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Par Fahd Iraqi
Taxis. Un business qui roule
Avec 65 000 véhicules et quelque 200 000 chauffeurs, les taxis représentent un lobby considérable. Et comme dans tous les secteurs rentiers, les dérives ne manquent pas.
Driss regarde sa montre. Il est 6h 15 du matin et son taxi n'est toujours pas arrivé. La cause du retard : le chauffeur de nuit. Ce n'est pas dans ses habitudes, s'inquiète-t-il en pianotant sur son téléphone portable. Son collègue ne décroche pas mais une épave rouge fait son entrée dans la ruelle avec fracas. Désolé, je ne me suis pas réveillé. La nuit est devenue trop calme avec l'approche du Ramadan, balance |
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le chauffeur de nuit à Driss, en même temps que les clés de contact. Le taxi driver prend le volant et se lance dans une analyse socio-économique des 3 fois 8 de son entreprise. Le taxi travaille mieux la nuit, mais il faut bien connaître son univers. Entre flics, voleurs, prostituées et soûlards, il y a tout un monde à gérer. Mon collègue par exemple transporte chaque soir deux joyeuses clientes qui lui garantissent au bas mot le loyer du taxi. Mais une fois, il s'est fait agresser à cause d'elles. Moi je préfère plutôt la tranquillité. Je bosse de 6 heures à 13 heures. Et je me contente des 80, 100 ou 120 dirhams de gains.
Formalité à deux balles
Driss se range pour se mettre à la queue leu leu avec des dizaines de taxis. C'est l'incontournable formalité de pointage. Une épreuve où la police est censée vérifier le permis de confiance du chauffeur, son agrément mais aussi son look et la propreté de sa voiture. Avec une barbe de trois jours et un poignet de portière accroché par une corde, Driss et sa voiture sont théoriquement recalés. Mais dans la pratique, il est même admis avec mention. Son tour arrivé, le chauffeur répond au salut du policier par une pièce de 2 DH. ça va ils ne sont pas gourmands. De toute façon, s'ils avaient à vérifier effectivement tous les taxis qui passent, on passerait la journée ici, confie Driss. Le trafic est effectivement dense, et les chiffres sont loin d'être négligeables. 65 000 taxis, petits comme grands, sillonnent le pays. Il faut compter près de 200 000 emplois avec une moyenne de trois chauffeurs par véhicule. Autre chiffre significatif : 5% du marché d'assurances avec 600 millions de dirhams de primes émises chaque année.
Kangoo, taxi bied
Une véritable industrie informelle, mais aussi un marché qui ne laisse pas certains constructeurs automobiles indifférents. Le succès commercial qu'avaient connu la Uno et la Palio n'est pas à dissocier de leur utilisation en taxis. A l'introduction de la Logan, le nouveau véhicule low-cost de Renault, le constructeur s'est assuré que la marque figurera sur la liste des marques homologuées pour les taxis. Mieux encore, avant le lancement fin septembre de sa nouvelle Kangoo, Renault Maroc a lancé une opération de séduction auprès des taxis blancs. Notre véhicule peut très bien être utilisé en grand taxi puisqu'il est homologué six places plus conducteur, explique Nicolas Beguin, responsable de communication de Renault Maroc. Mais nous ciblons aussi les hôtels et les sociétés de transport de personnel. Le constructeur a d'ailleurs bien raison de ne pas tout miser sur les taxis. Le syndicat des chauffeurs montre déjà de la réticence. Nous avons effectivement rencontré les gens de la wilaya et les responsables de Renault qui nous incitaient à l'utilisation de la Kangoo en grand taxi, confirme Mohammed Harrak, du Syndicat national des chauffeurs de taxis. Mais il est hors de question d'opter pour ce véhicule. Sa fiabilité et sa durée de vie n'ont rien de comparable avec la bonne vieille Mercedes 240.
Un lobbying fort
Et difficile d'imposer aux taxis drivers une telle contrainte. Souvent, ce sont eux qui se livrent à des démonstrations de force. Dernière en date : la hausse du prix de la course des grands taxis à Casablanca décidée cette semaine. De 3,50 à 4 DH pour certains trajets en ville. De 10 à 11 pour Casa - Mohammedia. Une indexation par rapport à la hausse du prix du carburant que les taxis ont décidée, seuls, à leur station. Pourquoi consulter les autorités, explique Harrak. La loi prévoit un tarif de 3 dirhams par kilomètre. Les prix actuels sont bien loin de ce plafond. La force de lobbying des chauffeurs de taxis a même pu ruiner des entreprises. La mise en faillite d'une société qui voulait créer une ligne de bus reliant les principaux hôtels de Casablanca à l'aéroport Mohammed V - sous la pression des taxis blancs - est inscrite dans les annales du transport urbain. Même la fabrication des porte-bagages est réservée à quelques privilégiés. D'ailleurs, la tentative d'un investisseur pour proposer de nouvelles galeries de toit, pour les petits taxis, a rapidement tourné à la banqueroute. L'Etat lui-même se montre parfois impuissant devant le poids des taxis drivers. L'année dernière, les chauffeurs ont décroché au forceps une exemption de l'obligation du port de la ceinture de sécurité en ville. Arguments avancés : cherté du coût de transformation des voitures pour les doter de ceintures. Cette force de lobbying évidente paraît contradictoire avec la dispersion du secteur. On compte quelque 24 syndicats des chauffeurs de taxis au niveau du royaume. On ne peut pas rassembler tout ce beau monde. Surtout que le secteur est gangrené par des pratiques de népotisme et de clientélisme, affirme Mohamed Harrak, du Syndicat national des chauffeurs de taxis qui compte 46 délégations au niveau national.
Mais c'est aussi de cette opacité du secteur que les taxis tirent toute leur puissance. Le système d'attribution des agréments géré par le ministère de l'Intérieur est d'une opacité incomparable. Ces rentes sont en principe attribuées à des gens dans le besoin : orphelins, veuves de militaires morts au front, victimes de guerre, personnes handicapées. Mais le fait que des hauts responsables politiques et administratifs en profitent est un secret de polichinelle. Pourtant, l'exploitation ne rapporte pas grand-chose : 2500 dirhams par mois quand le taxi est confié à un intermédiaire. Et encore, le prix de location des agréments aurait connu une flambée remarquable ces derniers temps. C'est à cause de cette histoire de départs volontaires, explique Harrak. Les gens qui ont empoché 300 à 400 000 DH d'indemnité de départ ont tous voulu se convertir dans les taxis. Du coup, il y a surenchère sur les prix des agréments. Comme quoi, on ne cessera jamais de courir derrière le taxi. |
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Clients.
Ils laissent pour chaque chauffeur une recette de 300 DH.
Intermédiaires.
Ils gèrent généralement plusieurs agréments. Pour chaque taxi, ils recrutent 3 chauffeurs.
Propriétaires de l'agrément.
Quand ils ne l'exploitent pas, ils le louent à des intermédiaires pour 2500 DH par mois.
Carburant.
Il est à la charge du chauffeur qui y laisse 100 DH de sa recette.
Chauffeurs.
Ils travaillent le matin, l'après-midi ou le soir. Quel que soit le créneau, ils versent 100 DH à l'intermédiaire pour lequel ils travaillent.
Assurance.
Elle est à la charge de l'intermédiaire : 7500 DH pour les petits taxis ; 9000 DH pour les grands. |
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