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Marouane Zemmama. "Le Raja ne m'a pas respecté"
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N° 239
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Propos recueillis par Mehdi Sekkouri Alaoui

Foot.
Interview exclusive.
Marouane Zemmama. "Le Raja ne m’a pas respecté"

Maillot vert pour Zemmama,
mais cette fois-ci, c’est celui de
Hibernians, lors du championnat d’Ecosse ! (DR)

Comment un brillant footballeur et un grand club marocain en sont-ils venus à mêler la justice et les instances internationales du football (FIFA) à leurs affaires ? TelQuel a obtenu la première interview de Marouane Zemmama, et vous livre les premières clés de ce nouveau scandale du football marocain.


Qu'est-ce qui vous a poussé à quitter subitement votre équipe, le Raja de Casablanca pour une carrière professionnelle en Ecosse ?
Juste après mon retour du Qatar où j'ai joué pendant six mois pour une équipe locale, les dirigeants du Raja ont voulu me faire signer un
contrat qui allait à l'encontre de mes intérêts. Ce que j'ai bien sûr refusé. Mais depuis, ils ont tout fait pour me pourrir la vie. Alors que j'étais considéré comme un professionnel au Qatar où je bénéficiais de revenus considérables, d'un appartement et d'une voiture de qualité, à mon retour au Maroc, j'ai été traité comme un moins que rien. On m'a proposé un salaire de 2500 dirhams que, d'ailleurs, je n'ai pas perçu, au même titre que la prime relative à notre victoire en finale de la Ligue arabe des champions (ndlr : cette coupe a rapporté au Raja un chèque d’un million de dollars). De plus, j'ai été logé dans une chambre quelconque au sein du centre sportif du Raja. Il était donc hors de question pour moi de continuer à jouer leur jeu. Dans cette histoire, le RAJA ne m'a pas respecté.

Les dirigeants du Raja affirment que vous étiez lié à leur club par un contrat et par conséquent vous ne pouviez être transférable sans leur accord ?
Il faut éclaircir la situation une fois pour toutes : il n'existe aucun contrat entre le Raja et moi. Je ne peux quand même pas être idiot à ce point. Si ce contrat existait réellement, je ne serais jamais parti en Ecosse, étant donné qu'aucune autre équipe n'aurait pu me recruter. Et si les dirigeants de Hibernians, mon nouveau club, m'ont fait signer, c'est qu'ils étaient convaincus que j'étais réellement libre de tout engagement.

La Fédération royale marocaine de football affirme que votre lettre de sortie, reçue par son homologue écossaise, est falsifiée. On dit même qu'elle aurait été envoyée à partir d'une téléboutique. Votre réaction ?
Si réellement ce document était falsifié, la fédération écossaise ne m'aurait en aucun cas permis de commencer à jouer dans son championnat. Et puis tout ça ne me concerne même pas, ce n'est pas vraiment mon problème puisque ce sont des correspondances qui se font entre deux fédérations, et c'est à elles d'assumer leurs responsabilités. Moi, ce qui m'importe aujourd'hui, c'est d'être à cent pour cent sur le terrain. Et c'est le cas puisque je joue depuis le début de saison dans le championnat écossais.

Justement, toute cette affaire qui a pris des proportions rocambolesques n'a-t-elle pas eu une incidence sur votre rendement sur le terrain ?
C'est vrai que ce n'est pas évident de gérer tout ça, ce n'est pas l'idéal pour démarrer la saison. Mais j'ai trouvé en Ecosse des dirigeants, des coéquipiers et surtout un public qui m'épaulent. Et puis je ne peux pas me permettre de ne pas être au niveau surtout que la concurrence est féroce dans les championnats professionnels. Donc je n'ai pas le choix, il faut que je reste fort et concentré pour garder la confiance de mon entraîneur. Les problèmes que je peux rencontrer ne doivent pas influer sur mon état de forme du moment, c'est aussi cela le professionnalisme.

Ne craignez-vous pas d'être inquiété à votre retour au Maroc, sachant que la justice marocaine a pris l'affaire en main ?
Pourquoi devrais-je avoir peur ? Je n'ai rien à voir avec la justice. Quand vous n'avez rien à vous reprocher, vous n'avez rien à craindre. Et même, supposons que ce document soit falsifié, je n'étais même pas au Maroc quand il a été envoyé de cette supposée téléboutique. à moins qu'il existe deux Marouane Zemmama, l'un au Maroc et l'autre en Ecosse.

Comment vous êtes-vous retrouvé en Ecosse, justement ?
Il y a déjà un an et demi, le club de Hibernian, qui évolue en 1ère division écossaise, a contacté le Raja pour me proposer de venir chez lui faire un essai. Le Raja, à l'époque, avait refusé catégoriquement, estimant que si Hibernian voulait s'attacher mes services, ils n'avaient pas besoin de me faire passer un test. à mon retour du Qatar, mon agent anglais m'a contacté pour m'annoncer que Hibernian était toujours intéressé par moi, j'ai alors tout de suite accepté. J'ai donc quitté le Maroc le 20 juin 2006.

Y a-t-il des contacts en cours entre le Raja et vous pour arriver à un compromis ?
Mais je n'ai rien à discuter, je suis dans mon droit absolu, donc je n'ai rien à négocier. Et s'il y a des contacts entre eux Hibernians et lui, ça ne me regarde même pas. Ce qui est le plus important pour moi aujourd'hui, je vous l'ai déjà dit, c'est mon rendement sur le terrain.



Polémique. L'autre version

Du côté de la fédération, on n'émet aucun doute sur le fait que le certificat de sortie qui a permis à Marouane Zemmama de rejoindre les rangs de l'équipe de Hibernians est falsifié. “Nous avons eu accès à ce document et nous sommes sûrs que c'est un certificat antérieur dont le nom du véritable bénéficiaire a été effacé pour être remplacé par celui de Zemmama”, nous confie le directeur de la Fédération royale marocaine de football, Mohamed Horane, dont la signature est apposée sur le document litigieux, ce qui lui a valu d'être entendu par la police dans le cadre de l'enquête en cours. “Le 3 août, nous avons été contactés par la fédération écossaise nous demandant de lui envoyer le document en question, explique Horane. Nous n'avons même pas eu le temps d'entamer les procédures qui durent en moyenne une semaine, que nous avons, dès le lendemain, à savoir le 4 août, su que le club d'Hibernians avait reçu ce dont il avait besoin dans la journée même !”.
Pour ce qui est des déclarations de Zemmama, quant à l'inexistence d'un contrat le liant au Raja, les dirigeants des Verts campent sur leur position : “Ce joueur a bel et bien signé un contrat de cinq ans avec nous juste avant son départ pour le Qatar. Alors nous sommes convaincus que dans très peu de temps la FIFA finira par trancher en notre faveur”, souligne Hamid Souiri, président du Raja.



Qui est Zemmama ?

À 23 ans, Marouane Zemmama est un joueur qui fait couler beaucoup d'encre. Pas mal pour un footballeur qui n'est même pas international… En fait, depuis son arrivée au Raja de Casablanca en provenance de Salé, Marouane, fin technicien sur le terrain, a défrayé la chronique par un comportement pas toujours sobre en dehors du terrain. Joueur rebelle, Zemmama a été suspendu et écarté de l'équipe à plusieurs reprises. Lors de sa dernière saison chez les Verts, il a même été impliqué dans un banal fait divers en compagnie d'un autre sociétaire du club (une agression en état d'ébriété survenue sur l'autoroute reliant Casablanca à Rabat, selon les PV de police établis à l'époque) qui aurait pu lui coûter très cher… Aujourd'hui, le brillant meneur de jeu est au cœur d'une affaire encore plus terrible puisque ses répercussions sont internationales, et dépassent le simple cadre du foot. Le Raja et la Fédération marocaine estiment que la lettre de sortie du joueur est falsifiée, la FIFA (qui se réserve le droit de statuer sur la “légalité” du contrat liant Zemmama au Raja) a invité par ailleurs tout ce monde à régler ses affaires devant la justice marocaine, et le pire est sans doute encore à venir.

 
 
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