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N° 239
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

“Je veux une polémique comme pour Marock”

Antécédents
Mohamed Ismael
Cinéaste

1951. Naissance à Tétouan.
1974. Intègre la RTM après des études en droit.
1980. Premier long métrage La braise.
2000. Réalise Et Après.
Smyet Bak ?
Abdessalam Ismael.

Smyet mok ?
Zahra Bent Abdelkader Sordo.

Nimirou d’la carte ?
A 9850.

Vous prévoyez de tourner un nouveau film sur l’exode des juifs marocains en Israël, la veille de la sortie d’un film similaire de Hassan Benjelloun. Qui a copié qui, finalement ?
La première version de Adieu mères date de 2001. A partir de là, faites votre enquête. A ce moment-là, les conditions n’étaient pas favorables pour sortir le film. Il est donc resté dans les tiroirs. Après, je me suis consacré à réaliser Ici et là.

Vous avez attendu que quelqu’un se lance dans le bain, quoi ! C’est plus simple de surfer sur une vague…
Le cinéma marocain, ce sont justement des modes et des vagues. Quand j’ai fait Et après, il y avait sept projets déposés qui traitaient d’émigration clandestine. Je crois que c’est le propre du cinéma marocain : traiter des thématiques comme les femmes, les années de plomb, lhrig, etc.

Cela veut peut-être aussi dire que nos cinéastes ne sont pas si créatifs que ça…
On ne se consulte pourtant pas pour faire des films. Prenez l’histoire des juifs marocains, par exemple, elle fait partie de notre histoire nationale et personne n’en a jamais parlé au cinéma. Et puis arrêtez de dire qu’on fait tous la même chose. Douze films sont, en moyenne, produits chaque année. Ils ne traitent pas tous de l’exode des juifs et de l’émigration. Et puis même quand on traite le même sujet, on fait rarement le même film. Quand vous parlez de vague, vous oubliez que tous les films de science-fiction américains se ressemblent, que tous les films de Bollywood traitent de la même thématique. Pourquoi sommes-nous les seuls à être taxés de copier les autres, de ne pas être créatifs ? Ce sont toujours les mêmes histoires qui se répètent.

Vous êtes un cinéaste engagé ?
Non, mais mes films le sont dans le mesure où ils sont proches du public et des préoccupations de la société. Je n’estime défendre aucune cause. Je crois que derrière chaque film, il y a un message. C’est aussi simple que ça.

Pourquoi dit-on souvent qu’à chaque fois, vous faites appel à des nègres pour écrire vos scénarios ?
Je n’ai pas de nègre, mais disons que je travaille en équipe et que je ne m’en cache pas. Je donne l’idée et je mets plus d’une personne sur le coup. Sur Et Après, nous étions quatre, et j’ai fait appel à deux personnes pour l’écriture du scénario de Ici et là. Il y a une évolution dans l’écriture du scénario, même si ça reste le parent pauvre du secteur.

Victoria Abril est une actrice facile à gérer ?
C’est une grande dame, professionnelle jusqu’au bout. Elle est facile à gérer quand les choses vont correctement. Elle ne se gêne pas pour dire ce qu’elle n’aime pas. Mais elle est très difficilement gérable en dehors du plateau. Quand elle n’a pas envie de travailler, il ne faut pas espérer la voir de la journée.

Vous votez en 2007 ?
J’ai toujours voté parce que je considère que c’est un devoir de citoyenneté. Même en votant blanc, on exprime une opinion.

Avec le recul, que pensez-vous de Marock de Laila Marrakchi ?
C’est un film qui a marché commercialement. La polémique a servi le film. Je vais d’ailleurs inviter notre ami Mohamed Asli à mener une polémique pareille pour mon film. Ça me fera une jolie pub.

Vous ne croyez pas qu’une génération de Marocains a découvert le cinéma grâce au piratage ?
Le piratage a plutôt tué l’industrie cinématographique. Faites le compte des salles qui ferment et des familles qui se retrouvent à la rue. Aujourd’hui, on pense à introduire le cinéma dans les écoles. En voilà, une bonne initiative ! Vous savez que pour Et après, j’ai pu retrouver sept copies piratées du film ?

C’est plutôt flatteur…
Peut-être, mais au passage, je me suis endetté jusqu’au cou. Je paie encore les arriérés de mon film.

 
 
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