Au-delà des bonnes intentions... Et ces recommandations de l'IER ?
Ahmed Herzenni : "Hassan II n'est pas le seul responsable"
Saïdia. Melting-pot estival
Souvenirs. "Le jour de ma liberation"
Saga. De marin à armateur
France. Du kärcher au charter
Liban. Portrait d'une nation déchirée
Mode. Cherche stylistes desesperement
Touhami Ennadre. Capteur de lumière
Danse. La techno (aussi) a son festival
N° 236
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

“Les Marocains sont des funambules”

Antécédents
Fouad Laroui
Ecrivain

1958. Naissance à Oujda.
1976. Bac à Lyautey.
1982. Ingénieur des Ponts et Chaussées.
1985. Dirige une mine de phosphates à Khouribga.
1994. Doctorat en économie, Paris.
1996. Publie son premier roman : Les dents du topographe.
1999. Professeur à Amsterdam.
1999. Publie Méfiez-vous des parachutistes.
Smyet Bak ?
Abdelmalek Laroui.

Smyet mok ?
Meryem Chebani.

Nimirou d’la carte ?
Je ne sais pas où est ma carte nationale. Ici, personne ne me demande mes papiers.

Vous résidez à Amsterdam depuis 1998 seulement. Pourquoi a-t-on cette impression que vous avez toujours été ailleurs ?
(Après hésitation) Je ne sais pas. Je ne suis quand même pas l’homme invisible. Il m’arrive d’être au Maroc aussi.

À la fin des années 90, au moment où beaucoup d’autres rentraient, vous vous installez pour de bon en Europe. Pourquoi ?
Je me suis mis à mener deux carrières en parallèle, dans l’édition et à l’université, entre Paris et Amsterdam. Et puis, si tout le monde rentrait, il fallait bien qu’il reste quelqu’un pour garder la boutique…

Vous avez récemment publié un long reportage sur le Maroc dans Jeune Afrique. Vous croyez avoir compris quelque chose au Maroc d’aujourd’hui ?
Je comprends mon Maroc. La question est donc plutôt : est-ce que mon Maroc n’est pas une fiction ? Certainement, puisque j’écris des romans. Hassan II avait dit, en recevant un correspondant britannique resté 50 ans au Maroc : “Plus on reste au Maroc, moins on le comprend, n’est- ce pas ?”. C’est un reportage subjectif et je le revendique. Je ne suis pas un journaliste. Je n’en ai ni la formation ni la ténacité. Dans mon Maroc, il y a une espèce d’optimisme de la volonté.

Dans les années 90, vous êtes ingénieur, une carrière de rêve à l’OCP s’annonce. Puis un jour, vous laissez tout tomber, devenez écrivain et vous installez en Europe. Qu’est-ce qui s’est passé ?
Je n’ai jamais su répondre à cette question. C’est peut-être pour ça que je suis devenu écrivain. Pour expliquer et m’expliquer les raisons de mon départ. Entre-temps, j’en suis à mon dixième ouvrage…

Amsterdam, c’est un exil ?
Un exil volontaire, même si ça fait un peu frime de dire ça. Au départ, je suis parti parce que le Maroc m’avait épuisé. Je me suis refait une santé et disons qu’aujourd’hui, je ne veux plus repartir du sanatorium. Je m’y suis attaché.

Qu’est-ce qui vous a épuisé au Maroc ?
Au Maroc, on est constamment en alerte, à l’affût de quelque chose. C’est un pays toujours tiraillé entre les extrêmes. Il faut une grande concentration pour rester sur la corde. J’ai parfois l’impression que les Marocains sont des funambules... C’est épuisant.

Pourquoi ce pays, que vous avez quitté, vous obsède-t-il autant ?
Je n’ai pas encore réussi à le mettre en équation. Je suis matheux de formation et ça m’embête qu’il y ait un espace rebelle aux formulations simples. Dès qu’on prétend résumer le Maroc, on se trompe. Alors que les Pays-Bas, je crois les avoir rapidement compris.

Vous auriez fait l’école publique au lieu de la Mission française, vous auriez peut- être compris un peu mieux le Maroc, non ?
Pas forcément. A l’école publique, c’est sûr, on est en contact direct avec le Maroc au quotidien. Mais aurais-je acquis les mêmes capacités de rationalisation, de relativisation, d’analyse ? Je n’affirme rien. Je pose la question.

Driss Chraïbi est-il votre mentor ?
Je vivais en Grande-Bretagne lorsqu’il m’a fait l’honneur et le plaisir de m’appeler pour me dire que Les dents du topographe était Le passé simple de la nouvelle génération. D’autant plus qu’à l’époque, je ne savais même pas qu’il était encore en vie… Depuis, nous sommes devenus bons amis.

Vous savez qu’avec des diplômes comme les vôtres (Ponts et Chaussées et un doctorat en économie), vous seriez ministre aujourd’hui ?
C’est ce que me dit ma mère tous les jours. Mais je suis bien à ma place. Cela dit, j’ai le droit de tutoyer la moitié du gouvernement marocain : on a fait les mêmes écoles.

Vous qui êtes connu pour votre sens de l’humour, seriez-vous capable de faire une blague sur le Liban ?
Non. Quand il y a trop de douleur ou de malheur, on se tait mais il faut rapidement reprendre la parole. Le rire est une bonne arme contre la bêtise, par exemple celle des néo-conservateurs américains, les maîtres du monde les plus ridicules et les plus inquiétants depuis la Rome de Caracalla...

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés