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Par Youssef Aït Akdim
France. Du kärcher au charter
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Manifestation de soutien
aux sans-papiers, parents
denfants scolarisés et menacés
dexpulsion, à Toulouse,
le 20 juin dernier. (AFP)
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Pressé de voir appliquer sa politique de lutte contre l'immigration clandestine, le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy se heurte à une forte opposition concernant l'expulsion de sans-papiers parents d'enfants scolarisés.
Devant la préfecture de Bobigny, la file d'attente pour accéder aux guichets de la Direction des étrangers s'allonge sous la canicule. Ceux qui ne sont pas arrivés assez tôt peuvent encore acheter un ticket aux malins qui les leur revendront pour quelques euros. Les policiers de faction semblent déjà fatigués, débordés, impuissants à contenir |
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l'énergie désespérée des candidats à la régularisation qui se bousculent dès l'ouverture. Les retardataires reviendront le lendemain.
En mai 2005, Dominique de Villepin, alors ministre de l'Intérieur, avançait une estimation du nombre d'immigrés en situation irrégulière sur le territoire français : entre 200 000 à 400 000 personnes. Après plusieurs semaines de flou, Nicolas Sarkozy a donné, lundi 24 juillet, les premières indications chiffrées sur les éventuelles régularisations de clandestins et a évoqué la délivrance de 6000 cartes de séjour sur environ 20 000 demandes.
Si le ministre n'est pas plus précis, c'est que son calendrier a été bousculé par la mobilisation des parents d'élèves et d'acteurs de la société civile, révoltés par les premières expulsions de parents d'élèves scolarisés. En France, ce mouvement de solidarité a amené le ministre de l'Intérieur à repousser ces mesures jusqu'au 15 août, au lieu du 30 juin comme prévu initialement. Arno Klarsfeld, expressément nommé médiateur (voir encadré) annonce même qu'il n'y aura pas d'expulsions pendant l'été.
Durcissement
Nicolas Sarkozy veut rompre avec une politique d'immigration jugée hypocrite. Quand on n'a pas de papiers, qu'on est en France en situation irrégulière, on n'a pas vocation à y rester, a poursuivi Sarkozy, indiquant que tous les jours, il y a des dizaines d'expulsions. Le ministre s'est donné pour objectif de porter cette année de 20 000 à 25 000 le nombre d'expulsions. La régularisation automatique au bout de dix ans de résidence serait une invitation à rester dans la clandestinité.
Si je régularisais tout le monde, cela voudrait dire qu'il suffit d'inscrire son enfant dans une école pour devenir français. Autant dire qu'on crée une nouvelle filière d'immigration et on ne pourra plus contrôler la situation, estime le ministre qui s'est prononcé contre toute régularisation globale, préférant accorder des permis de séjour au cas par cas, fondés sur des motifs humanitaires.
Pourtant pour de nombreux spécialistes, ces vagues de régularisation sont une nécessité qui dépasse les clivages idéologiques. Le projet de loi relatif à l'immigration et à l'intégration, adopté par le parlement le 30 juin, n'en a pas moins abrogé le mécanisme de régularisation automatique au bout de dix ans de résidence. Avec la nouvelle politique d'accueil des diplômés qui lui a valu l'accusation par le président sénégalais, Abdoulaye Wade, de pillage des élites, ce durcissement des conditions de la régularisation est un des aspects les plus médiatisés de l'évolution d'une immigration subie vers une immigration choisie.
Le ministre de l'Intérieur, peu soucieux des critiques qui l'accusent de chasser sur les terrains de l'extrême droite n'a pas froid aux yeux. Plus strictes également, les règles qui président au regroupement familial d'ailleurs qualifiées de régression sécuritaire par la Ligue des droits de l'homme ou le RESF (Réseau éducation sans frontières), qui lutte depuis 2004 contre l'expulsion de France d'enfants mineurs scolarisés ayant des parents sans-papiers.
Résistance
RESF s'est engagé dès la fin de l'année scolaire contre les expulsions annoncées de familles en situation irrégulière ayant des enfants scolarisés. Le réseau a lancé l'idée d'un parrainage de ces enfants par des personnalités et des hommes politiques, et est à l'origine de l'appel intitulé Nous les prenons sous notre protection et dans lequel on peut lire : S'ils nous demandent asile, nous ne leur fermerons pas notre porte, nous les hébergerons et les nourrirons ; nous ne les dénoncerons pas à la police. Le texte a déjà recueilli plus de 100 000 signatures.
Début juin 2006, Nicolas Sarkozy a bien tenté de désamorcer les critiques en donnant des directives pour que des familles de ce type soient régularisées. Mais d'après RESF, qui estime entre 50 000 et 100 000 le nombre d'enfants scolarisés en France de parents étrangers sans papiers, 98 % des personnes visées ne sont pas concernées par ces nouvelles directives, et le ministre de l'Intérieur, empêché de pratiquer la chasse à l'enfant promise pour cet été, est tenté de se rattraper en multipliant les expulsions de célibataires, y compris les jeunes majeurs scolarisés.
Les expulsions continuent, au rythme d'une dizaine par jour. Dernière en date, celle d'Aminata Diallo, 19 ans, bachelière. Née à Aubervilliers, cette Malienne était venue poursuivre ses études en France. Après quinze jours passés en rétention administrative, elle a été placée jeudi dans un avion à destination de Bamako. Les socialistes François Hollande et Jack Lang ont publiquement demandé au ministre de l'Intérieur, de revenir sur la décision. En vain.
À Angers, c'est une jeune maman marocaine, Sabah Hamloui, sans papiers, qui a été séparée de son bébé de cinq mois après son interpellation lundi, en vue d'une reconduite à la frontière. La jeune femme de 26 ans est arrivée en France en 1999 avec un visa Schengen renouvelé jusqu'en 2002, avant de se retrouver en situation irrégulière, après un divorce. Elle a été assignée à résidence jeudi, pour 15 jours, par le juge des libertés et de la détention avant la décision du tribunal administratif de Nantes sur l'arrêté d'expulsion pris par le préfet.
Dans une interview accordée au magazine Les Inrockuptibles, le joueur de football Lilian Thuram s'interrogeait sur ces politiques. C'est incompréhensible : on est en France, un pays dit civilisé et l'on accepte que des gens soient expulsés, j'allais même dire "déportés" (...) Quelque chose est en train de s'immiscer dans la société, petit à petit, et qui voudrait que ceux qui n'ont pas de papiers aillent mourir ailleurs. Peut-être que, s'ils faisaient du sport... |
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Médiateur. Pourquoi Klarsfeld ?
Lorsque Nicolas Sarkozy nomme mercredi 28 juin l'avocat Arno Klarsfeld médiateur national pour étudier les cas les plus difficiles de régularisation, les observateurs s'étonnent. Pourquoi ce choix ? Arno Klarsfeld avait déjà été missionné par le président de l'UMP pour un rapport sur le devoir de mémoire après la fameuse loi sur les effets positifs de la colonisation. En choisissant le fils de Serge Klarsfeld, le chasseur de nazis, pour une mission concernant des expulsions d'enfants, Nicolas Sarkozy cherchait-il, comme le pense Daniel Schneidermann dans Libé, à solliciter une caution, convoquer des souvenirs, jouer avec des références ? Probable. En tout cas, il est curieux que celui qui a été chargé d'évaluer le degré d'attachement à la France des enfants menacés d'expulsion soit celui-là même qui a défrayé la chronique en 2002 lorsqu'il a choisi de s'engager volontairement pour un an de service militaire en Israël. Sa naïveté, sa timidité face aux caméras, son incompétence patente en la matière ne plaident pas pour lui. Pas plus que ses déclarations : Quelqu'un qui arrive avec un enfant de quinze ans, l'inscrit tout de suite au lycée, et qui fait 'chat perché, vous ne pouvez plus me toucher'. |
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