Mutations sociales
Lexode rural est considéré comme un problème ? Préparons-nous à le considérer comme un drame.
Décidément, les jeunes Marocains ne cessent de nous étonner. La dernière étude statistique que le Haut commissariat au plan (HCP) leur a consacré, porte sur leur perception du Maroc en 2030*. Et avant tout, sur leur perception deux-mêmes, dans ce Maroc de 2030.
Première surprise: seules 1,3% des jeunes femmes interrogées se voient femmes au foyer. Certes, il sagit exclusivement de bachelières, |
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mais on aurait quand même pu sattendre à ce que ce taux soit plus élevé. Faire des études secondaires na jamais empêché les jeunes Marocaines de fantasmer sur un mari qui les prendrait intégralement en charge, les dispensant ainsi de travailler. Elles continuent probablement toutes de fantasmer sur le mari idéal (cest humain), mais même sil est riche, elles simaginent indépendantes financièrement ou, au moins, apportant leur contribution au budget familial. Effet Moudawana ? Peut-être
En tout cas, cette mentalité qui veut que la femme dépende nécessairement de lhomme est quasi éradiquée, et cest une excellente nouvelle.
Que lécrasante majorité des sondés des deux sexes se voient, en 2030, cadres supérieurs (74%, contre 23% de cadres moyens et 1% douvriers), ce nest pas étonnant, ça prouve quils ont de lambition. Ce qui est étonnant, et même inquiétant, cest quà peine 0,7% simaginent exploitants agricoles. Pire : sur ceux dont le père est lui-même exploitant agricole, seuls 2% souhaitent le devenir à leur tour. Lexode rural est considéré comme un problème ? Préparons-nous à le considérer comme un drame. Surtout pour une nation qui continue à clamer sa vocation agricole. Apparemment, elle ne fait rien pour susciter la même vocation chez les jeunes. Mutation sociale radicale en perspective
Autre surprise : le taux de ceux qui rêvent démigrer. On pouvait sattendre au pire, mais il nest, finalement, que de 36%. Le HCP présente cela comme une grande victoire. Il ne devrait peut-être pas. Dabord, 36%, ça fait plus du tiers, ce qui est déjà énorme. Mais le plus alarmant, cest que ce taux grimpe à 44% quand la question est posée aux enfants de cadres supérieurs. La mobilité sociale étant ce quelle est au Maroc (c'est-à-dire très faible), les enfants de lélite daujourdhui forment (à très peu de chose près) lélite de demain. Quun peu moins de la moitié de cette future élite rêve de quitter le Maroc fait froid dans le dos. Surtout que la politique dimmigration choisie, qui commence à se généraliser en Europe, prévoit de leur ouvrir grand les bras. On parlait de fuite des cerveaux ? La voilà maintenant chiffrée. Enfin, il a été demandé à tous ces jeunes dimaginer, sous la forme dun titre dactualité dans les médias, lévènement principal qui retiendrait leur attention, un jour de 2030. Le premier thème qui les intéresse il a été évoqué par 29% dentre eux est la société. Et sur ces 29%, plus des quatre cinquièmes ont abordé un chantier dont Mohammed VI a fait son cheval de bataille : le développement humain. La majorité de nos jeunes rêvent donc que, dici 2030, aient été éradiqués au Maroc : (dans lordre) lanalphabétisme, le chômage, lhabitat insalubre et la pauvreté. On savait que notre roi sétait fixé un formidable défi. On sait maintenant que nos jeunes le prennent au mot. Prions de toutes nos forces pour que leur espoir soit satisfait. Et sur cette note doptimisme, bonnes vacances !
* lenquête a été réalisée sur un échantillon de 1271 bacheliers et bachelières, répartis à travers toutes les villes du pays (le monde rural nétait forcément pas concerné, puisquaucune école ny va jusquau bac)
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