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Saïdia. Melting-pot estival
Souvenirs. "Le jour de ma liberation"
Saga. De marin à armateur
France. Du kärcher au charter
Liban. Portrait d'une nation déchirée
Mode. Cherche stylistes desesperement
Touhami Ennadre. Capteur de lumière
Danse. La techno (aussi) a son festival
N° 236
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Chadwane Bensalmia

La semaine Culture

L’Orchestre National de Barbès
(AFP)

Oujda. Le big band de Barbès

Qu’est-ce qu’on les aime ces fratries Black Blanc Beur quand elles décident de faire de la musique qui leur ressemble ! Pas pour la beauté du “métissage”, mais parce que cela peut vous chambouler les habitudes musicales de tout un pays. Y a-t-il besoin de rappeler que ce sont des groupes comme l’Orchestre National de Barbès ou Gnawa Diffusion qui ont “créé” la fusion maghrébine, il y a quinze ans, quand le raï commençait à virer cheap entre les dizaines de nouveaux Chebs dépressifs et déprimants ? Leur truc à l’ONB, c’est qu’ils se font plaisir avant tout. Alors, ils cherchent ici et là, fouinent dans le patrimoine
musical de Meknès ou de Sidi Belabbès, se paient des virées rock, ou se réapproprient tagnaouite. Un coup, ça donne une “Dour Biha” très groovy. Un autre, ça enfante un “salam alaykoum” qui bascule entre le ragga, le gnaoui et le raï. Et de temps en temps – comme c’était le cas il y a deux ans à Essaouira – on a droit à une reprise très personnelle des Rolling Stones. Et qui résisterait au Gospel Gnaoui de Youcef dans “Nabina” ? De l’émotion à l’état brut, voilà ce qu’ils offrent ces enfants de l’ghourba avec “Yahli”. Alors, quand l’ONB se pointe en concert, on n’hésite pas à faire le voyage… jusqu’à Oujda. Particulièrement conseillé à ceux qui n’ont pas eu leur dose à leur passage au Timitar. Sehha Siadna !

Au festival des nuits raï d’Oujda, du 4 au 6 août.



DJing. Cool School

Tous à vos platines ! La première école de DJing au Maroc a été inaugurée, samedi 15 juillet, à Casa, par les scratchs savants de DJ Pogo. Invité par Hicham Kabbaj, du British Council, pour un set au Platinium de Skhirate, l’artiste britannique a également répondu à l’appel de ses disciples DJ Key (Khalid Douache) et DJ Kamaz (Karim Ezzaki), co-fondateurs de Funky Noise, la boîte de prod’ audiovisuelle qui héberge la DJ School à deux pas du cinéma Liberté. Dès septembre, Pr DJ Key, très organisé, proposera trois types de formation : l’une, sur six mois, vous enseignera tout l’art du DJing hip hop (mix, scratch, beat juggling) ; les adeptes de MAO (musique assistée par ordinateur) trouveront leur bonheur en deux mois (créa musicale, intro, mix tape, jungles…) ; et un mois suffira pour tout savoir sur la formation virtuelle (final scratch et scratch live). Entre 825 et 2000 DH par mois.

Funky Noise DJ School, 6 rue Baâlabak, 1er étage, Benjdia, Casa. Tél. 022 45 23 30 www.funkynoise.ma



Compil’. Darga del mundo

Darga a attrapé la fièvre espagnole : les fusionneurs casablancais se préparent à réinvestir Barcelone pour trois concerts à la mi-septembre. Ce, à peine rentrés des hauteurs de Sallent de Gallego pour le brûlant festival Pirenéos Sur, dont la compil’ anniversaire “Spécial 15 ans”, La Diversidad de las Musicas del Mundo (FNAC), a gardé une place au chaud pour leur titre “Mimouna”, aux côtés de Ojos de Brujo, Oojami, Bajofondo Tangoclub, Warsaw Village Band, Pascual Gallo y gitanos de Aragon, Mercan Dédé, Ismaël Wonder ou encore Rap’Susklei & Hazhe… retrouvez-les également, le 12 août, à Tanger, avec Hoba Hoba Spirit !


Fawzi Bensaïdi. Cosa Mostra

Tout le monde n’a pas la rentrée qu’il veut. Fawzi Bensaïdi, lui, s’offre un voyage à la 63ème Mostra de Venise du 31 août au 9 septembre. Trois ans après l’acclamé Mille mois, son nouveau long-métrage a été retenu par la section autonome Venice Days, sorte de Quinzaine des réalisateurs cannoise à l’italienne. WWW-What a wonderful world, produit par Agora films, y concourra notamment contre Come l’Ombra de Marina Spada et L’Etoile du soldat, œuvre posthume de Christophe de Ponfilly, journaliste amoureux de l’Afghanistan, disparu le 16 mai dernier. Sombre tragi-comédie casablancaise où se croisent les destins de Kamel, le tueur à gages, Souad, prostituée occasionnelle, Kenza, agent de circulation et Hicham, hacker professionnel, WWW sortira le 10 janvier prochain à Casa, Rabat, Meknès et Tétouan, porté par les interprétations de Nezha Rahil, El Mahdi Elaâroubi, Hajar Masdouki et Fatima Atiff. What a wonderful news !


Essaouira. Gnaoua School

C’est en gnaouitant qu’on devient gnaoui. Neuf groupes de jeunes talents gnaouis passeront l’épreuve du feu du 18 au 21 août prochain. Et devinez où ? A Essaouira. En effet, ce festival aoûtien pour maâlems en devenir ressemble comme deux gouttes d’eau à son pendant du mois de juin, le festival Gnaoua et musiques du monde. Normal, c’est son fils. Au programme musical, peu de surprises donc : concerts de gnaoua juniors, de la baby fusion avec les Dar Dmana et Hoba Hoba Spirit. Côté baby-sitting, le petit gamin innove avec ses ateliers musique à destination des jeunes musiciens, avec des puéricultrices plus branchées batterie que hochet : Rhani Krija pour la percussion, excusez du peu. Et comme un bon fils marchant sur les traces de son père, le petit junior s’ouvre aux musiques du futur avec son atelier électro...


Tournée. Les gaous arrivent

“Bougé Bougé’’ au rythme de Magic System ! Les nouveaux “moover de zouk” africains ont casé une petite date casablancaise, dans l’agenda de leur tournée estivale, le 5 août très exactement. Ce qu’on en dit ? Une petite bouffée de zouglou (musique ivoirienne créée par les jeunes d’Abidjan), est parfaitement appropriée pour la saison. Sans prétention, mais chaude, légère et joyeuse.
La bande a, en l’espace de six ans, réussi à ‘’gaouisé’’ l’Afrique et l’Europe. Le Premier gaou en 1999, qui leur a valu un séjour quasi monopolistique au sommet du top 50 français. Et à la sortie du deuxième, Cessa kié la vérité, la presse française a été jusqu’à le comparer à l’effet Mory Kanté dans les années 80. Nous autres, on se contentera de danser !


Festival. Ruines animées

Sympa l’idée du ministère de la Culture. Inviter des divas berbères de l’ex-Maurétanie tingitane à fouler aux pieds les ruines de l’Empire romain. Dans le rôle des fouleuses : Raïssa Tihitite et Raïssa Tabaamrante, les deux têtes d’affiche de la soirée amazighe programmée le 4 août dans le cadre du 7éme festival de Volubilis. Toujours bon à savoir pour ceux qui auraient raté Tihitite au festival de Timitar et de Casa. On dansera aussi sur les vestiges de Volubilis avec la compagnie de danse moderne de Turquie, invitée à ouvrir le bal le 3 août. Et Samedi 5, on verra la température déjà élevée de Volubilis monter encore d’un cran sous les coups de chaud du Ballet national du Sénégal.

Du 3 au 9 août à Volubilis.



Le livre.

Ala El Aswany, celui que tout le monde considère déjà comme le nouveau Naguib Mahfouz, nous a pondu une œuvre tout à fait envoûtante, mettant à nu les maux de l’Égypte des années 1930 aux années du nassérisme. En plein cœur du Caire, l’auteur porte un regard tendre et affectueux sur les habitants de l’immeuble Yacoubian, véritable personnage principal dans ce roman, qui se débattent tous, riches et pauvres, bons et méchants, dans la même galère : la vie. La saisissante galerie de portraits qui y est proposée, Taha le jeune islamiste, Hatem l’homosexuel, Zaki le vieil aristo, Boussaina la splendeur de la nature, El Fawli l’apparatchik… vaut largement le détour. En attendant de le voir sur grand écran, avec Adel Imam en prime.

Alaa El Aswany ; L’immeuble Yacoubian : Ed. Actes Sud




Humeur : Bernard Henry Ntifi

Hassan Hamdani

Tant que Imad Ntifi s’en tient à la chanson sirupeuse, le téléspectateur passe sur quelques défauts du présentateur vedette de 2M. Entre autres : sa manie de parler l’arabe de Rotana même quand il fait ses courses chez moul l’hanout du coin. Sa manière d’épeler S.M.S en accentuant les consonnes (il faut l’entendre pour le croire). Ses clins d’oeil coquins qui émoustillent toute votre parentèle féminine (même l’hajja ménopausée depuis l’indépendance). Et, last but not least, ses costumes trop serrés qui lui donnent l’air d’une grosse saucisse casher remplie par un boucher qui n’aurait pas été avare sur la quantité. Mais, samedi dernier, présentant Studio 2M, le Haroun El Poussah du PAM a outrepassé les limites de sa fonction d’animateur loukoum. Il s’est improvisé éditorialiste de politique étrangère, et, de tout juste agaçant, il est devenu très horripilant. Sujet du débat : l’agression israélienne au Liban. Nature de l’expert invité : Ramy Ayach, un chanteur poilu du torse à qui sa maman n’a visiblement pas appris à boutonner sa chemise. Qualité des propos : c’était Ramy, c’était Imad, c’était désolant. Pour illustrer les souffrances des Libanais, Ramy a été invité par Imad à raconter son long périple pour arriver de Beyrouth à Casablanca. Oh qu’il avait souffert notre Ulysse de la chanson libanaise ! Il a dû se taper quatre avions pour délivrer son appel au secours à la communauté internationale. En l’occurrence, une ribambelle de jeunes filles hystériques qui hurlait des Rammyyy pour chaque détour imposé au chanteur par le blocus israélien. La solidarité arabe se niche dans des endroits incongrus. Parfois même dans le slip des filles...



Agadir Vice
Nouveau clap de
fin pour Ali n’ Production : Agadir Underground, téléfilm d’action en arabe sur un duo aussi médiocre qu’excentrique, vient d’être tourné dans les “bas-fonds” de la capitale soussie. Le réalisateur Yassine Fennane avait participé au concours de courts métrages Ali n’ / ONA, avec Trust Fighter.


Jazzy Quincy
Quincy Jones devrait chanter au festival de Jazz de Marrakech (co-organisé avec le festival de Montreux) début novembre. Omar Jazouli, maire de la ville ocre, a invité l’ex-producteur de Michael Jackson lors de la signature de la convention de partenariat entre les deux villes, cette semaine à Montreux.


Culture management
Appel à tous les soldats de la culture. L’agence Action Culture vous propose un atelier de formation à l’administration et la gestion culturelle, du 15 au 21 septembre, à Marrakech. Les candidatures doivent être déposées avant le 15 août au amt@mawred.org. Le séjour est entièrement pris en charge.

Par Meryem Saâdi

Spécial Festival International de théâtre Universitaire de Casablanca

Cadre Spatio-Temporel. Nouveau décor

Pour sa 18ème édition, le Festival International de théâtre Universitaire de Casablanca a quelque peu changé de concept. Les participants ont cette fois-ci passé dix jours dans le lycée Mohammed V, au lieu d’être logés dans des hôtels comme les années précédentes. Raisons de cette décision ? Des considérations financières, et également stratégiques. Le budget du Festival respire beaucoup mieux cette édition, et les festivaliers aussi ! Résultat de ce changement de décor : un lycée rénové et une ambiance beaucoup plus propice aux répétitions. Les 10 troupes marocaines et les 6 étrangères invitées cette année ont pu vivre pleinement leur passion pour le théâtre et la poésie, de très tôt le matin, jusqu'à tard le soir, sans avoir peur de faire du bruit. Marocains, Algériens, Espagnols, Italiens, Allemands, Suédois et Roumains ont tous parlé un seul langage pendant plus d’une semaine, celui du théâtre. Mais le melting pot n’a pas été total. Certaines troupes sont malheureusement restées un peu isolées et n’ont pu communiquer qu’avec celles qui leur sont proches culturellement. Mais ce problème pourrait être facilement réglé si les responsables pensaient à organiser des réunions de présentation entre toutes les troupes. Cela ne prendrait qu’une matinée.


Mises en scène. United Colors

L’art est universel. Cela a encore été prouvé par les troupes invitées au festival. Les Italiens ont joué dans leur langue Huits Clos de Jean-Paul Sartre, et les Algériens ont livré une brillante interprétation en arabe de la tragédie d’Ulysse. Mais les jeunes théâtreux ne se sont pas arrêtés là. Allemands et Marocains ont travaillé ensemble sur la pièce Les Bleus et les Jaunes, sans que la barrière de la langue soit un véritable obstacle. Les deux troupes ont essayé, à travers des regards croisés, de dresser un portrait réaliste de leurs sociétés respectives. Avec de la danse, des couleurs et surtout beaucoup d’humour. Dans le même esprit, Marocains et Néerlandais ont collaboré à la création d’une pièce intitulée Rêves. Les comédiens des deux pays ont totalement participé à l’élaboration du spectacle, en partageant leurs propres rêves avec le public. Là encore la langue n’a pas été un handicap étant donné que la pièce est muette, et que l’accent a surtout été mis sur la gestuelle. Beaucoup plus efficace que les longues répliques ennuyeuses que l’on retrouve dans certaines pièces marocaines. À refaire plus souvent.


Intrigues. No more tabous !

La pièce étrangère qui a marqué le public de Mohammedia est sans aucun doute Ennemi de classe de nos voisins espagnols. La salle du complexe municipal s’est vidée de plus de sa moitié rien que pendant les trente premières minutes de la représentation. Au fil des rebondissements, plusieurs spectateurs s’éclipsaient, l’air particulièrement choqué et gêné. Même si la pièce était jouée en espagnol, certains gestes significatifs n’ont donc échappé à personne. Surtout pas ceux de l’un des personnages principaux, un homosexuel hyperactif tout de rose et de noir vêtu. En deuxième position du très relatif classement des “shocking représentations” se trouve A Porte Chiuse, jouée par la troupe sicilienne. Beaucoup moins provoc’ et moins violente qu’Ennemi de classe, leur pièce a scandalisé certaines âmes sensibles qui ne supportent pas la vue d’un simple baiser. Deux choses à saluer : la non-ingérence des organisateurs dans le choix des pièces, et également la réaction pacifiste du public.

 
 
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