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N° 236
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Zakaria Boualem se demande encore à ce jour ce qu’est “un âne compétent”.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Zakaria Boualem, comme tout le monde, a été complètement choqué par l’attaque israélienne au Liban. Il n’a rien de bien brillant à exprimer, il ne veut même pas savoir qui a commencé, ni qui est responsable en premier lieu. Il est juste convaincu que ce ne sont pas ceux qui se prennent les bombes sur la tête ces derniers jours… D’ordinaire, il observe avec la plus grande circonspection les manifestations usuelles de solidarité arabe. Elles lui semblent le plus souvent relever de la manipulation grossière, du détournement d’attention généralisé. Mais là, il a un peu mal au ventre. Il se demande comment on peut détruire un aéroport, une ville avec autant de désinvolture. Il se demande comment George W. Bouche peut continuer à parler de lutte contre les terroristes alors que, chaque jour, ses initiatives en fabriquent de nouveaux en quantités industrielles. Zakaria Boualem est perdu dans ses pensées, dans ce monde trop grand pour lui lorsqu’il tombe sur un article paru dans notre presse nationale où un penseur réclame l’arrêt du festival de Casablanca en raison du conflit libanais. Zakaria Boualem imagine l’auteur en plein effort, transpirant à grosses gouttes : “Qu’est-ce que je pourrais faire pour arrêter l’horreur de Beyrouth ? Comment me rendre utile ? Ah, oui, bien sûr, demander l’arrêt des festivités casablancaises ! Ca, ça a de la gueule, quelle dignité ! Vite, mon stylo !”. Zakaria Boualem, sans cynisme aucun, est profondément perplexe par rapport à l’efficacité d’une telle initiative. Il lui semble qu’il s’agit de se donner bonne conscience à peu de frais. Et puis, il se demande pourquoi cet
estimable auteur, au lieu de chercher une idée nouvelle, se contente d’en bloquer une autre. ça doit être moins fatigant, sans doute. Tout ceci est profondément déprimant…

On me signale à l’instant que cette chronique, prévue pour un numéro double, doit adopter un ton enjoué, propre aux lectures estivales. Un truc léger, pour remonter le moral des lecteurs exténués. Je vais faire ce que je peux. Voici donc, pour rattraper le coup, une petite compilation de bonnes nouvelles, sélectionnées par Zakaria Boualem lui-même :

- Le défenseur international français Lilian Thuram, qui vient de signer au FC Barcelone, a confié mercredi que ses enfants étaient “ravis” à l'idée de voir jouer les stars Ronaldinho et Samuel Eto'o. (source : AFP).
Zakaria Boualem est content pour eux.

- La course d’ânes prévue pour le moussem de Beni Ammar a été annulée “faute d’ânes compétents”. (source : un ami de Zakaria Boualem, proche des organisateurs de la course). Zakaria Boualem se demande encore à ce jour ce qu’est “un âne compétent” mais ça a l’air d’être une bonne nouvelle quand même.

- Le président Fidel Castro, qui aura 80 ans le mois prochain, dont près de 48 passés au pouvoir, a assuré mercredi qu'il n'entendait pas continuer à exercer ses fonctions 20 ans de plus, au cas où il deviendrait centenaire. (source AFP). Zakaria Boualem trouve ça très digne de sa part. Il espère que nos responsables de partis politiques sauront s’inspirer du leader cubain, voire même ramener la barre à 99 ans, histoire d’avoir l’air encore plus classe.

- La Cour suprême pakistanaise a ouvert une enquête sur le cas de Malik Taj Mohammad, emprisonné pendant trois ans pour le meurtre d'une femme, que la police a finalement retrouvée vivante, a déclaré un représentant de la Cour.

(source : Reuters). Zakaria Boualem est très heureux de constater qu’on n’a pas la pire justice du monde. En même temps, il note que les Pakistanais ont ouvert une enquête, ce qui suppose qu’ils reconnaissent leur erreur. Donc, on a peut-être la pire justice du monde, finalement…

Bon, c’est à bout d’énergie que je m’en vais vous quitter, accompagné du héros de ces colonnes, exténué lui aussi, en espérant vous retrouver prochainement pleins d’entrain, prêts à l’édification d’un Maroc nouveau qui nous appelle, et d’ailleurs j’y vais. Et merci !

 
 
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