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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Abdeslam Kadiri

Syrie. L’Amérique attaquée

L’un des véhicules endommagés
lors de l’attentat du 12 septembre,
à Damas. (AFP)

L'ambassade des Etats-Unis en Syrie a été attaquée par un groupe d'hommes armés, au moment où les relations entre les deux pays sont au plus bas. L'hypothèse de la menace terroriste côtoie celle d'une opération couverte par Damas.


C’est une claque dans la gueule pour l'Amérique. L'attaque terroriste du 12 septembre dernier visant l'ambassade américaine à Damas s'ajoute à la longue liste des attentats visant les intérêts américains dans la région. Une critique de plus en plus assourdissante de la politique que mène l'Oncle Sam et de la démocratie qu'il promeut au Moyen-Orient.

Les circonstances de l'attaque sont confuses. Selon la version officielle, elle a été conduite à l'aide de deux véhicules. Dans le quartier de Abu Remeneh, l'un des endroits les mieux surveillés de Damas, près de la présidence, un groupe d'hommes armés a tenté mardi matin d'attaquer l'ambassade. Les hommes ont lancé des grenades et tiré à l'aide de fusils d'assaut contre le mur d'enceinte de la chancellerie, tuant un agent des forces antiterroristes syriennes. Dans un échange de tirs avec la sécurité, trois assaillants sont morts, le quatrième a succombé plus tard à ses blessures. L'attaque a fait quatorze blessés.

Le commando a laissé une voiture calcinée devant un mur de béton. Un deuxième véhicule piégé a été retrouvée intact devant la porte de l'ambassade. Les forces de sécurité syriennes ont aussitôt étalé devant les caméras le contenu de la voiture : des bonbonnes de gaz ceinturées d'explosifs. L'attentat avorté n'a pas été revendiqué mais l'agence officielle Sana a accusé “un groupe islamiste takfiri” d'avoir mené l'opération.

La Syrie victime…
Alors que la Syrie est dans le collimateur des Etats-Unis et que les relations entre les deux pays sont au plus bas, cette attaque, survenue au lendemain du cinquième anniversaire du 11 septembre, laisse de nombreuses questions sans réponse. L'attentat évoque bien sûr la piste d'Al Qaïda mais son côté très amateur intrigue. Pourquoi Damas ? Pourquoi maintenant ? Ces interrogations resteront sans doute longtemps sans réponse, étant donné le caractère hermétique du régime syrien. De plus, les assaillants ont tous été tués, Damas peut donc donner des faits la version qu'elle entend divulguer.

Si les circonstances de l'attaque restent encore imprécises, le message envoyé par Damas à la communauté internationale est parfaitement clair : la Syrie, elle aussi, affronte le terrorisme ; elle aussi le combat. Ces attentats fournissent au régime alaouite, minoritaire et laïc, un argument de choc pour se ranger du côté des victimes de l'“islamisme”. La Syrie est en passe d'intégrer l'axe des alliés. Le ministre de l'Intérieur syrien, Bassem Abdelmajid, a annoncé avec aplomb que “l'attaque terroriste a échoué” grâce au “rôle des forces antiterroristes qui ont fait avorter cette opération”. Vision partagée par Washington et la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice qui a exprimé sa “gratitude” aux autorités syriennes pour leur efficacité. La Maison Blanche s'est montrée reconnaissante : “La prochaine étape pour la Syrie, c'est de coopérer avec nous dans la lutte contre le terrorisme, comme l'a fait la Libye”. Ce qui n'a pas empêché l'ambassade de Syrie à Washington de juger “regrettable que les politiques américaines au Moyen-Orient encouragent l'extrémisme, le terrorisme et le sentiment antiaméricain (...). Les Etats-Unis devraient saisir cette occasion pour revoir leurs politiques au Moyen-Orient, commencer à examiner les racines du terrorisme et négocier une paix globale au Moyen-Orient”.

… ou manipulatrice ?
Pourtant Damas est fermement pointé du doigt par les Etats-Unis en raison notamment de son rapprochement avec l'Iran et de son appui au Hezbollah libanais ainsi qu'au Hamas (voir encadré).

Mais dans le même temps, le régime de Bachar Al Assad est lui-même en proie à une certaine contestation islamiste. Est-elle importante ? On peut en douter. Damas est fortement soupçonné d'amplifier cette contestation pour mater l'opposition, pour camoufler la criminalité commune, pour obtenir les bonnes grâces américaines. Le régime autoritaire s'auto-érige en rempart face à l'arrivée de l'islamisme et la montée des Frères musulmans, ennemi juré de Damas. Une hypothèse peu probable même s'il existe des groupes djihadistes en Syrie et que le régime redoute un phénomène à la saoudienne. Le royaume a vu se retourner contre lui des jeunes qu'il avait envoyés combattre les Russes en Afghanistan, au nom de l'islam. Damas craint le retour de dizaines de milliers de militants syriens ou étrangers que ses dirigeants ont laissé transiter depuis trois ans par leur territoire à destination de l'Irak. Même si l'ampleur de la menace terroriste reste inconnue, l'islamisation de la société syrienne, majoritairement sunnite, est une réalité qui effraie Bachar Al Assad. Issu de la minorité alaouite, son régime dispose de ce fait d'une légitimité bien moins grande qu'un éventuel pouvoir sunnite.

Ce n'est pas la première fois que le régime syrien est confronté aux attentats. Le 27 avril 2004, une explosion visant l'ambassade du Canada, et la fusillade qui s'en est suivie, avait fait cinq morts. Elle avait été revendiquée par un groupe du “martyr Adib Al-Kilani”, dont on n'a plus entendu parler depuis, en représailles à la répression sanglante contre les Frères musulmans en 1982. Là aussi des soupçons avaient surgi sur la réalité de la menace.

En 2005, Damas évoque une “menace islamiste”. Le 2 juin dernier, aux abords du ministère de la Défense, un échange de tirs entre forces de l'ordre et un groupe terroriste “Jound al Sham” (soldats du Levant) a tué cinq personnes. Qui est vraiment derrière ces mouvements ? L'existence de Jound al Cham a été mise en doute, certains le prenant pour une organisation fantôme. D'où l'hypothèse d'une possible manipulation de groupes terroristes par les services secrets syriens. Dans quels buts ? Celui de freiner les pressions américaines mais aussi de se dédouaner en cas d'attentats contre les forces de la Finul. A quelques jours de la remise du rapport du juge Serge Brammertz sur l'assassinat de l'ancien premier ministre Rafic Hariri, où la Syrie est également visée, les enjeux de cet attentat pourraient se réveler bien plus importants qu'ils n'y paraissent.



Contentieux. Les griefs de Washington

Que reproche précisément Washington à Damas ? Le 5 mai dernier déjà, George W. Bush renouvelait les sanctions, essentiellement économiques, imposées en 2004 contre la Syrie, accusée de soutenir le terrorisme, de développer des armes de destruction massive et de saper les efforts américains en Irak. Dans une lettre adressée au Congrès, le président explique que la Syrie continue de poser “une menace persistante et particulière à la sécurité nationale, à la politique étrangère et à l'économie des Etats-Unis”. Washington mettait Damas sous quasi-embargo : interdiction à tout avion syrien de décoller des Etats-Unis ou d'atterir sur le sol américain, plus d’exportations, à l'exception de la nourriture et des médicaments.
La guerre au Liban, cet été, a ravivé les tensions. Wahington reproche au régime de Bachar Al Assad son soutien au Hamas et au Hezbollah libanais et de ne rien faire pour empêcher des combattants étrangers d'entrer en Irak à partir de son territoire.
On se souvient aussi que les Etats-Unis sont, avec la France, à l'origine de la résolution 1559 de septembre 2004 réclamant le retrait des troupes et la fin des ingérences syriennes au Liban. Ils ont aussi inspiré la résolution 1701 qui a mis fin à la récente guerre du Liban et qui réclame le désarmement des milices. Enfin, Condoleezza Rice a rappelé en février 2005, l'ambassadrice américaine à Damas, Margaret Scobey, à la suite du meurtre de l'ancien premier ministre Rafic Hariri.

 
 
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