Au-delà des bonnes intentions... Et ces recommandations de l'IER ?
Ahmed Herzenni : "Hassan II n'est pas le seul responsable"
Saïdia. Melting-pot estival
Souvenirs. "Le jour de ma liberation"
Saga. De marin à armateur
France. Du kärcher au charter
Liban. Portrait d'une nation déchirée
Mode. Cherche stylistes desesperement
Touhami Ennadre. Capteur de lumière
Danse. La techno (aussi) a son festival
N° 236
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ahmed R. Benchemsi

Mutations sociales

Ahmed R. Benchemsi
L’exode rural est considéré comme un problème ? Préparons-nous à le considérer comme un drame.


Décidément, les jeunes Marocains ne cessent de nous étonner. La dernière étude statistique que le Haut commissariat au plan (HCP) leur a consacré, porte sur leur “perception du Maroc en 2030”*. Et avant tout, sur leur perception d’eux-mêmes, dans ce Maroc de 2030.

Première surprise: seules 1,3% des jeunes femmes interrogées se voient femmes au foyer. Certes, il s’agit exclusivement de bachelières,
mais on aurait quand même pu s’attendre à ce que ce taux soit plus élevé. Faire des études secondaires n’a jamais empêché les jeunes Marocaines de fantasmer sur un mari qui les prendrait intégralement en charge, les “dispensant” ainsi de travailler. Elles continuent probablement toutes de fantasmer sur le mari idéal (c’est humain), mais même s’il est riche, elles s’imaginent indépendantes financièrement ou, au moins, apportant leur contribution au budget familial. Effet Moudawana ? Peut-être… En tout cas, cette mentalité qui veut que la femme dépende nécessairement de l’homme est quasi éradiquée, et c’est une excellente nouvelle.

Que l’écrasante majorité des sondés des deux sexes se voient, en 2030, cadres supérieurs (74%, contre 23% de cadres moyens et 1% d’ouvriers), ce n’est pas étonnant, ça prouve qu’ils ont de l’ambition. Ce qui est étonnant, et même inquiétant, c’est qu’à peine 0,7% s’imaginent exploitants agricoles. Pire : sur ceux dont le père est lui-même exploitant agricole, seuls 2% souhaitent le devenir à leur tour. L’exode rural est considéré comme un problème ? Préparons-nous à le considérer comme un drame. Surtout pour une nation qui continue à clamer sa “vocation agricole”. Apparemment, elle ne fait rien pour susciter la même vocation chez les jeunes. Mutation sociale radicale en perspective…

Autre surprise : le taux de ceux qui rêvent d’émigrer. On pouvait s’attendre au pire, mais il n’est, finalement, que de 36%. Le HCP présente cela comme une grande victoire. Il ne devrait peut-être pas. D’abord, 36%, ça fait plus du tiers, ce qui est déjà énorme. Mais le plus alarmant, c’est que ce taux grimpe à 44% quand la question est posée aux enfants de cadres supérieurs. La mobilité sociale étant ce qu’elle est au Maroc (c'est-à-dire très faible), les enfants de l’élite d’aujourd’hui forment (à très peu de chose près) l’élite de demain. Qu’un peu moins de la moitié de cette future élite rêve de quitter le Maroc fait froid dans le dos. Surtout que la politique “d’immigration choisie”, qui commence à se généraliser en Europe, prévoit de leur ouvrir grand les bras. On parlait de fuite des cerveaux ? La voilà maintenant chiffrée. Enfin, il a été demandé à tous ces jeunes d’imaginer, sous la forme d’un titre d’actualité dans les médias, l’évènement principal qui retiendrait leur attention, un jour de 2030. Le premier thème qui les intéresse – il a été évoqué par 29% d’entre eux – est la société. Et sur ces 29%, plus des quatre cinquièmes ont abordé un chantier dont Mohammed VI a fait son cheval de bataille : le développement humain. La majorité de nos jeunes rêvent donc que, d’ici 2030, aient été éradiqués au Maroc : (dans l’ordre) l’analphabétisme, le chômage, l’habitat insalubre et la pauvreté. On savait que notre roi s’était fixé un formidable défi. On sait maintenant que nos jeunes le prennent au mot. Prions de toutes nos forces pour que leur espoir soit satisfait. Et sur cette note d’optimisme, bonnes vacances !

* l’enquête a été réalisée sur un échantillon de 1271 bacheliers et bachelières, répartis à travers toutes les villes du pays (le monde rural n’était forcément pas concerné, puisqu’aucune école n’y va jusqu’au bac)

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2005 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés