Liban. Portrait d'une nation déchirée
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Tyr, le 26 juin, après
un bombardement israélien. (AFP)
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Le Liban tient bon mais le spectre de guerre civile n'est jamais loin. La nature plurielle de la nation libanaise l'expose à l'instrumentalisation politique. Faisons connaissance avec ce pays revenu à la guerre.
Cétait il y a encore quelques semaines. Les dirigeants libanais de toutes confessions et de tous bords se réunissaient régulièrement au sein d'un dialogue d'entente nationale, censé aplanir les tensions entre les diverses communautés du pays et trouver une solution aux problèmes politiques et économiques. C'était avant que le Hezbollah, |
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puissante formation chiite, n'enlève deux soldats israéliens, déclenchant une offensive de grande ampleur de l'Etat hébreu. Aujourd'hui, dans ce tout petit pays multiethnique et multiconfessionnel, frontalier de la Syrie et d'Israël, le communautarisme est ravivé.
Un pays-mosaïque
Moins de quatre millions d'habitants et une vraie mosaïque ethnique et religieuse : 18 communautés religieuses cohabitent au Liban, l'un des plus petits pays du Moyen-Orient. Douze chrétiennes (dont les maronites, grecs orthodoxes et grecs catholiques), cinq musulmanes ou issues de l'islam (dont les chiites, sunnites et druzes) et une minuscule communauté juive. Les musulmans sont majoritaires, formant 63% de la population. Les chrétiens, eux, sont 37%. 10% pour cent de la population est étrangère, principalement des Palestiniens. Le territoire libanais correspond à l'appartenance communautaire. Ainsi, les maronites sont surtout rassemblés dans Beyrouth-est et au nord de la route qui mène à Damas. Les druzes se concentrent dans les montagnes, majoritaires dans le sud du Mont-Liban et dans l'Anti-Liban. Quant aux sunnites, ils sont nombreux dans le nord du pays et dans les grandes villes du littoral, qui regroupent aussi les grecs orthodoxes. Enfin, la population chiite, nombreuse dans la banlieue de Beyrouth et au sud du Mont-Liban, se concentre également dans le nord de la plaine de la Bekaa. C'est pourquoi on a vu, pendant l'exode des Libanais fuyant les bombardements israéliens, les chiites quitter le sud du Liban et la banlieue-sud de Beyrouth pour se diriger vers les montagnes, où se trouvent Druzes et chrétiens, ou encore vers le quartier chrétien d'Achrafiyeh, pensant qu'ils y seraient en sécurité.
Un système politique confessionnel
La diversité des communautés religieuses est telle que le système politique libanais est organisé sur une base confessionnelle, répartissant les pouvoirs entre les groupes ethniques et religieux. Ce système remonte au lendemain de la première guerre mondiale, quand la France reçut de la Société des nations (SDN), en 1920, un mandat pour diriger le pays. Le système a été confirmé lors de l'indépendance, en 1943. Par un accord non écrit, le président de la République est maronite, le premier ministre musulman sunnite et le président de l'Assemblée nationale chiite. Les postes sont considérés comme appartenant à telle ou telle communauté plutôt qu'existant en fonction de l'intérêt général. Il est impossible de faire autrement, avec autant de communautés. Ce n'est peut-être pas idéal, mais c'est la seule solution, estime Sélim, journaliste libanais qui connaît l'histoire du Liban sur le bout des doigts. Mais il admet que le système paralyse les institutions et favorise le clanisme. Car le Liban est aussi un pays de quasi-dynasties. Lorsque le leader druze Kamal Joumblatt est assassiné, c'est son fils Walid qui reprend le flambeau. Même chose pour Saâd Hariri, à la mort de l'ancien premier ministre, Rafic Hariri, dans un attentat à la voiture piégée en 2005. Dans l'armée, les divisions communautaires sont reproduites plus ou moins fidèlement mais les soldats seraient essentiellement des chiites qui, par exemple, auraient du mal à se battre contre les milices chiites du Hezbollah. Ce n'est que l'une des raisons pour lesquelles l'armée libanaise est si fragile. Constituée de près de 70 000 hommes, mal équipée, elle s'apparente plus à une police qu'à une véritable armée. La situation économique du pays est catastrophique. La croissance a été nulle en 2005 et la dette publique a atteint près de 40 milliards de dollars début 2006.
Un pays marqué par la guerre
La guerre civile, qui a éclaté en 1975, a embrasé le pays et fait en quinze ans plus de 150 000 morts et des centaines de milliers d'exilés ou de déplacés. Les tensions montaient déjà depuis plusieurs années entre les partis chrétiens d'une part et les Palestiniens et les formations libanaises musulmanes et de gauche d'autre part, qui allaient constituer la coalition islamo-progressiste. C'est le 13 avril 1975 que tout a commencé, lorsqu'un autobus transportant des Palestiniens est mitraillé par des membres des phalanges libanaises, après qu'un milicien chrétien a été tué devant une église de la banlieue-est de Beyrouth. Les 27 passagers du bus sont tués. Après plus d'un an de combats ponctués de massacres de part et d'autre, l'intervention syrienne en juin 1976 aux côtés des chrétiens empêche la victoire des forces islamo-progressistes, soutenues par les Palestiniens. Mais en 1978, Damas change de stratégie : les quartiers chrétiens de Beyrouth sont bombardés par les forces syriennes. La Syrie s'est rapprochée des forces palestino-progressistes face aux milices chrétiennes qui resserrent les liens avec Israël. Entre-temps, en mars 1978, l'armée israélienne a envahi le Liban-sud pour créer une zone de sécurité. En 1982, l'opération Paix en Galilée marque un nouveau tournant dans le conflit. Le 6 juin, les troupes israéliennes envahissent le Liban et assiègent Beyrouth. Le chef de l'OLP, Yasser Arafat, et 11 000 combattants palestiniens évacuent la capitale, en même temps que les troupes syriennes qui se replient dans la Bekaa. Le 15 septembre, au lendemain de l'assassinat du président Béchir Gemayel, les forces israéliennes entrent dans Beyrouth-ouest. Du 16 au 18, au moins un millier de civils palestiniens sont massacrés par des miliciens chrétiens dans les camps de Sabra et Chatila. Le 22 octobre 1989, des accords interlibanais sont signés dans la ville saoudienne de Taëf pour mettre fin à la guerre. Mais leur rejet par le général Michel Aoun, à la tête d'un gouvernement de militaires chrétiens, va provoquer de violents affrontements interchrétiens. Le 13 octobre 1990, la guerre prend officiellement fin avec la chute du général Aoun, qui fuit le palais présidentiel après une offensive syro-libanaise. Mais seize ans après, alors que les Libanais pensaient en avoir fini avec la guerre, ils s'y retrouvent plongés.
Les maronites
La plus importante des communautés chrétiennes du Liban tire son nom dun saint anachorète, Maron (IVème siècle). Originaire de la région d'Apamée (Syrie), la communauté est restée fidèle à l'église catholique romaine. Fuyant les persécutions des Byzantins, les maronites ont commencé à émigrer vers les montagnes libanaises à la fin du VIIème siècle. Cette communauté a connu son véritable essor politique à l'époque du mandat français (1920 -1943), en bénéficiant de prérogatives substantielles. Jusqu'à présent, le président de la République a toujours été élu au sein de cette communauté.
Les Druzes
Estimés à près de 6% de la population au Liban, les Druzes bénéficient pourtant d'une influence considérable. Ils se considèrent comme musulmans mais la question est loin de faire consensus dans le reste des ramifications de l'islam. Surtout présente au Liban, en Syrie et en Israël, la communauté druze est issue du chiisme ismaélien, qui professe, entre autres, que le Coran a deux sens, l'un exotérique, l'autre ésotérique et réservé aux initiés. Les Druzes sont tenus par un serment solennel au secret absolu, n'ont pas le droit de révéler leur doctrine ni de laisser lire à qui que ce soit leurs livres sacrés. La doctrine n'est révélée aux fidèles qu'après divers degrés d'initiation. Les Druzes rejettent la charia et les obligations rituelles qui en découlent. Comme les chiites, ils croient à un imam caché, un guide vivant spirituellement ou physiquement qui les conduit. Ils attendent donc son retour et demeurent dans une espérance messianique. Ils ont joué un rôle majeur durant la guerre civile libanaise, de 1975 à 1990. Longtemps dirigée par Kamal Joumblatt, la communauté est désormais menée, depuis son assassinat, par son fils Walid. |