|
Par Driss Bennani
Politique. Le PSU bien en Cour ?
|
Aziz Akhennouche
(AIC PRESS)
|
Fin juillet, Fouad Ali El Himma rencontre de manière informelle les dirigeants du jeune PSU. Que se sont-ils dit ? Que faut-il y voir, à la veille d'élections décisives pour Mohammed VI ?
Lété est apparemment une saison qui inspire Fouad Ali El Himma. Pour la deuxième année consécutive, l'homme fort du régime crée l'événement en recevant, de manière informelle, des opposants du système. L'année dernière, en pleine polémique sur l'IER, c'était Mohamed Sebbar, président du Forum vérité et justice qu'El Himma avait reçu pour une discussion politique à bâtons rompus. Cette |
|
année, presque au même moment (fin juillet), El Himma a rencontré à deux reprises des dirigeants du jeune et turbulent Parti socialiste unifié (PSU). Au lendemain d'une grande polémique sur le code électoral et à la veille d'élections décisives, cette rencontre a naturellement fait couler beaucoup d'encre. Tentative de cooptation pour les uns, coup dur pour l'USFP pour les autres
Mohamed Sassi, membre du bureau politique, et son secrétaire général ont dû s'expliquer une dizaine de fois au moins pour répéter que des réunions de ce genre sont tout à fait normales pour un parti politique en pleine croissance. Normales, mais pas banales.
Rencontre. Acte 1.
Tout commence le 21 juillet 2006. Mohamed Hafid, membre du bureau politique du PSU, reçoit un appel peu anodin. A l'autre bout du fil, Aziz Akhennouch, une connaissance de longue date, lui propose, ainsi qu'à Mohammed Sassi, une rencontre informelle avec Fouad Ali El Himma au domicile de l'homme d'affaires soussi, à Bouznika. Rien que ça ! Les deux hommes (Sassi et Hafid) sont sérieusement embarrassés. Pendant de longues années, ils se sont fermement opposés aux rencontres secrètes entre hommes du pouvoir et leaders politiques. Conformément aux statuts qu'ils ont eux-mêmes rédigés, ils mettent au courant le secrétaire général du parti et prennent l'avis de l'ensemble des membres du secrétariat général (13 personnes). Ils ont le feu vert. La veille, le conseil de ministres n'avait pas tranché au sujet de certaines dispositions du code électoral, que nous contestons. On s'est dit que ça devait avoir un lien avec cela, ce qui explique notre enthousiasme pour accepter l'invitation, explique un membre du bureau politique. Il n'en sera rien finalement. Pendant plus d'une heure trente, Fouad Ali El Himma fera un exposé sur les grands chantiers du pays et sur l'uvre de Mohammed VI (voir encadré). Et le code électoral ? El Himma s'est voulu rassurant mais ne nous a donné aucune garantie. La question des élections n'était pas au centre des discussions, affirme Mohamed Sassi. La réunion durera finalement jusqu'à l'aube. Huit heures durant, Fouad Ali El Himma et les dirigeants du PSU ont discuté de tout et de rien, des médias aux droits de l'homme, en passant par les pouvoirs du roi et ses grandes réformes. À l'issue de la réunion, Mohamed Sassi gardera du ministre délégué à l'Intérieur l'image d'un homme décontracté, communiquant aisément des idées claires et cohérentes. La blague veut que, fort de ce test, El Himma ait enfin osé affronter les parlementaires pour la première fois depuis sept ans pour leur débiter, à quelques détails près, l'exposé qu'il a fait à Sassi et à Hafid !
La semaine s'écoule alors doucement. Alors que Sassi et Hafid préparent un rapport sur la rencontre pour la réunion hebdomadaire du bureau politique, Mohamed Moujahid est contacté par Fouad Ali El Himma dans la journée du 28 juillet. Il l'invite, ainsi que Sassi et Hafid, à une nouvelle rencontre. Là encore, pas d'invitation écrite ni ordre du jour. Le ministre tient apparemment au caractère informel de ses contacts. Moujahid demande le report de la rencontre au lendemain, juste après la réunion hebdomadaire du bureau. Surprise, El Himma accepte. La semaine précédente, il a raté un important mariage du fils d'un haut dignitaire de l'Etat, et cette fois, à cause du report, il sera obligé de recevoir ses hôtes la veille
d'un discours du trône. Que cherche-t-il ? Où veut-il en venir ? Lui dit simplement vouloir mieux connaître les dirigeants d'un parti naissant. Là encore, le bureau politique accepte à l'unanimité.
Mais cette fois, quelque chose a changé. El Himma n'est plus seul et se fait accompagner par trois poids lourds de l'establishment : Mohamed Moatassim, conseiller du roi, Mustapha Terrab, patron de l'OCP et Mustapha Bakouri, patron de la CDG. La réunion dure un peu moins que la première (quatre heures, quand même) et n'apporte rien de nouveau. Aucun accord, aucun message particulier, aucune promesse. Comme si l'Etat voulait simplement dire qu'il possédait des gens de grande qualité, avec une certaine capacité critique et qui pouvaient parler un langage proche du nôtre, conclut Mohamed Hafid.
Intrigue
À quoi tout cela rime-t-il alors ? Pourquoi un homme comme Ali El Himma rencontre-t-il deux fois de suite en une semaine les dirigeants d'un parti naissant qui place la réforme constitutionnelle en tête de ses priorités. Académique jusqu'au bout, Sassi tente d'expliquer que l'Etat paternaliste a toujours voulu connaître personnellement ses interlocuteurs. D'ailleurs, poursuit-il, Hassan II connaissait personnellement tous les chefs de parti. C'était même une condition pour accéder au poste. Avec un peu plus de recul, cet observateur voit dans ce genre de rencontre une continuité de celles qui ont réuni les hommes de M6 et les opposants de son père et qui ont précédé la naissance de l'IER ou du CCDH par exemple. Serait-ce de la cooptation ? Peut-être, ça pourrait effectivement être une tentative, reconnaît un membre du PSU, mais je crois que nous sommes assez bien soudés par un code de conduite stricte au sein du parti pour éviter les dérives de pareils rapprochements. D'ailleurs, comme pour bien marquer son indépendance, le PSU s'est empressé de publier, quelques jours après la rencontre, l'intégralité de son mémorandum sur les réformes constitutionnelles dans les colonnes du numéro d'été du journal du parti.
Au milieu de toutes ces spéculations, un constat s'impose : le PSU a atteint la taille critique pour devenir un interlocuteur de l'Etat. Pour montrer son opposition au projet de code électoral, la jeune formation de gauche a par exemple réussi à rameuter sept grandes organisations politiques et de la société civile à un meeting qui a duré plusieurs heures. C'est une boule de neige qui grandit un peu plus chaque jour et l'Etat veut désormais suivre ça de près, analyse un observateur. En plus, c'est le parti de Bensaïd Aït Idder, grande figure politique nationale. En peu de temps, le PSU s'est structuré et a marqué sa présence dans plusieurs villes du pays. Ses membres sont souvent des militants actifs de la bouillonnante AMDH ou d'associations de développement durable, à la virginité politique intacte. Cerise sur le gâteau enfin, c'est un parti qui ne conteste pas le règne de Mohammed VI et veut contrer la marée islamiste. C'est même un parti qui fait peur à la grande USFP. Après avoir été un ardent défenseur de la marginalisation des petits partis lors des futures élections, Mohamed Elyazghi fait aujourd'hui profil bas et traite le PSU d'amis de gauche. Plus, quelques jours après la rencontre d'El Himma, l'USFP a demandé à son tour une rencontre au PSU. L'USFP est aujourd'hui un parti en mal de cohérence et de légitimité. Il a peur pour son avenir, d'avoir perdu toute crédibilité et donc attrait pour l'Etat, analyse un Usfpéiste en rupture de ban. Le grand rassemblement de la gauche se ferait-il autour du PSU plutôt que de l'USFP ? L'Etat y est-il favorable ? Tout dépend de la stratégie de l'Etat pour les cinq ou dix ans à venir. Veut-on instaurer un vrai débat politique, veut-on des partis crédibles ou des guignols ?, se demande un membre du bureau politique du PSU. Mais ça, Sassi, Hafid et Moujahid n'ont pu le sonder pendant les12 heures de discussions. |
 |
Lecture. L'uvre de Mohammed VI selon El Himma
Au début du règne de Mohammed VI, le pays était menacé par des actes terroristes, par les projets d'Al Adl Wal Ihssane, etc. Aujourd'hui, la sécurité est établie. Nous avons défendu notre stabilité avec les moyens que cela nécessitait.
pour ce qui est de la réconciliation, je vous demande simplement de retenir le courage politique que cela a nécessité. Aujourd'hui, la réconciliation est un fait. Une page est tournée.
le roi a parcouru 72.000 km cette année. Citez moi une seule région où un grand chantier de développement n'ait pas été lancé. Parfois les gens s'étonnent de voir le roi lancer de micro-projets. Mais cela lui permet d'écouter directement les doléances des citoyens, en plus des rapports qui lui parviennent.
le roi est intervenu en pleine crise et n'a pas choisi la facilité. Il a fait voter la Moudawana au Parlement, de manière à impliquer toutes les forces politiques. |
|
|