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Par Lotfi Akalay*
Lintégrisme. Et si on en riait ?
Interview imaginaire. Le vin est tiré, faut pas le boire
Imaginez des intégristes au pouvoir, au Maroc, en 2007. Imaginez les libertés qu'ils prendraient à réduire vos libertés. Dans cet échange purement imaginaire, tous les scénarios sont passés en revue, avec un humour décapant.
Bonjour Monsieur l'obscurantiste, pouvez-vous m'accorder une interview ?
Ah non ! Pas à un incroyant de votre acabit.
Mais je ne suis qu'un pauvre laïc. Et discret avec ça. Vous savez bien que dans ce pays, le laïc doit faire le mort pour ne pas l'être.
Taratata ! Laïc, infidèle, athée, mécréant, impie, païen, c'est du pareil au même, vous finirez tous dans les poubelles de la ville.
Impossible, nos poubelles sont pleines à ras bord, on ne peut plus rien y jeter. |
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Pas même les laïcs ? C'est bien triste
Bon, finissons-en, c'est pas tout ça, j'ai d'autres chattes à fouetter.
Qu'avez-vous contre le genre féminin ?
Moi ? Rien. La femme, c'est la moitié du ciel. J'ai lu ça dans Femelles du Maroc, un mensuel pour femmes délurées.
Ah ! Je suis content de vous l'entendre dire, vous faites des progrès.
Oui, mais l'homme, c'est le ciel tout entier. Comme pour l'héritage. Hi hi.
Vous avez pris du retard, il y a un nouveau code de la famille à présent.
Dommage, j'aimais bien l'ancien, il était généreusement saupoudré de testostérone.
Décidément, on n'est d'accord sur rien.
Je ne vous le fais pas dire, entre votre vision du monde et la mienne, il y a une distance astronomique.
C'est ce qu'on appelle en cosmologie les années - ténèbres. Que pensez-vous de la situation en Irak ?
Le vaillant peuple irakien résiste héroïquement à l'occupation américaine dans le noble objectif de rendre à la nation sa souveraineté et sa dignité.
Vous maniez la langue de bois avec brio, pas de risque de déforestation avec vous.
C'est mon côté écolo.
Et ces scènes filmées d'otages à qui on tranche la gorge, ça ne vous révulse pas ?
Ce n'est pas pire que la chambre à gaz, la seringue de sulfate de potassium ou la chaise électrique. Exécution pour exécution, tant qu'à faire, je préfère la méthode bio.
Convenez tout de même que Bush a mis hors d'état de nuire un dictateur sanguinaire, un serial killer.
Exact, mais à la place d'un tueur en série, il se retrouve avec une série de tueurs. Pas très malin de sa part
On murmure qu'il y a des négociations en sous-main avec l'aile modérément intolérante de la résistance armée. Selon vous, ces discussions ont-elles une chance d'aboutir ?
Aboutir ? ça ne m'effleure pas l'esprit ! Je ne crois pas aux conciliabules à cimeterres mouchetés. Peine perdue, c'est le peuple qui aura le dernier mot.
Ou le dernier soupir, au train où ça va.
Ce n'est pas grave, l'essentiel, c'est de bouter l'étranger hors du pays et de laver son linge rouge en famille.
Avez-vous jubilé à l'annonce des résultats des élections en Iran ?
Et comment ! J'ai retroussé mon kamis jusqu'aux genoux et dansé la polka
euh, pardon, je voulais dire la bourka.
Quel sera le programme du nouveau président élu ?
Je piaffe d'impatience de voir cet intégriste pur-sang ruer dans les brancards. Vous verrez, gare aux femmes presque à poil qui déambulent sans vergogne dans les rues de Téhéran. Bientôt tout sera voilé.
Sauf les menaces.
N'exagérons rien, elles le seront à peine.
Brrr, ça donne froid dans le dos, on se croirait sur un iceberg.
Ah non ! Pas ça ! Je déteste les icebergs !
Vous m'en direz tant ! Que vous ont fait les icebergs ?
Ils ont une partie visible, c'est indécent.
Venons-en au Maroc. Il y a peu, une délégation du PJD de Turquie a été reçue par le PJD du Maroc. De quoi ont-ils parlé ?
Qu'est-ce que j'en sais, je ne suis pas dans le secret des dieux !
Tiens donc, vous faites dans le polythéisme ?
Arrêtez vos questions, je vous avais dit qu'il n'y aura pas d'interview.
J'ai presque terminé. Ces politiciens dont vous êtes le compagnon de piste disent qu'un jour, ils ramasseront le pouvoir par la voie des élections et qu'ils ont tout leur temps. Le grand asr, je veux dire la victoire, c'est pour quand à votre avis ?
Pas de panique, on l'a repoussée aux calendes turques.
Un mot, s'il vous plaît, sur le programme de l'UMB.
La banque ?
Non, l'Union marocaine des barbus. A propos de banque, comment pouvez-vous concilier une future banque islamiste à tous crins et l'abolition du crédit ?
On a trouvé la formule magique, elle tient en six mots : Le bonheur est dans le pré.
Dans le prêt ?
Oui, dans le pré, là où paissent les moutons, tous les moutons sauf les Rothschild millésimés.
Ne craignez-vous pas de faire fuir les investisseurs ?
Tant pis, chacun devra en prendre son parti : le vin est tiré, faut pas le boire.
Y aura-t-il une police des murs de lutte contre le vice et gardienne des vertus ?
Certainement, mais pas de poulets croisés, ni juifs du reste.
Vous êtes friands de cette formule les croisés et les juifs. Qu'ont-ils de commun ?
Tout, hormis le prépuce. Depuis les accords d'Oslo, les juifs sont à un jet de pierre des Palestiniens. Quant aux croisés, grâce au détroit de Gibraltar, seuls 14 km et autant de siècles nous en séparent
Maintiendrez-vous le pluripartisme ?
Oui, y compris pour le mariage, car en politique comme pour le reste, nous sommes des libéraux et nous renvoyons dos à dos autant le parti unique que la monogamie. Quant aux ONG qui nous serinent le sida, les femmes battues et les filles-mères, elles seront déclarées d'inutilité publique.
Il semble que vous ne voyez que l'aspect négatif des choses, n'est-ce pas ?
Voyez-vous, mon cher laïc, peu importe qu'une bouteille soit à moitié pleine ou à moitié vide, du moment qu'elle n'a pas de goulot.
Et que ça bouchonne à l'entrée des mosquées.
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Nouvelle. Mort à l'athée !
Ce texte est daté en 2010. Son auteur, égyptien, a imaginé le sort réservé à un musulman qui déclarerait alors, en public, ne pas avoir de foi. L'avenir s'annonce intolérant.
Tarek Shanin, 23 ans, Le Caire.
Le Caire, 31 mars 2010 (Reuters) - L'Egyptien qui a dénoncé l'islam en public et dont la vie est menacée par des religieux islamiques, a refusé l'asile offert par les Etats-Unis, a déclaré mercredi un représentant de la Commission des droits de l'homme aux Nations unies. |
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La présidente Hillary Clinton avait annoncé précédemment que les Etats-Unis offraient asile à Omar Choukri, un dessinateur de presse âgé de 28 ans de confession musulmane, qui avait déclaré la semaine dernière lors d'une interview qu'il était agnostique.
L'apostasie est punissable de mort selon la charia (loi islamique).
Depuis la révélation faite par le dessinateur la semaine précédente, des centaines de milliers de manifestants se sont rassemblés sur une avenue principale de la banlieue égyptienne de Nasr City,des religieux islamiques ayant appelé sans détours les jeunes musulmans à rechercher Choukri et à le tuer.
Un représentant de la Commission des droits de l'homme à l'ONU, qui avait réclamé pour Choukri le droit à la libre expression et à la liberté religieuse et avait demandé pour lui asile aux Etats-Unis, a lu une déclaration de Choukri aux journalistes réunis devant sa maison du Caire que les forces de sécurité égyptiennes défendent contre les manifestants depuis vendredi matin.
J'aimerais adresser mes remerciements sincères au gouvernement des Etats-Unis pour son offre de protéger ma vie et ma liberté civique. C'est en prenant un grand risque pour mon existence que je refuse l'asile qui m'est accordé, mais je ne désire pas vivre dans un monde où l'on doive aller chercher sa liberté loin de chez soi. Sinon, je n'aurai rien accompli. J'ai foi en l'âme égyptienne et je marcherai la tête haute dans les rues du Caire.
Choukri n'a pas quitté sa maison depuis jeudi. Les membres de sa famille n'ont pu être joints et interrogés et l'on pense qu'ils sont avec lui à son domicile.
Communiqué de la Maison Blanche après la lecture publique du refus de Choukri : Nous regrettons d'apprendre que Omar Shukri a décliné notre offre d'asile. Nous lui assurons que les Etats-Unis ont été construits par des millions de gens qui sont allés chercher au loin la liberté refusée par des sociétés oppressives. Cependant nous travaillerons en étroite relation avec le gouvernement égyptien pour assurer la sécurité de M. Choukri, contre toute forme de terreur ou de persécution.
Ce diplômé de l'université américaine du Caire, égyptien et musulman de naissance, qui s'est fait une modeste réputation de dessinateur humoristique en publiant dans quelques uns des meilleurs journaux et magazines de langues arabe et anglaise, a déclenché la polémique lors d'une interview banale au cours d'une émission de variétés destinée aux jeunes, sur une télévision d'Etat égyptienne, jeudi dernier.
Alors que le journaliste interrogeait Choukri sur sa dernière tentative dans la bande dessinée, celui-ci a déclaré à l'improviste qu'il était agnostique et ne croyait ni au paradis ni à l'enfer.
Vous savez, je viens de découvrir quelque chose qui s'appelle l'apostasie. Un musulman doit mourir s'il ne croit pas que l'islam est la seule religion. En quoi est-ce juste ? Je suis né musulman mais en grandissant, j'ai eu du mal à croire à toute cette histoire. Je suis agnostique. En quoi est-ce punissable de mort ?
L'interview a été immédiatement coupée par la publicité et n'a pas repris.
Le lendemain la déclaration a fait la une des journaux en Egypte et au Moyen Orient.Le ministère égyptien de l'Intérieur a émis un communiqué demandant aux citoyens de soutenir leur religion majoritaire, l'islam, et d'en respecter la culture, mais il n'a fait aucune référence directe à Choukri ni à l'interview. La loi égyptienne est parfois un mélange ambigu de charia et de loi française. Bien que de nombreuses personnalités égyptiennes aient été accusées d'apostasie dans le passé, aucune n'a été poursuivie pour ce crime en soi, et personne n'a été non plus exécuté pour cela.
Cependant, en 1995, une cour égyptienne a déclaré le professeur Nasser Abou Zeïd apostat et en vertu du jugement, il a été contraint de divorcer de sa femme selon la loi islamique. Abou Zeid demeure seul en exil en Europe. Un an plus tôt le prix Nobel égyptien, Naguib Mahfouz, a été poignardé au cou et gravement blessé par un jeune homme à qui on avait fait croire que Mahfouz était apostat à cause d'un roman à thème écrit autrefois.
La semaine dernière le gouvernement saoudien a publié un communiqué disant qu'il ne devrait pas y avoir de place pour les apostats dans le monde. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a demandé la mort de Choukri en écho à une demande similaire faite quelques décennies auparavant par l'ayatollah Khomeiny à l'encontre de l'écrivain britannique Salman Rushdie.
Le secrétaire du Foreign office britannique, Anthony Brosnan, a dit, lors d'une conférence de presse, qu'il était écoeuré et fatigué d'avoir à supporter les appels au meurtre contre des citoyens innocents dont le seul crime était d'exprimer leur droit à la liberté. En réaction au refus de Choukri d'accepter l'asile politique, M. Brosnan a déclaré : J'admire le courage de ce jeune homme et sa foi dans son pays mais je lui demande de prendre en compte sa vie et sa sécurité car il n'y a pas de honte à cela. Cependant s'il insiste pour rester au Caire, j'en appelle au gouvernement et au peuple égyptiens pour faire de ce cas le point de départ d'un changement dans la région en direction du respect des libertés civiques.
Mohamed Khalil, 24 ans, qui protestait depuis des jours devant la maison de Choukri, dit que son refus ne faisait pas de lui un héros. Il mérite la mort. C'est la volonté de Dieu et celle de son prophète dit Khalil.
Deux autres manifestants ont cependant dit qu'ils rentraient chez eux car le courage de Choukri les faisait réfléchir. Hier j'ai demandé sa mort, dit Magda Ali, 19 ans, aujourd'hui je réclame sa liberté de citoyen et sa liberté de penser. Il est simplement aussi passionné dans ses opinions que je le suis à propos de l'islam. Nous sommes de bonnes personnes tous les deux.
Nada Fawzi, correspondante de l'Associated Press et amie de longue date de Choukri a appelé l'agence Reuters depuis Paris et a dit qu'elle craignait pour la vie de Choukri après sa décision de rester au Caire au milieu des menaces de mort, mais qu'elle aurait fait la même chose.
Les nouvelles de la détermination de Choukri à rester libre dans son pays ont aussi déclenché un soutien international. Les compétiteurs de l'Open d'Australie se sont rassemblés sur le court avant les matchs d'hier et ont frappé leurs raquettes de tennis en cadence sur le sol pour protester contre la persécution religieuse de Choukri.
Au cours de l'émission américaine Entertainment Tonight, le porte-parole de la lauréate de l'Academy Award, Angelina Jolie, a déclaré que l'actrice projetait de porter un tee-shirt avec les mots Omar Choukri est libre. Omar Choukri est chez lui, lors de son apparition programmée de vendredi dans le Tonight Show avec Conan O'Brien .
Chaque année les Etats-Unis accordent l'asile à des milliers de réfugiés et de demandeurs pour raisons politiques et religieuses. Choukri sera le premier à choisir pour sanctuaire le pays même dont les habitants ont émis des menaces claires contre sa vie et son identité.
Ce texte a remporté le premier prix, section Moyen-Orient, du concours américain Dream
Deferred Essay Contest on Civil Rights in the Middle East. Plus de 2500 textes, provenant de 20 pays, étaient en compétition.
TelQuel faisait partie du jury.
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Poésie. Des vers vicieux
Ce poète marocain, libertaire, accumule depuis des années les vers les plus subversifs, exprimant sa foi athée, son amour démesuré des femmes et son aversion pour les barbus. Autant un délice qu'un délire verbal.
Ils me font vraiment suer
Les fous de Dieu, ces pervertis,
N'auront jamais ma sympathie.
Grands loups au solide appétit,
Ayatollas, imams, muftis,
Marchands du temple, mercantis
Hypocrites et bien nantis,
Cheikh Machintruc, cet abruti,
A la cervelle décatie,
Leurs prosélytes convertis
Et leurs suiveurs assujettis.
Qui veulent un monde investi,
Par leur terrible dynastie,
Tous ces sorciers et apprentis,
Verront leur rêve anéanti.
Leur idéal, non abouti,
On en fera des confettis.
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Bas le voile !
(Message à un barbu très médiatisé qui se reconnaîtra)
La dévoilant, un brin nerveux,
Je fus saisi, ah mon neveu,
Par la splendeur de ses cheveux.
Charmé, conquis, j'en fis l'aveu,
Dans un éloge assez verveux,
Lui déclarant: "Toi, je te veux !"
Eh bien vois-tu, gourou morveux,
Mage abruti, barbu baveux,
Petit radoteur saliveux,
Elle opina à tous mes vux.
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Islamistophobie
L'islamisme retors,
Cause un immense tort,
Vous êtes bien d'accord ?
Ces porteurs de tchadors,
Nous gâchent le décor.
Qu'on les foute dehors !
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Que caches-tu là-dessous ?
(à Salman Rushdie, à Taslima Nasreen)
Toi dont la vie est aliénée
Et la jeunesse emprisonnée,
Par l'intégrisme et ses damnés
Qui aimeraient m'assassiner,
Pour mes propos carabinés,
Sur leurs doctrines surannées,
J'aimerais bien te questionner,
Oh, juste pour te taquiner :
Sous ton tchador bien boutonné,
Y a-t-il un corps de vahiné,
Pourvu de fente et de nénés,
Ou bien de truie, couvert d'acné ?
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Honnête sybarite
Moi le viveur, le sybarite,
Le débauché qu'on déshérite,
Moi le pratiquant émérite
D'amour, ma passion favorite,
Dites moi si je démérite
(Moi qui abjurant tous vos rites,
N'admets que ceux des adamites),
Plus que les prêtres, les ermites,
Ces pédophiles sodomites,
Ou que les foutus islamites,
En djellabas bouffées aux mites,
Les évêques métropolites,
Les vieux rabbins israélites,
Les fous de Dieu, les prosélytes,
Des religions cosmopolites,
Les supérieurs archimandrites,
Tout ce ramassis d'hypocrites
Mais j'en dis trop
et ça m'irrite. |
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