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Par Fahd Iraqi
Bourse. Le casino des cols blancs
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Salle des marchés de
BMCE Capital. (DR)
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Depuis qu'elle a fait peau neuve, la Bourse a la cote : plus de transparence, plus de réactivité et d'interactivité, investisseurs et spéculateurs semblent y trouver leur compte et s'y bousculent.
Discrétion oblige, on l'appellera Houria. Richissime dentiste rbatie, cette quinquagénaire est une passionnée du jeu. Il n'y a pas un soir où elle ne tape pas le carton dans une des luxueuses villas de son cercle d'amis, jamais, non plus, de week-ends écoulés à Marrakech ou à Tanger sans une halte au casino. Récemment, la quinquagénaire a |
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découvert le casino de la bourse. Une expression qui scandaliserait nombre de ces financiers qui ne croient qu'aux analyses fondamentales ou techniques (et quelquefois en la boule de cristal !), Le genre de col blanc qui ne tolère aucune similitude entre un investissement en bourse et une grotesque mise sur un tapis de roulette ou de black-jack.
Tu ne perdras point !
Pourtant, pour gérer son portefeuille d'actions, Houria applique la même doctrine qu'au jeu. Il faut savoir s'arrêter au bon moment. C'est la sacro-sainte règle qui m'a permis de jouer toutes ces longues années sans y laisser ma jupe, s'amuse-t-elle à expliquer. En bourse, elle se fixe un objectif de gains et une limite de pertes avant d'entamer une partie ou d'investir dans une action. Une approche qui s'est avérée, encore une fois, fructueuse cet été. Misant gros sur l'introduction en bourse d'Addoha, et conseillée par un ex-trader, elle a tablé sur une progression du cours à 900 dirhams. La limite de pertes, cette fois-ci, Houria n'a pas eu à la déterminer d'avance. Il n'y a pas eu une seule introduction où le cours n'ait pas sensiblement augmenté dès les premières séances. Certes, parfois le cours est passé rapidement en dessous du prix d'introduction, mais il y a toujours eu des séances de sursis, explique le trader reconverti dans l'industrie. Un tel comportement du cours est quasiment mécanique. La bourse étant un marché, elle est naturellement régie par l'infaillible loi de l'offre et la demande et, dans n'importe quelle introduction, la demande est supérieure à l'offre. Le volume attribué aux investisseurs institutionnels n'assouvit que peu leur soif de papier frais. Compagnies d'assurances, caisses de retraites ou encore organismes de placement collectif, s'inscrivant dans une logique d'investissement à long terme, raflent tout ce qui bouge sur le marché secondaire. Evidemment plus la valeur est intéressante, plus elle engendre de surenchères entre ces investisseurs. Et devant la flambée du cours, les petits porteurs finissent par succomber à la tentation de concrétiser leurs gains.
En ligne
C'est ce fonctionnement du marché qui a permis à Houria d'atteindre largement son objectif. Dans la matinée du 23 août, le médecin reçoit la bonne nouvelle au téléphone. On y est ! Addoha traite aujourd'hui aux alentours de 905. Le moment est venu de laisser la parole, lui lance son conseiller de fortune à l'autre bout du fil. Il n'en faudra pas plus pour que Houria passe à l'acte. Avant même de recevoir le patient suivant, elle se connecte sur Internet pour transmettre son ordre de vente. Un geste simple
Une réactivité qui a séduit des centaines de milliers de boursicoteurs sur les marchés européens et vient à peine de faire son apparition au Maroc. C'est en juin dernier que Dar Tawfir, la filiale de la banque d'affaires, CFG Groupe, a lancé ce nouveau service de bourse en ligne. Houria, a succombé à la mode comme la centaine de clients alléchés par ce nouveau service. Un abonnement mensuel de 140 DH, un compte-client à la banque d'affaires et Houria, elle, joue à la golden woman. Evolution manifeste, quasiment de la science-fiction il y a à peine dix ans. Jusque-là, les cours de bourse se fixaient à coups de hurlements et s'inscrivaient à la craie sur un tableau noir, un marché dit à la criée. C'est dans l'ordre normal des choses. Le marché à la criée a été remplacé par le système de cotation électronique. Il a eu par la suite la délocalisation de ces stations vers les sièges des sociétés de Bourse. Aujourd'hui, il est normal de passer à une délocalisation vers le poste de travail du client, affirme cet ancien de la profession.
L'âge d'or ?
Et c'est évidemment sur son computer que Houria constatera aussi que son paquet d'actions Addoha a bel et bien changé de main pour un cours moyen de 905 dirhams. En comparaison avec le prix d'introduction (585 dirhams), elle s'en sort avec 54.7 % de plus-value brute. Brute car en plus des différentes commissions des intermédiaires, l'Etat prend aussi sa part du gâteau. La loi de finances 2006 a réactivé une taxe sur les plus-values de 10 %, la fameuse TPCVM (Taxe sur plus-value des cessions de valeurs immobilières) instaurée en juillet 1999 et qui avait alors soulevé un tollé. Dans un marché encore à ses balbutiements et surtout où la bulle spéculative avait atteint son apogée, la promulgation de cette taxe avait rebuté les petits porteurs, d'autant plus qu'elle intervenait au moment où les gros investisseurs, locaux comme étrangers, avaient déjà déserté la place pour de meilleures perspectives. Le spectre d'une rude correction a hanté la bourse pour l'entraîner dans une agonie de quatre longues années, période pendant laquelle la profession a essuyé un sérieux revers. Une société de bourse a dû mettre la clé sous le paillasson, les autres ont dû lancer des plans sociaux draconiens. Exit les nouvelles recrues. Ceux qui avaient vécu les années fastes, parlent plutôt de retraite dorée. Il n'y avait plus rien à faire sur la place, raconte le trader reconverti. Nous étions habitués à travailler dans l'opacité. Les règles n'étaient pas claires. On pouvait vendre au prix fort avant même d'acheter à trois fois rien. Le tout du fait de l'impuissance mais aussi d'un brin de laxisme du CDVM. Et puis d'un coup, non seulement les règles se sont durcies dans un marché qui a terriblement chuté mais le fisc s'en est mêlé, poursuit-il.
La réconciliation
Ce temps est aujourd'hui révolu. Le trader a même repris officieusement sa casquette pour conseiller Houria et d'autres proches sur quelques opérations de bourse ponctuelles. Le retour a coïncidé avec l'introduction en Bourse de la BCP en juillet 2004. Trois ans s'étaient écoulés sans la moindre nouvelle recrue dans les rangs des sociétés cotées. Les voix s'élevaient pour réclamer une plus grande implication de l'Etat à l'image des années 90. Depuis l'arsenal législatif de 1993 -qui a permis d'avoir un marché boursier digne de ce nom - l'effort de dynamisation du marché a été essentiellement consenti par l'Etat. C'est grâce à la mise sur le marché de gros calibres comme SNI, BMCE ou encore la Samir - tantôt pour des considérations budgétaires, tantôt pour des considérations d'image d'ouverture et de libéralisation, que le marché a véritablement connu son essor. L'arrivée de la BCP marquait ainsi le renouement de l'Etat avec la Bourse et, dans son sillage, ce sont des milliers de boursicoteurs qui ont retrouvé le chemin de la cote. 22 423 souscripteurs ont répondu présent à la souscription d'un montant plus de 800 millions de dirhams. Néanmoins, la véritable réconciliation est venue avec l'introduction de Maroc Telecom en décembre 2004. La mise sur le marché de 14.9 % du capital de l'opérateur historique restera un record difficile à battre pendant longtemps. Deux lois amendées pour réajuster l'émission au grand public. 9 milliards de dirhams à mobiliser d'un coup
C'est plus que le volume cumulé des introductions réalisées jusqu'à cette époque. Le rush a été aussi au rendez-vous : 192 milliards de dirhams seront proposés (50 % du PIB). Mieux encore : plus de 119 000 particuliers manifesteront de l'intérêt pour cette opération. Le recrutement d'une nouvelle société en bourse ramène aussi de nouveaux investisseurs susceptibles d'être fidélisés. En moyenne 70% des souscripteurs pour une introduction découvrent la bourse pour la première fois, explique Amine Benabdeslam, président du directoire de la bourse.
La fin des combines ?
Pour Houria aussi, le baptême de la cote a coïncidé avec cette opération historique. Aujourd'hui, son compte bancaire a pris des zéros. Entre IAM, Addoha et les autres introductions, la bourse l'a enrichie d'une poignée de millions de dirhams. Mais si elle a pu gagner autant, c'est qu'elle a misé gros. Car non seulement pour chaque opération, Houria casse sa tirelire mais elle mobilise tout son entourage. Le personnel de cabinet, le personnel de maison, le jardinier occasionnel sans compter la coiffeuse attitrée et la cousine éloignée, tous lui signent des procurations qui lui permettent de souscrire plusieurs fois et maximiser le nombre de titres qui lui seront attribués. Mieux encore : comme elle dépose son pactole à la banque, son agence lui accorde le tiers du montant déposé sous forme de découvert. De telles pratiques sont désormais bannies du marché. Le 1er septembre, de nouvelles circulaires du CDVM, gendarme du marché, sont venues renforcer la réglementation des introductions en bourse. Désormais chaque souscripteur devra disposer de son propre compte bancaire et plus question pour la banque de faire de petits gestes à l'égard de ses clients.
Les introductions se suivent
De telles pratiques ont toujours existé. Mais si l'autorité de régulation du marché a pu les remarquer, c'est essentiellement grâce à la multiplication récente des introductions. Depuis le début de l'année, pas moins de quatre sociétés ont rejoint la cote. Distrisoft, qui a publié cette semaine sa note d'information, sera la cinquième introduction de l'année
La dixième en deux ans. C'est un rythme qui correspond parfaitement à nos objectifs. Car notre ambition est d'avoir 100 sociétés cotées à lhorizon 2015, explique le patron de la bourse. Et la vague devrait se poursuivre. Colorado et Involys seraient dans la dernière ligne droite des préparatifs pour faire leur entrée sur le marché. Il n'y a pas de secret, cet engouement s'explique par l'échéance 2006 qui marque la fin de l'abattement fiscal accordé aux entreprises qui s'introduisent en bourse, confie un banquier d'affaires. Aujourd'hui donc, à la veille de larrivée à terme de cette mesure fiscale, le microcosme boursier croise les doigts. Il n'y a pas une réunion que nous tenons avec les pouvoirs publics sans les sensibiliser par rapport à l'importance de maintenir cet avantage fiscal, confie le patron de la bourse. Et pour cause, l'enjeu est important. Des mastodontes comme RMA Watanya, Méditel, Atlanta et Sanad ont déjà annoncé leur intention de rejoindre la bourse.
Pour ces grosses capitalisations, une mesure fiscale sera des plus encourageantes. L'Etat devrait voir son budget en souffrir quelque peu, mais les 57 sociétés en bourse contribuent déjà pour 36 % dans les recettes de l'IS. Pour la place, un nouvel arrivage d'investisseurs et de produits est un nouveau souffle pour tenir un trend euphorique. Pour Houria , ce sont de jolis gros coups gagnants. |
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La bourse en chiffres
Marché Actions*
Capitalisation 366 MDH
Nombre de sociétés 57
Volume quotidien moyen 197 MDH
Marché obligataire
Nombre démetteurs 17
Volume quotidien moyen 3 MDH
Acteurs du marché
Sociétés de bourse 12
Organismes collectifs de placement 122
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Introductions réalisées entre 2005 et 2006
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Emetteur
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Date
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Part du capital
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Montant (MDH)
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Nombre de
souscripteurs
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Sothema
|
21-02-05
|
15%
|
101,35
|
1428
|
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Dari
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11-07-05
|
29,5%
|
29,52
|
1453
|
|
Lydec
|
18-07-05
|
14%
|
268,8
|
14 390
|
|
Risma
|
15-05-06
|
19%
|
250
|
15 683
|
|
Mediaco Maroc
|
12-06-06
|
20%
|
17,3
|
620
|
|
Cartier Saada
|
21-06-06
|
30%
|
22,2
|
743
|
|
Addoha
|
06-07-06
|
35%
|
2700
|
22 289
|
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Distrisoft
|
26-09-06
|
33%
|
65,45
|
En cours
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