|
Par Hassan Hamdani
Médias. Arriyadiya, le sprint final
|
Ultimes préparatifs à la régie
dernier cri de Arriyadiya.
(AIC PRESS)
|
Branle-bas de combat à Arriyadiya, le futur bébé sportif du paysage audiovisuel marocain. Parler de sport (mais autrement) sera le credo du nouveau-né. Visite prénatale à 7 jours de l'accouchement.
10 heures du matin, centre de Casablanca à quelques mètres du consulat de Belgique, les journalistes d'Arriyadiya sont réunis en conférence de rédaction tandis qu'un peu plus loin, le directeur de la chaîne, Younes Alami, discute d'un problème technique avec son jeune directeur artistique. Les 80 membres d'Arriyadiya sont tous dans les |
|
starting-blocks pour la dernière ligne droite qui marquera, samedi 16 septembre, l'éclosion de la chaîne sportive dans le très désertique paysage audiovisuel marocain (PAM). C'est l'aboutissement d'une course contre la montre débutée il y a six mois, moment où Younes Alami, ex-rédacteur en chef du Journal hebdomadaire et reporter à 2M, s'est vu confier par le patron de la SNRT, Faycal Laraïchi, la mission de créer une chaîne thématique dédiée au sport, ex nihilo serait -on tenté de dire, puisque les couloirs des locaux, encore encombrés de matériel de tournage, sentent le neuf aussi bien au niveau du bâti que des têtes : Nous avions l'obligation de ne pas appauvrir les rédactions de 2M et TVM (la SNRT, matrice mère du PAM oblige), explique Younes Alami qui est allé faire son marché dans les écoles de journalisme, la rédaction sportive chevronnée d'Assabah et quelques boîtes de production audiovisuelle de la place, et a appelé en renfort deux mémoires vivantes du sport marocain : Najib Salmi de l'Opinion et Mustapha Badri d'Al Mountakhab. Résultat, la moyenne d'âge est de 26 ans et, pour quasiment tous, ce sera un dépucelage-télé samedi, au moment de la prise d'antenne. Younes Alami est au téléphone avec Najib Salmi pour régler les horaires des ultimes répétitions : Je vais rater France-Italie, c'est un comble pour un journaliste sportif non ?, plaisante Najib Salmi. Ce dernier a été choisi pour animer Hadath oua Tarikh. Ce seront les mémoires que je n'ai jamais écrites, confie Najib Salmi. Hadath oua Tarikh est en effet une machine à remonter le temps qui reviendra en images sur tous les évènements sportifs qui ont marqué les Marocains, avec cerise sur le gâteau, le témoignage des protagonistes de l'époque et quelques moments forts à la clé, promet Younes Alami, à l'image de l'aveu de Badou Zaki qui endosse l'erreur tactique sur le coup franc meurtrier de Matthaus lors d'Allemagne-Maroc en 1986.
Le sport par le bout de la lorgnette
Le football étant le roi des sports, Arriyadiya axera ses programmes sur le ballon rond pour une grande partie avec, notamment, une émission hebdomadaire sur le Raja et le Wydad où le téléspectateur pourra vivre de l'intérieur le quotidien des deux clubs-phares du football marocain. On promet aussi beaucoup de nouveautés dans la présentation et le commentaire : Nous avons fait appel à des anciens professionnels du football pour les commentaires plateau et les reportages coulisses dans les vestiaires, explique Younes Alami. Un footballeur n'accepte dans ces moments intimes qu'un consultant ex-footballeur, ajoute-t-il. Un nom fort déjà presque sûr : Bassir. C'est du Canal+ dans le texte (sur le principe en tout cas), et la régie dernier cri avec sa palette graphique destinée à juger les hors jeux sur écran n'a rien à envier à la chaîne française. Cependant le téléspectateur, malgré ces nouveautés techniques et un état d'esprit différent pressenti à Arriyadiya, restera prisonnier des transmissions moyenâgeuses de la TVM comme le stipule le cahier des charges de la chaîne sportive. Officiellement, on parle de logique de complémentarité. L'exclusivité des matchs n'est pas le credo de la chaîne qui ne peut d'ailleurs pas concurrencer les chaînes satellitaires en termes de moyens : son budget annuel est de 50 millions de dirhams, soit à titre de comparaison à peine l'équivalent de trois saisons de Studio 2M. Par contre, Arriyadiya promet de parler des problèmes du football marocain avec des angles d'attaque originaux : Nous avons mis en boîte un documentaire qui traite de l'état lamentable des pelouses marocaines, souligne Younes Alami. Ainsi, l'équipe de tournage est-elle partie interviewer le fameux jardinier de Wembley, a fait un saut à Wimbledon avant de recueillir les conseils du jardinier du stade d'El Jadida qui a la meilleure pelouse du Maroc. Le foot sera traité sous des angles variés : de la star marocaine évoluant à l'étranger (Le journal des pros) à l'amateur qui ne foule que des pelouses poussiéreuses et fréquente des vestiaires pue-la-sueur dans l'émission de téléréalité Asso'oud. Cette dernière suivra les tribulations d'une équipe de 3ème division dans son ascension éventuelle vers la 2ème division. C'est sans aucun doute là que réside la valeur ajoutée de la chaîne : les journalistes suivent sur le terrain les sportifs marocains en déplacement à l'étranger mais jouent aussi sur le sacro-saint principe journalistique de la proximité en racontant des tranches de vie marocaines. A titre d'exemple, une équipe d'Arriyadiya est allée filmer en prison Hicham Bouaouiche, ex-champion de 3000 mètres steeple, condamné par la justice française pour complicité de meurtre. Comme son nom l'indique, Arriyadiya traitera également de sports moins médiatisés. Ainsi, près de la régie finale, un monteur met la touche finale à Génération intense, émission consacrée aux sports extrêmes et qui essuiera les plâtres avec du surf. Dès le générique, le ton est donné, ce ne sera pas un Alam Arriyadi bis : la caméra montée à même le surf est dynamique et le présentateur qui parle en darija soignée (langue officielle d'Arriyadiya) est une référence dans le monde de la glisse marocain, précise Younes Alami. Un ton qui se veut différent donc et une volonté affichée de parler de tous les sports. Dans les semaines à venir, le téléspectateur devrait donc découvrir qu'il existe au Maroc une équipe de hockey sur glace ou les exploits de l'équipe nationale de bowling. Mais, qu'il se rassure, il n'y aura pas de Semaine du cheval au programme... |
|