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N° 240
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Fahd Iraqi

Enquête.
Holdings royaux. La lutte pour le pouvoir

De (d) à (g), Mohammed VI,
Mounir Majidi, Khalid Oudghiri,
Saâd Bendidi.

Alors qu'il dirigeait en maître absolu la cascade des holdings royaux, Mounir Majidi se retrouve aujourd'hui contraint de composer avec ses recrues. Fait d'armes de la nouvelle classe de dirigeants des affaires du monarque, qui se livrent à une guerre de pouvoir digne d'un péplum.


Intersection boulevard Moulay Youssef et rue d'Alger à Casablanca. Ici gît le siège d'Attijariwafa bank, antre du capitalisme marocain par excellence. Ce lundi 18 septembre un remue-ménage bien particulier secoue l'austérité de l'immeuble. Dans l'annexe qui abrite le siège
social du holding ONA, l'ambiance est sinistre. Les hauts cadres du groupe assistent à une passation de pouvoirs. Rachid Slimi quitte son poste de directeur des affaires générales après trois ans de bons et loyaux services. “Il avait les larmes aux yeux quand il a fait le tour des départements pour saluer ses anciens collaborateurs”, raconte un proche du groupe avant d'ajouter : “Le président de l'ONA, Saâd Bendidi, devait en revanche se réjouir. C'est bien lui qui voulait la tête de cet homme proche de Mounir Majidi”.

De l'autre côté, au premier étage de la banque, un autre homme puissant du holding savoure sa revanche. Khalid Oudghiri, mieux installé que jamais sur son fauteuil de président d'Attijariwafa, présente devant les journalistes le nouvel organigramme de la banque. “Une organisation qui permet au président de prendre de la hauteur pour chapeauter les fonctions qui préparent l'avenir”, explique-t-il. Les termes ne sont pas fortuits. L’homme a échappé de justesse à une mise au placard voulue par Mounir Majidi. “Le secrétaire particulier du roi voulait l'écarter, il n'a réussi qu'à le rendre plus puissant que jamais”, dit-on dans les couloirs du holding.

Mounir Majidi, gestionnaire en chef de la fortune royale, n'a donc pas dû vivre la meilleure de ses journées. “Un homme de confiance quitte l'ONA et le collaborateur qu'il regrette d'avoir renforce sa position dans la banque. Deux concessions que l'homme le plus puissant du paysage économique aura du mal à digérer”, explique un fin connaisseur des arcanes du groupe. Comment le maître incontestable des affaires royales en est-il arrivé à perdre de son influence au sein même de ses troupes ?

De Dar Essalam à Dar Lmakhzen
Contrairement à la majeure partie des hommes de confiance du roi, Mounir Majidi n'est pas un compagnon du collège royal. La cour princière, il la découvrira avec Noufel Osman (fils de l'ancien premier ministre), un ami intime qu'il a côtoyé sur les bancs du lycée Dar Essalam. Même après la mort de ce dernier, il ne sera pas écarté de l'entourage du prince héritier de l'époque. Son séjour aux Etats-Unis où il est parti décrocher un MBA de PACE University à New York ne l'éloignera pas non plus du sérail. De retour au Maroc, il fera un passage éclair par l'ONA avant de rejoindre la Caisse de dépôt et de gestion (CDG). Au sein du mastodonte public, le jeune Majidi est confiné à des tâches rébarbatives. Il finit par se lasser, quitte la Caisse pour se lancer dans les affaires. Son premier business, les panneaux d'affichage, le porte rapidement au devant de la scène. Les avantages octroyés à sa société FC Com (une concession de 30 ans) irritent même les plus “dociles” de ses concurrents. Son pouvoir commence à se dessiner quand il est invité par Driss Jettou au Conseil d'administration de l'ONA. Une manière de s'initier à la prise en main des affaires de la monarchie. Il est nommé peu après PDG du holding regroupant les intérêts de la famille royale Siger (anagramme de regis, “roi” en latin) qu'il cumule avec la fonction de secrétaire particulier du roi. Désormais, il est le trésorier en chef de la fortune royale. Et sa prise de pouvoir marque l'arrivée d'une nouvelle génération de gestionnaires des affaires du monarque.

Nouveaux patrons, nouveau groupe
En avril 2002, Mourad Chérif, dernier patron de l'ONA nommé par Hassan II, est poussé à quitter le groupe. “Il faisait de la résistance devant un Majidi qui voulait interférer dans la gestion quotidienne de l'ONA”, confient d'anciens responsables du groupe. Le président sortant se console avec une nomination à la tête de l'OCP. Et Majidi a désormais les coudées franches pour prendre en main la conduite d'un ONA devenu plus puissant après que la Société nationale d'investissement (SNI) est tombée dans son escarcelle. Il va alors s'appuyer sur des profils calqués sur le sien et les place aux postes-clés dans les différents étages de la cascade des holdings apparentés à la fortune royale. Bassim Jaï Hokeimi, alors patron de Primarios (une autre société royale) est parachuté à la tête de l'ONA. Khalid Oudghiri, qui s'était illustré à la BMCI avant de rejoindre BNP Paribas, reprend du service au pays en prenant les rênes de la BCM. La “dream team” est maintenant réunie : l'heure est au ménage avant de se lancer dans une politique de développement qui va se révéler une véritable conquête de l'économie marocaine.

En septembre 2003, avec son allure de premier de la classe, Bassim Jaï Hokeimi vient faire une annonce spectaculaire : la famille royale verrouille, on ne peut plus clairement, son contrôle sur les deux plus grands conglomérats du pays, ONA et SNI. Les 13% qu'elle détenait “officiellement” dans l'ONA deviennent, par la magie des montages financiers et l'opacité des sociétés écrans, 66% de la SNI qui contrôle à son tour 33% de l'ONA. Une gymnastique financière rendue possible par l'introduction d'une méthode inédite dans les manuels d'ingénierie financière : “rotation de participation”. Le groupe ne s'arrête pas là. Quelques semaines plus tard, c'est autour de Khalid Oudghiri, président de la BCM, de faire une nouvelle annonce : l'acquisition du groupe Wafa, l'empire financier de la famille Kettani, pour la coquette somme de deux milliards de dirhams. Un nouveau joyau est ainsi serti à la couronne, signalent les chroniqueurs à l'époque. Car avec l'acquisition de Wafabank, Wafa Assurance et toutes les Wafa filiales, l'ONA est désormais la première puissance financière du pays. Alors que le groupe est déjà en position dominante dans les secteurs phares de l'économie et adossé à un pouvoir politique aussi étendu que les prérogatives du palais, le maillage donne des sueurs froides à la communauté des affaires.

Champion toutes catégories
Et la méfiance du monde des affaires s'avère fondée. Pour défendre cette politique expansionniste qui s'apparente à de la prédation, les gestionnaires des affaires royales s'attèlent à promouvoir le concept de “champion national”. Traduction : de grands groupes à capitaux nationaux capables de faire face aux affres de la mondialisation… Des mastodontes en mesure de tenir tête aux multinationales. Le concept de “champion national” est repris en chœur par l'ONA et ses filiales. Mais c'est Khalid Oudghiri qui est son premier promoteur sur le terrain. La puissance de frappe de la banque lui donne le pouvoir de reconfigurer la carte du capitalisme marocain à sa guise. Ainsi Attijariwafa bank devient un acteur déterminant dans toutes les grandes opérations qui ont marqué la scène des affaires depuis 2004. En effet, c'est bien sous la pression d'un Khalid Oudghiri que Mustapha Amhal, surendetté jusqu'à la panne sèche, se dessaisit de Somepi au profit du groupe Akhennouch. C'est aussi grâce au financement d'Attijariwafa que Moulay Hafid Elalamy (à l'époque président du groupe Saham, aujourd'hui patron des patrons) a marqué son retour en se payant la compagnie d'assurances CNIA pour 500 millions de dir-hams. Et enfin, c'est pour soulager son endettement auprès de la banque de l'ONA que le groupe de la famille Bensaleh, Holmarcom, a vendu 40% de ses compagnies d'assurances, Atlanta et Sanad, à la CDG. D'autres grandes fortunes, moins médiatisées, ont, de leur côté, eu à composer avec le “modus operandi” d'Attijariwafa bank.

Oudghiri prend le dessus
Parallèlement, Khalid Oudghiri mène d'une main de maître le processus compliqué de l'absorption de Wafabank par la BCM. Son expérience parisienne, qui l'avait placé au cœur d'une des plus grandes fusions bancaires européennes (celle de BNP et Paribas), lui est salutaire. Sa mission, il l'accomplit avec éclat. Les fruits de la fusion sont rapidement récoltés. Attijariwafa dégage des bénéfices astronomiques (près d'un milliard de dirhams rien que pour le premier semestre 2006) devenant un des plus importants contribuables au résultat de l'ONA. Son agressivité commerciale permet à Attijari de grignoter davantage de parts de marché, dépassant sur toutes les activités le gigantesque groupe des Banques Populaires. Khalid Oudghiri a de quoi être fier et ne semble pas faire preuve d'humilité. “Majidi et son cercle prenaient mal la popularité grandissante de Oudghiri. Ce dernier s'attribue tout le mérite de la réussite de la fusion alors que ce sont eux qui lui ont apporté le groupe Wafa sur un plateau d'argent”, confie un proche du groupe. Khalid Oudghiri prend de plus en plus d'assurance et navigue désormais seul dans les eaux troubles du Makhzen économique. “Il a su établir ses propres connexions au Palais. En plus, ses performances rassurent les autres actionnaires de la banque qui lui font une confiance absolue”, explique un observateur avisé. Et c'est bien cette donne qui lui a évité une mise au placard au courant de cette année. Parce qu'il est devenu trop arrogeant aux yeux des hommes de Siger, ces derniers tentent de changer le mode de gouvernance de la banque pour réduire ses prérogatives en le nommant au poste honorifique de président du conseil de surveillance. “Il a accepté la décision sans brancher et s'est même amusé à laisser ses subordonnés s'exciter et se chamailler autour de la présidence du directoire”, raconte une source proche de la banque. Il ne tarde pas néanmoins à retourner la situation à son avantage. Les actionnaires espagnols le soutiennent, le Palais le bénit et la refonte de la gouvernance de la banque est renvoyée aux calendes grecques. Majidi, impuissant, ne peut qu'approuver.

Un conglomérat qui s'essouffle
Surtout que l'homme a d'autres chats à fouetter. La conduite stratégique de l'ONA, qu'il assure par personnes interposées, ne lui réussit pas tellement. Hormis la contribution grandissante de la filiale bancaire, les autres secteurs d'activité battent de l'aile. Dans les mines, le groupe subit le contrecoup d'une surévaluation de ses réserves qui a eu des conséquences financières désastreuses sur le holding Managem. Le secteur agro-alimentaire, métier classique du conglomérat, stagne sous l'effet d'une rude ouverture à la concurrence. La bataille commerciale entre Lesieur et la Savola des Saoudiens, qui a même défrayé les chroniques judiciaires, en est certainement la meilleure illustration. Dans le secteur du lait, il y a toujours la coopérative qui commercialise Jaouda, laquelle ne cesse de grignoter des parts de marché à la Centrale Laitière. Cosumar, filière sucrière ne tire son épingle du jeu que grâce aux largesses de l'Etat qui lui a permis d'acquérir les quatre dernières sucreries privatisées l'année dernière. Dans les assurances, le conflit avec l'actionnaire Axa s'éternise et même Wafa Assurance cède du terrain devant la montée en puissance de nouveaux groupes.

L'ONA n'arrive pas non plus à trouver de nouveaux relais de croissance. Les managers de Siger se mordent encore les doigts d'avoir raté le coche de Maroc Telecom et ont tenté tout de même de se lancer dans le secteur en rachetant la société Maroc Connect pour laquelle ils obtiennent une licence fixe et une option sur une licence mobile. Mais devant l'écart déjà creusé par les deux gigantesques concurrents (Maroc Telecom et Meditel), la minuscule Maroc Connect ne peut aspirer à rien de sérieux. Les managers du groupe avouent eux-mêmes que cette société ne pourra gagner de l'argent que dans 15 ans. “C'est le délai pour rentabiliser une autoroute ou une ligne de chemin de fer, mais pas pour constituer un relais de croissance d'un groupe qui s'essouffle”, explique-t-on. Dans cette conjoncture, les résultats du groupe ne crèvent pas le plafond, la situation financière n'est pas des plus reluisantes et les richesses créées sont loin de satisfaire un actionnaire de référence exigeant.

Slimi, l'homme qui dérange
Majidi a en plus à gérer des problèmes managériaux au sein du groupe. Arrivé à l'ONA du temps de Hokeimi, Rachid Slimi trouve rapidement ses marques. Les deux hommes passent une sorte d'accord tacite. Le personnage-clef de la garde rapprochée de Majidi va s'occuper des relations avec le Palais ; Hokeimi, excellent technicien mais peu doué pour la communication, est confiné aux études stratégiques. De chargé de mission, le protégé de Majidi se retrouve directeur des affaires générales. Dans une organisation autour de quatre directions, Slimi se taille la part du lion. Il chapeaute les affaires juridiques, les systèmes d'information, même la sécurité n'échappe pas à sa vigilance. Mais si les choses se déroulaient relativement bien sous l'ère Hokimi, l'arrivée d'un nouveau président change la donne. Début 2005, Saâd Bendidi lâche le groupe Benjelloun pour rejoindre le clan ONA. Dès les premiers mois, le nouveau président de l'ONA et l'homme de Majidi se marchent sur les pieds. Bendidi s'en plaindra ouvertement dans les salons casablancais où on attribuera à Rachid Slimi le douteux sobriquet d'“œil de Moscou”. Un surnom qui, selon le cercle intime de Slimi, ne le dérange pas outre mesure. “Il assume le fait d'être l'œil de Moscou, si on fait référence à son souci de préserver les intérêts de l'actionnaire royal. Mais une chose est sûre, il n'a jamais fait dans la délation”, confient ses amis. Il n'empêche que la crise ouverte entre les deux hommes atteint le point de non-retour. Bendidi demande le départ de Slimi, mettant même sa démission en balance. “Devant cet ultimatum, Majidi n'avait pas vraiment le choix. Trois présidents se sont succédés à la tête de l'ONA depuis que Majidi a pris en main les affaires royales, explique un observateur avisé. Un quatrième aurait été de trop. Surtout que Majidi ne voulait pas donner à Bendidi l'occasion de quitter le groupe en martyr qui n'a pas eu de marge de manoeuvre pour agir. Dans un tel cas, Majidi aurait été taxé, en haut lieu, de manque de vision stratégique”. Majidi finit donc par trancher en défaveur du plus loyal de ses hommes, essuyant ainsi un deuxième revers. C'est finalement Slimi qui plie bagage.

Avec le président de l'ONA, Saâd Bendidi, comme avec celui d'Attijariwafa, Khalid Oudghiri, le patron de Siger, Mounir Majidi, semble aujourd'hui contraint à composer. Aux yeux du monde des affaires, ce sont là des symptômes clairs d'une perte d'influence du premier gestionnaire des affaires royales. Les raisons de la “mutinerie” demeurent néanmoins mystérieuses. Serait-ce une simple manœuvre pour s'affranchir du parrainage des hommes de Siger et bénéficier de plus d'autonomie dans la conduite des affaires ? Ou s'agit-il plutôt d'un véritable putsch orchestré contre la personne du secrétaire particulier du roi dans le cadre d’une impitoyable bataille pour le pouvoir ? Difficile de trancher. Les voies du Makhzen sont impénétrables.



[Voir L'infographie I]


Moulay Hafid ElAlamy. Lui aussi compte, dans l’équation

Il est aujourd'hui bien éloigné de la bataille des titans de l'ONA, mais le groupe n'a aucun secret pour lui. Ses rouages, il les connaît depuis qu'il est rentré au Maroc en 1988 pour accéder au poste de directeur général de la Compagnie africaine d'assurance. Il les a davantage connus quand Fouad Filali, gendre de Hassan II et président de l'ONA, en a fait son bras droit. Son prestigieux poste de secrétaire général est resté vacant depuis son départ du groupe avec Filali, un départ intervenu dans le sillage de la très controversée affaire du courtier Agma : Elalamy s'était alors retrouvé au milieu d'une guéguerre qui opposait ses deux actionnaires, ONA et Benjelloun. Excusez du peu…
L'homme s'éloigne du groupe mais garde un œil vigilant sur la redistribution des pouvoirs au sein du holding royal. Avec l'apparition du concept de “champion national”, il sort de l'ombre où il construisait sa fortune autour du groupe Saham, un holding touche-à-tout, présent dans les télécoms, les nouvelles technologies, la distribution et l'immobilier. Et dès son retour, il arrive à décrocher le soutien d'Attijariwafa. La banque, filiale de l'ONA, lui finance l'acquisition de la compagnie d'assurances CNIA. Pour nombre d'observateurs, il ne fait que du portage dans un secteur des assurances où le groupe ONA a fortement besoin de se renforcer. “Pour Elalamy, toute affaire est faite pour être créée ou acquise, puis développée avant d'être revendue. Sauf qu'il ne vend pas des sociétés comme l'on pourrait vendre du biscuit. Il a le don de savoir bien s'entourer et de choisir le bon timing”, expliquent ses proches.
Mais “l'enfant terrible de l'assurance”, comme on le surnommait déjà à l'époque d'Agma, n'est pas homme à se contenter de jouer un seul coup. Maîtrisant les arcanes du Makhzen, il s'illustre rapidement en membre actif de l'association Lalla Salma pour la lutte contre le cancer. Mieux encore, dans une atmosphère des affaires plombée par la méfiance du patronat à l'égard des gestionnaires des affaires royales, il est élu (il était l’unique candidat) à la présidence de la Confédération générale des Entreprises du Maroc (CGEM). Autant d'actions menées dans le milieu des affaires de la famille royale, autant d'initiatives qui lui donnent du poids dans cette sphère. Se contentera-t-il de rester au simple poste d'observateur ?


[Voir L'infographie II]


Dernier mot. Champions, oui mais…

“L’ONA a toujours fasciné et fascinera toujours”, répètent en chœur les anciens du groupe. C'est ce qui explique que le groupe a toujours réuni la crème des compétences… Des “champions de la gestion”. Depuis Jean Epina qui a créé l'ancêtre du holding, les cadres de Paribas qui s'y sont succédé, les juifs marocains qui épaulaient les proches du défunt Hassan II et jusqu'à aujourd'hui, l'encadrement de l'ONA a été toujours d'une qualité quasi irréprochable. Mais les conflits internes, aussi, ont toujours existé. Les anciens de Filali fustigaient les hommes de Mourad Chérif. Ces derniers règlent leurs comptes avec les nouveaux de Majidi. Et puis, comme il n'y a plus personne, la guerre se déclare au sein du même clan comme aujourd'hui entre la triplette Majidi, Oudghiri et Bendidi. Pourtant, sur le papier, l'équipe actuelle de l'ONA est véritablement une “dream team”. Formés aux meilleures écoles, ils sont dans la même tranche d'âge et surtout, à la tête de structures capables d'influer sur le cours de la chose économique.
à ce sujet, ils ne semblent pas en désaccord. Ils tentent même de convaincre en imposant le concept de “champion national”. Le modèle reste néanmoins discutable. Dans un pays où 90% des entreprises sont des PME, il est difficile de convaincre de la réussite d'une économie qui repose essentiellement sur les grands groupes. Selon cet analyste, l'approche aurait gagné en crédibilité si elle venait d’en bas : “Sous d'autres cieux, le mouvement de regroupement démarre déjà au niveau de la distribution. Les industriels suivent la cadence pour faire le poids devant leurs revendeurs. Et les banques ne viennent qu'en dernier lieu”. Une analyse qui se tient. Elle se révèle même appropriée au groupe ONA. Avec ses Marjane et Acima, l’ONA est déjà un poids lourd de la distribution. Côté industrie, ses sociétés historiques sont en position dominante sur leur marché, quand elles ne sont pas en situation de monopole. Avant l'arrivée de ces nouveaux gestionnaires, il ne leur restait que la banque pour se renforcer et ils ont fini par le faire. La configuration est donc propre au groupe. Mais vouloir la dupliquer à toute une économie - quitte à monter de “nouveaux champions” par la grâce du crédit - pourrait être une fausse piste. Du moins, c'est la solution la moins créative pour les génies qui sont aux commandes des affaires royales. Ils peuvent certainement faire mieux s'ils voient plus loin que leurs aspirations personnelles et en oubliant la course pour la meilleure place au soleil.

Fahd Iraqi

 
 
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