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Par Abdellatif El Azizi
Enquête.
Menace terroriste. (Jusquà quel point) Faut-il y croire ?
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Fouad Ali El Himma
et Chakib Benmoussa au
Parlement, le 25 août.
(RACHID TNIOUNI)
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Ce que disent les services de renseignement sur l'affaire Ansar El Mehdi
et ce qu'ils ne disent pas.
Le Maroc a-t-il échappé à pire que les attentats du 16 mai 2003 ? C'est ce qu'a affirmé Chakib Benmoussa, ministre de l'Intérieur, dès le 7 août, après le démantèlement d'une cellule terroriste opérant dans différentes villes du royaume. Le ballet des arrestations avait en fait commencé bien avant, vraisemblablement à la suite d'une mise en garde adressée il y a quelques mois par les services anglais et allemands à leurs homologues marocains, portant sur l'imminence |
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d'une attaque terroriste au Maroc - et sur le danger de l'infiltration des Forces armées royales par des éléments terroristes. Auparavant, pas moins de 500 salafistes relaxés depuis les arrestations qui ont suivi le 16 mai 2003 ont été soumis à des filatures serrées, qui ont permis à la police de démanteler près de 60 cellules. La DST avait mis en place, au lendemain des attentats de Casablanca, une unité spéciale, chargée de suivre les mouvements des personnes impliquées dans des affaires de terrorisme, ayant séjourné en prison et libérées depuis lors. Pour nous, cela relevait de la routine jusqu'au jour où on a découvert qu'un groupe qui se faisait appeler Ansar El Mehdi et qui cooptait des militaires se préparait à passer à l'acte d'un moment à l'autre, explique une source des services de renseignement. C'est ce qu'a d'ailleurs confirmé le ministre de l'Intérieur au cours dune sortie médiatique, le 24 août. Chakib Benmoussa avait en effet précisé que les membres du réseau démantelé, dont des militaires, avaient atteint un stade de préparation très avancé et étaient prêts à passer à l'acte.
Un discours proche de celui de Zawahiri
C'est vraisemblablement le fait que plusieurs membres de ce réseau soient des militaires (dont trois encore en activité au sein des FAR) qui a fortement inquiété le Palais et précipité l'engrenage des arrestations. Trois jours à peine avant la fête du trône, Hassan El Khattab, le présumé chef de bande, connu par ailleurs pour être un salafiste pur et dur qui a déjà purgé une peine de deux ans après avoir été accusé de fréquenter les kamikazes du 16 mai 2003 (lire son portrait) a été (re)mis derrière les barreaux. Par la suite, et tout au long du mois d'août, la DST n'a pas chômé, et les autres éléments du groupe ont vite rejoint El Khattab au centre de Témara (qu'on croyait fermé, soit dit en passant). A commencer par les cinq militaires, les trois gendarmes et deux imams de Salé, Mohamed Benayyad et Hammadi Khalidi. C'est d'ailleurs ce dernier que les services marocains accusent, aujourd'hui, d'avoir émis la fameuse fatwa donnant aux membres de Jamaât Ansar Al Mahdi l'autorisation de démarrer le jihad au Maroc contre le régime allié des Juifs et des Américains.
Ouardini, Bouziki et Oukeddi faisaient, quant à eux, partie des militaires travaillant à la première base aérienne de Salé et qui auraient déjà établi un plan pour liquider plusieurs personnalités politiques et militaires, en plus d'attaques contre des cibles précises, notamment à Marrakech. Ils auraient ainsi prévu d'attaquer la troisième base aérienne de Kénitra pour se procurer des armes. Les trois militaires, d'après nos sources, constituaient le noyau dur de l'organisation. Ils ont été rejoints, sur le tard, par d'autres éléments résidant à Salé, Tétouan, Casablanca, Youssoufiya, Sidi Slimane et Sidi Yahia du Gharb. Dans la foulée des arrestations (à aujourd'hui, ils sont 59 individus incarcérés, pour la plupart à la prison Zaki de Salé), les investigations ont permis de localiser une région enclavée près d'Ajdir, dans le Rif, qui devait servir de camp d'entraînement et de base arrière pour le groupe Ansar El Mehdi. Le choix d'Ajdir semble obéir à des critères symboliques, cette localité ayant été le berceau de la résistance rifaine sous la conduite de Abdelkrim Khattabi.
Par le nombre de ses membres et la logistique dont il disposait, Ansar El Mehdi semble le plus structuré de tous les groupes démantelés après le 16 mai 2003. Ses idées et son mode d'action rappellent ceux du GSPC algérien (groupe salafiste de prédication et de combat), avec un discours radical, qualifié par la police, qui a saisi de nombreux enregistrements, comme très proche de celui de l'égyptien Aymane Zawahiri, bras droit d'Oussama Ben Laden. L'idéologie des compagnons de Hassan El Khattab ne diffère guère de celle des jihadistes opérant ailleurs. Ansar El Mehdi avait commencé, en effet, par essayer de monter des cellules capables de se déplacer à l'étranger (Irak, Palestine), avant d'être convaincu de la pertinence de lancer des opérations de Jihad au Maroc, accusé d'être allié des Américains et des sionistes, selon les aveux des salafistes eux-mêmes. Question : le réseau Ansar El Mehdi a-t-il attendu la libération du fameux Hassan El Khattab, en 2005, avant de se constituer ? Le chercheur Mohamed Darif, qui connaît bien les réseaux islamistes au Maroc, doute de cette théorie : à mon avis, deux cellules sur les six existaient bien avant la sortie d'El Khattab de prison. Sinon, la constitution des cellules et leur mode opérationnel sont classiques. Il s'agit de fournir des kamikazes et de fabriquer des explosifs. Depuis 2002, les autorités ont régulièrement démantelé des cellules comme celles-là, en constituant les mêmes dossiers d'accusation : perpétrer des attentats, tuer des responsables, viser des lieux publics, etc.
Quels étaient les objectifs du groupe ? Les membres d'Ansar El Mehdi comptaient lancer le jihad dans les montagnes du nord marocain, attaquer des cibles sensibles, des intérêts étrangers et des personnalités marocaines parce qu'elles symbolisent l'Etat ou pour des raisons d'ordre moral, a déclaré Chakib Benmoussa. Possible, même s'il n'existe guère de preuves définitives, en dehors des aveux arrachés aux détenus (sous la torture, disent leurs avocats). En théorie, et d'après les informations dont nous disposons, les membres de la bande avaient désigné des cibles et s'étaient fixé des objectifs précis. La base aérienne de Salé, qui accueille régulièrement des avions militaires de gros calibre, faisait partie des cibles privilégiées puisqu'il était prévu d'y commettre des opérations suicides. Les ambassades occidentales, dont celle des Etats-Unis en premier, ainsi que des établissements touristiques figuraient également parmi les cibles, nous explique-t-on.
Pour mener à bien ces opérations, le groupe se serait déjà essayé au maniement des explosifs. Lors des perquisitions effectuées dans les domiciles des membres de Jamaât Ansar El Mehdi, on a saisi près de 30 kg d'explosifs de type TNT, confirme une source policière. La police scientifique s'est attelée à analyser les produits chimiques et les dispositifs électroniques saisis par la BNPJ. Les explosifs concoctés par Ansar El Mehdi seraient de la même nature que ceux qui ont servi lors des attentats de Casablanca au mois de mai 2003.
Braquage de banques et de convois de fonds
Les investigations menées par le Laboratoire de la police scientifique ont permis de relever que les terroristes s'étaient en outre procuré du TATP (Tri-acétone tri-peroxyde), un mélange explosif assez couramment utilisé par les terroristes à travers le monde. Pour ce qui est de la mise à feu, le mécanisme prévu était similaire à celui utilisé lors des attentats de Madrid du 11 mars 2004 : en gros, des téléphones portables reliés, par des fils électriques, au mélange contenu dans des canettes de boissons gazeuses démontées et soudées de nouveau. Pour confectionner les explosifs et les systèmes de mise à feu, les membres du réseau ont téléchargé la recette sur Internet
Lors de ses interrogatoires par les éléments de la BNPJ, Yassine Ouardini, le supposé émir de la branche militaire a précisé avoir procédé, en compagnie de deux de ses complices, à des essais concluants en juin dernier dans la forêt qui jouxte la base aérienne de Salé. Le travail de terrain opéré par la police scientifique a conforté les déclarations de Ouardini puisque les débris récupérés sur les lieux des essais contenaient une grande quantité de composants : nitrate de potassium, acide citrique, chlorure de sodium, soufre et mercure saisis lors des perquisitions opérées dans les domiciles de Yassine Ouardini et de Bousselham Benfaraj. Les enquêteurs cherchent actuellement à déterminer la provenance des explosifs, mais aussi les caches d'armes. Certaines sources proches de l'enquête n'excluent pas l'éventualité d'un vol perpétré dans les dépôts de l'armée. L'enquête suit son cours.
Pour ce qui est du financement des opérations, les enquêteurs ont révélé que la bande envisageait de financer ses activités notamment par le recours au braquage des banques et de convois de transport de fonds. Au menu également, des cotisations des membres les plus aisés, sans compter une opération de falsification de monnaie. Tout le long des investigations, les noms de plusieurs femmes issues de quartiers huppés casablancais revenaient souvent dans les déclarations des prévenus. Sans donner leurs identités, Chakib Benmoussa précisera que deux d'entre elles sont mariées à des pilotes de la Royal Air Maroc. Toujours d'après Benmoussa, les quatre femmes entretenaient des relations de sympathie avec Fatiha Hassani, la veuve de Karim Mejjati, tué par la police saoudienne en avril 2005, ce que nie énergiquement Mme Mejjati, à ce jour libre de ses mouvements : Si on avait quoi que ce soit à me reprocher, les policiers qui ne me quittent pas d'une semelle depuis mon retour de Jeddah se seraient empressés de m'arrêter nous a-t-elle confié.
En tout cas, selon les dires du ministre, les quatre femmes ont versé des sommes conséquentes pour financer la mise en place d'une aile militaire, et surtout pour l'acquisition d'armes auprès des trafiquants de drogue écumant le nord du royaume. Hassan El Khattab a ainsi perçu de FZ.-R. surnommée Oum Saâd, la somme globale de 150 000 DH.
Au lendemain de l'arrestation des quatre femmes, les deux pilotes ont longuement été auditionnés par les enquêteurs avant d'être relaxés. Ils auraient été mis au placard (départs en congé forcé) par leur hiérarchie, en attendant sans doute l'issue des investigations en cours. Les deux pilotes habitent la même zone de villas située sur la route d'El Jadida. Selon des voisins, Oum Saâd avait la réputation de faire beaucoup de mécénat en faveur des démunis et les prêches qu'elle tenait en cercles restreints à la mosquée Al Houda n'avaient rien d'extrémiste. Ils rappellent même que le couple vivait plutôt à l'occidentale jusqu'à une date récente.
Toujours est-il que l'arrestation des quatre femmes a mis en émoi tout le gotha sécuritaire du pays. Une réunion a même été convoquée d'urgence à Rabat. Pas moins de trois ministres, trois généraux, le chef des renseignements militaires, celui de la Direction de la surveillance du territoire (DST) ainsi que le PDG de la RAM, ont fait le déplacement. La possibilité d'un détournement d'avion ou d'un attentat dans un aéroport, semble inquiéter au plus haut point les responsables à tel point d'ailleurs que Driss Benhima a demandé une évaluation du dispositif de sécurité mis en place au niveau de tous les aéroports du royaume.
Vers une reconfiguration de la carte sécuritaire ?
Face à la menace terroriste, la DST a multiplié les interpellations et les interrogatoires musclés, suscitant des cris d'orfraie des organisations de défense des droits de l'homme. Le ministère de l'Intérieur s'est fixé, pour sa part, trois objectifs essentiels. Le premier, la restructuration des services de sécurité, semble déjà avoir été atteint puisque le feu vert a été donné à Abdellatif Hammouchi pour nommer l'ex-patron de la DST de Casablanca, Driss Mansouri, au poste de directeur-adjoint de la DST. Le deuxième objectif, celui de la refonte de la loi contre le terrorisme, devrait bientôt faire l'objet d'un débat au parlement. Quant au troisième chantier, qui consiste à multiplier les mesures préventives, il a démarré avec
la suppression du service militaire obligatoire avec effet immédiat le 31 août, l'idée étant de priver les salafistes d'une initiation gratuite aux sports de combat et au maniement des armes. Dans la foulée, par le biais d'une circulaire récente, l'état-major interdit désormais aux officiers et hommes de troupe de faire la prière, notamment celle du vendredi, en uniforme.
Le fait que, parmi les membres d'Ansar El Mehdi, on ait découvert des gendarmes, des militaires en service et même des policiers a fait monter la fièvre sécuritaire de plusieurs crans. Le général Mohamed Belbachir, patron du 5ème bureau militaire a perdu son poste à la tête de la Direction de la sécurité militaire (lire encadré). L'ampleur de ce limogeage a, au passage, mis en exergue celle de l'infiltration islamiste au sein des FAR. Déjà, en 2004, une centaine de sous-officiers et de soldats avaient vu leurs contrats résiliés pour cause de sympathies islamistes. La thèse de l'infiltration est toutefois à prendre avec des pincettes, comme nous le rappelle à juste titre cet observateur. Au cours des années 70, les mouvements islamistes tentaient d'infiltrer l'armée parce qu'ils avaient l'espoir de renverser les régimes en place pour les remplacer par un califat. Aujourd'hui, les quelques soldats embrigadés çà et là par les jihadistes servent tout juste à avoir accès à des armes et une expertise reconnue en matière de maniement d'explosifs.
Pour la plupart des gradés consultés, parler d'infiltrations paraît exagéré mais il n'en reste pas moins que les troupes ne sont pas à l'abri du radicalisme islamiste. Il est vrai que, jusqu'à présent, il n'y a aucun officier ou responsable impliqué dans le réseau Ansar El Mehdi. Mais qui peut réellement déterminer le nombre de sympathisants qui, pour diverses raisons, épousent en silence les thèses extrémistes ? Quand on sait que les soldats vivent dans une précarité absolue, avec des salaires de misère, soumis à une discipline souvent injuste, on comprend que le discours radical qui séduit les populations déshéritées puisse tenter également les soldats explique le colonel à la retraite Ahmed Zarrouf, un bon connaisseur des arcanes de l'armée.
Dans tous les cas, ce sont bien les salafistes dormants de l'armée qui inquiètent au plus haut point la hiérarchie militaire et sécuritaire du pays. à partir du moment où un soldat signe l'engagement de ne pas porter la barbe, de n'être affilié à aucun parti, de s'abstenir de toute activité politique ou associative, il devient difficile de démasquer les éventuels salafistes au sein de l'armée, rappelle une source sécuritaire.
Pour finir, les observateurs n'écartent pas une infiltration encore plus sournoise et plus difficile à déceler, celle des disciples de Cheikh Yassine. Selon une source proche d'Al Adl Wal Ihsane, Yassine a des adeptes partout, même au sein de l'armée. Mais là, ils ont pour consigne d'être les plus discrets possibles dans leur observation des pratiques religieuses - en attendant l'heure de passer à l'action. Selon les désormais célèbres visions de Yassine, la population, sous le double étau de la misère et des injustices sociales, se lancera dans une série d'émeutes qui finiront par pousser l'armée à intervenir pour rétablir l'ordre. C'est alors que les militaires sympathisants d'Al Adl devront se révéler pour transférer le pouvoir à Yassine et ses lieutenants
Et aujourd'hui, où en est-on ? Jusqu'à présent, 59 personnes ont été déjà arrêtées et plusieurs autres suspects sont toujours recherchés. Ce qui complique la tâche, c'est que certains sont connus par leurs seuls noms de guerre, confirme une source policière. Les procès des membres de Jamaât Ansar El Mahdi vont démarrer le 13 septembre devant la Cour d'appel de Rabat, qui a compétence territoriale nationale en matière de terrorisme. Certains prévenus devraient être traduits devant le tribunal permanent des FAR. Ils sont accusés notamment de préparation d'actes terroristes en vue de renverser le régime et d'instaurer un califat islamique. Attendons nous aux sentences maximales
D'ores et déjà, de nombreuses voix s'élèvent pour contester l'arrestation des suspects par la DST, les irrégularités et le recours à la torture qui a marqué l'enquête. Hassan El Khattab et ses compagnons ont décidé, pour leur part, de se mettre en grève de la faim à partir du 10 septembre pour clamer leur innocence. L'Association marocaine des droits humains a déjà dénoncé, à plusieurs reprises, de graves atteintes au droit dans l'affaire de ce réseau terroriste soupçonné d'avoir préparé des attentats. D'autres voix pourraient bientôt se mêler à celle de l'AMDH, à mesure que les procès (et les révélations sur les conditions dans lesquelles les aveux des prévenus ont été obtenus) avanceront. |
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Hassan El Khattab. Un émir douteux
Hassan El Khattab, le chef présumé du groupe Ansar El Mehdi, faisait partie de l'une des premières cellules démantelées à Salé et jugés lors des procès de l'automne 2003. Nous avons tous été surpris par la légèreté du verdict prononcé contre Khattab (deux ans de prison) au vu de ce qui lui était reproché, note un de ses compagnons, condamné à 15 ans de prison pour les mêmes faits. El Khattab a fait ses premières armes dans les rangs de groupes radicaux comme Attakfir wal Hijra, dont le programme de base consistait à passer à tabac les individus à l'allure trop émancipée. L'homme a la réputation d'avoir fréquenté des prédicateurs parmi les plus extrémistes, comme Youssef Fikri et Mohamed Fizazi. Une fois incarcéré à la prison d'Outita, cet herboriste reconverti dans la prédication avait réussi à convaincre ses frères d'organiser la première grève de la faim des salafistes, en décembre 2004.
Libéré au courant de l'automne 2005 après avoir purgé ses deux ans de prison, El Khattab a enregistré deux CD dans lesquels il raconte par le menu les tortures subies entre les mains de la police - et ne se gêne pas pour lancer de vigoureux appels au jihad. Ces CD ont connu un large succès dans les prisons où ils ont été distribués sous le manteau. Libéré, El Khattab a sillonné le royaume pour rencontrer une palette impressionnante de frères, simples contacts ou recrues potentielles.
Curieusement, cet activisme forcené (qui n'a pas pu échapper à ses pisteurs de la DST) ne l'a pas empêché de s'installer à Salé, en plein fief islamiste. Mieux (ou pire) : il a pu délivrer des cours dans une école coranique de son voisinage, tenue par un autre ancien salafiste - une école bénéficiant d'une autorisation en bonne et due forme du ministère des Affaires islamiques.
Depuis le démantèlement du réseau El Khattab, la vie au sein de la prison est devenue particulièrement difficile pour les détenus salafistes incarcérés après le 16 mai 2003 (près de 2000). Les espoirs d'une grâce royale, qui semblaient réels il y a encore quelques semaines, semblent définitivement évanouis. |
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Le Général Belbachir. La première victime
Un officier n'a d'autre certitude que celle du pire. Après sa mise au placard, le général Mohamed Belbachir a sans doute longuement ruminé la fameuse devise ressassée à l'envi à l'école militaire. Si le groupe Ansar El Mehdi n'a pas réussi son renversement du régime (l'expression est de Fouad Ali El Himma en personne), il a en revanche précipité la chute d'une grosse pointure de l'armée. Dès l'annonce des premières arrestations parmi les militaires du groupe, Belbachir a été brutalement limogé et la Direction de la sécurité qu'il avait montée de toutes pièces
dissoute. C'est le colonel major Mohamed Maïche, qui relevait jusque-là de la Gendarmerie royale, qui a été désigné, depuis, à la tête du Cinquième bureau. Ce dernier avait été transformé par le général Belbachir en direction de la sécurité dépendant directement du Souverain au lendemain de la disparition de 7 fusils Kalachnikov et de 15 boîtes de cartouches, volés à la caserne de Taza, en janvier 2003. À cette occasion, cette direction, qui emploie 1% des effectifs de l'armée, avait vu ses prérogatives s'étoffer. Les rapports rédigés par ses officiers étaient ainsi transmis au roi en personne, via Belbachir, des rapports sur lesquels aucun haut gradé, hormis Belbachir, n'avait droit de regard.
La Direction de la sécurité militaire avait par ailleurs été dotée de son propre centre de formation, situé à Skhirat, et les officiers qui y étaient affectés avaient droit à tous les égards - notamment de (très enviés) stages aux Etats-Unis.
Sa mission numéro 1 était, bien entendu, de prévenir toute infiltration islamiste - et a fortiori terroriste - de l'armée. Il est évident que sur ce point, elle a failli. Le problème avec cette structure, c'est qu'au lieu de veiller sur la sécurité à l'intérieur des casernes, elle a été dévoyée vers la surveillance et l'espionnage des activités personnelles et des fortunes des hauts gradés, explique, un rien persifleur, un officier des FAR. De là à accréditer la thèse d'une guerre des généraux qui a eu raison de l'ami proche du général Laânigri, il n'y a qu'un pas. Que de nombreux gradés n'hésitent pas à franchir... |
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Zones d'ombre. Les bonnes questions
Sorti de prison l'an dernier, Hassan El Khattab, alias Abou Oussama, présenté comme l'émir du réseau démantelé fin juillet, bénéficiait d'une étonnante liberté de manuvre. Alors que tous ses frères libérés sont systématiquement pistés par la DST, lui a réussi, nous dit-on, à organiser des cellules qui étaient sur le point de passer à l'attaque ? Comment expliquer, en outre, que le même El Khattab, aux opinions salafistes connues, ait obtenu l'autorisation de donner des cours de prédication dans une école coranique de Salé
elle-même fondée par un autre salafiste libéré ?!
Pourquoi la DST a-t-elle travaillé essentiellement avec la Gendarmerie royale, plutôt qu'avec la Direction de la sécurité militaire que pilotait le général Mohamed Belbachir avant sa brutale éviction ?
Pourquoi le général Belbachir a-t-il été immédiatement démis de ses fonctions parce que cinq soldats faisaient partie du réseau terroriste, alors que Housni Benslimane, le général de la gendarmerie, qui comptait trois salafistes infiltrés dans ses rangs, n'a pas été inquiété - sinon par la bande ? (lire édito)
Le ministre de l'Intérieur, Chakib Benmoussa, l'a déclaré devant une forêt de micros : les quatre femmes impliquées dans cette affaire auraient toutes entretenu des relations suivies avec la veuve du terroriste Karim Mejjati, célèbre lieutenant marocain d'Al Qaïda, tué en Arabie Saoudite en avril 2005. Pourquoi, dans ce cas, ces quatre femmes ont-elles été arrêtées, alors que Mme Mejjati (qui nie les connaître) est toujours en liberté ?
Selon les autorités, les membres de Ansar El Mehdi avaient prévu, entre autres, de lancer des attaques contre des ministres et des diplomates étrangers. Ils avaient les explosifs qu'il fallait pour cela et ils auraient planifié les opérations pour le mois de mai. Pourquoi ne sont-ils pas passés à l'acte ?
Comment se fait-il que Hassan El Khattab et ses amis, présentés comme des salafistes, se soient fait appeler Ansar El Mehdi ? En référence au messie chiite attendu (Al mehdi Al Mountadar) ? Etrange, quand on connaît la haine que vouent les salafistes aux chiites, considérés comme des polythéistes... |
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