossible de trouver des informations sur les précédentes éditions. Cette année les choses sont un peu différentes et les organisateurs communiquent beaucoup plus. Tant mieux.

 
 
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