Leffet dominos
Opérations mains propres ? Peut-être, mais il faudra beaucoup frotter
ça continue ! Après le chef du renseignement militaire Mohamed Belbachir, coupable de navoir pas prévenu linfiltration de larmée par des terroristes, voilà que Mohammed VI coup de tonnerre ! limoge le big boss de la police, Hamidou Laânigri. Enfin pas tout à fait, mais cest tout comme. Laânigri est désormais à la tête des forces auxiliaires un corps qui ne bénéficie pas, au Maroc, de la plus riante des réputations. Le roi aurait voulu signifier son irritation au général quil ne sy serait pas pris autrement
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De source officielle, la mise à lécart de Laânigri est à interpréter comme un évènement hautement démocratique. Dans les pays développés, nous dit-on, quand un scandale survient dans une administration, cest le plus haut responsable qui trinque. Au Maroc, cest désormais pareil. Scandale ? On nen voit quun : limplication (présumée) de Abdelaziz Izzou, chef de la sécurité des palais royaux, dans du trafic de drogue à grande échelle. Ancien chef de la PJ de Tanger, il a été limogé 24 heures avant Laânigri, quon dit son protecteur (mais sans aller jusquà accuser le général dimplication dans le trafic il y a tout de même des limites). Le nom dIzzou avait été cité par Mohamed Kharraz, alias Chrif Bin Louidane, célèbre baron de la drogue tombé il y a une dizaine de jours.
Et leffet dominos ne sarrête pas là. Egalement cités par Bin Louidane, et également relevés de leurs fonctions, une dizaine de hauts cadres du ministère de lIntérieur, de la police et de la gendarmerie. Et parmi ces derniers, un nom qui claque : le lieutenant-colonel Youssef Lahlimi fils de Ahmed Lahlimi, haut commissaire au Plan et gros ponte de lUSFP. Pas de favoritisme, tel semble être le message.
Opération mains propres ? En haut lieu, cest ce quon aimerait que les Marocains croient. Ce nest pas gagné, et on devine pourquoi. Cela fait 50 ans que des officiels (ou officiers) de haut rang couvrent tous les trafics possibles et imaginables : drogue, mais aussi carburant, devises, contrebande, et même
chameaux ! Et cela fait 50 ans que personne nest inquiété hormis quelques boucs émissaires, jetés en pâture à la foule quand la conjoncture politique sy prête. Lhistoire se répète-t-elle ? Ces militaires ont-ils été sacrifiés au nom dobscurs jeux de pouvoir ?
Ces questions ont le don de mettre en fureur les hauts dignitaires de lEtat. Pourquoi douter de notre bonne foi ?!, répondent-ils en substance. Et ils semportent : Quoi que nous fassions, on nous suspecte ! Si nous laissons courir, on nous accuse de laxisme et de collusion avec les mafias. Si nous agissons, on nous accuse de régler des comptes ou de balancer des boucs émissaires. Que devons-nous faire, pour quon nous fasse enfin confiance ?.
Rien, messieurs, rien de plus que ce que vous faites déjà. Il nous faut juste du temps pour nous habituer à la nouvelle donne, si nouvelle donne il y a. Et sauf votre respect, nous attendrons encore avant de nous prononcer. Hormis Belbachir et Laânigri, tous les officiers suspendus ces derniers jours vont se retrouver bientôt devant un juge. Lusage veut quils demeurent innocents jusquà preuve du contraire. Mais connaissant notre justice, cest mal parti. Quel magistrat sera assez indépendant pour innocenter, sil y a lieu, des gens que le roi en personne a déjà condamnés, en les limogeant sans autre forme de procès ?
Si nos hauts responsables veulent quon les croie sans réserve, il faudra que tout le processus, et principalement son volet judiciaire, soit irréprochable. Ce sera sans doute le plus difficile. Mais la confiance, la vraie, est à ce prix. |