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Par Driss Bennani
Urbanisme. Villes nouvelles, mode d'emploi
Coût du projet 24,5 milliards de dirhams
Superficie 1200 hectares
58 000 logements
200 hectares despaces verts
300 000 hAbitants |
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Tamansourt Al Jadida" Marrakech"
(ERAC Tansift)
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Des villes nouvelles vont être créées. Près de Marrakech, les premières constructions ont déjà émergé. Qu'est-ce qu'une ville nouvelle ? Comment fonctionne-t-elle ? En quoi est-elle différente dune ville ancienne ?
Coquette villa, 160m2 habitables, entourée d'oliviers et sans vis-à-vis à 10 minutes du centre-ville de Marrakech. Chaque jour, Saïd entoure de son feutre des dizaines d'annonces similaires sur son journal du matin. En vain, le professeur universitaire marrakchi n'est toujours pas propriétaire de son logement.
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Les prix démarrent généralement à deux millions de dirhams, sans compter les paiements au noir et les commissions d'intermédiaires. Cela fait beaucoup d'argent. L'immobilier est devenu inaccessible à Marrakech, se plaint-il. Et pourtant, dans quelques mois, Saïd vient de l'apprendre : il sera l'heureux propriétaire d'une jolie villa (avec jardin privé) à seulement
800 000 DH. Que sest-il passé entre-temps ? Les cours de l'immobilier s'écrouleraient-ils dans la ville ocre ? Saïd aurait-il revu ses standards à la baisse ? Ni l'un ni l'autre, répond ce dernier. J'avais déposé, sans grande conviction, une demande d'acquisition de villa économique à Tamansourt, la réponse est tombée il y a quelques jours. Je serai livré fin 2007.
Des murs et c'est tout !
Tamansourt, il y a encore quelques mois, le nom était complètement étranger aux Marrakchis ; aujourd'hui, il fait rêver plusieurs centaines de familles bahjaouies. Au centre- ville d'ailleurs, impossible de rater les grosses affiches annonçant la naissance bientôt d'une ville nouvelle aux abords de Marrakech. Une nouvelle Sala Al Jadida ? La question fait sourire Khatib Lahbil, directeur de l'Erac Tansift, promoteur du projet. Nous n'exagérons pas lorsque nous parlons de ville, c'en est réellement une, avec ses zones industrielles, ses médinas, ses parcs. A terme, elle est censée héberger 300 000 habitants et s'étendre sur 1200 hectares. Elle aura la taille de Safi et El Jadida réunies par exemple. Elle fera six fois la taille de Sala Al Jadida et coûtera plus de 24 milliards de dirhams. Voilà qui est clair...
À première vue pourtant, difficile de croire que sur une étendue de terrains vagues à quelques kilomètres de Marrakech, pousseront bientôt des quartiers, des hôpitaux, des écoles, des commissariats... C'est normal, l'expérience est encore nouvelle, explique Benyounes Belkasmi, directeur de Tamansourt. Nous assistons à la naissance d'une ville à partir de rien.
Moins de deux ans après le premier coup de pioche, quelques constructions ont déjà pris forme, dont la villa de Saïd. Vue de l'extérieur, c'est une coquette douira rouge ocre, avec quelques poutres de bois massif pour décorer la pergola. A l'intérieur cependant, tout reste à faire. Parquet, plafonds, sanitaires, peinture... Pour 800 000 DH en fait, Saïd a acheté une villa semi-finie. C'est le principe des villes économiques, explique-t-il. Mais j'ai déjà fait mes comptes. Les finitions me coûteront 400 000 DH en moyenne. Ça reste donc une très bonne affaire. Soit ! Mais comment fait-il pour croire en l'avenir d'une ville qu'on lui a montrée sur maquette ou sur une animation virtuelle ? ça n'a pas été facile de franchir le pas. Je me suis documenté et j'ai su que l'Erac Tansift avait reçu 120 000 demandes pour les 58 000 logements qu'offre Tamansourt. Cela en fait donc une ville déjà vendue
avant même sa construction. Même son de cloche à Rabat où se monte un projet similaire de ville nouvelle : Tamesna. Sur les hauteurs d'Aïn Atiq, les responsables du projet ont été inondés de demandes d'acquisition de logement avant même le démarrage des premières constructions. Ce qui fait dire à ce responsable du ministère de l'Habitat que ces villes nouvelles répondent à un réel besoin en immobilier destiné à la classe moyenne. A terme, sauf accident de parcours, 11 villes nouvelles devraient voir le jour, aux abords des plus grands axes urbains du pays. A ce jour, seule Tamansourt émerge, en partie, de terre.
Nouveau concept, nouvelles interrogations
La force de cette nouvelle ville marrakchie ? L'absence de paiement au noir et une régulation stricte des prix pratiqués par les promoteurs privés. Nous recevons plusieurs demandes et nous faisons une sélection sur des bases bien précises. Nous privilégions par exemple les couples mariés, pas encore propriétaires de leur logement. Les prix sont fixés par des commissions spécialisées. Mais attention, Tamansourt ne sera pas une ville de la classe moyenne uniquement. A quelques encablures des futurs quartiers résidentiels, se côtoieront ensembles de logements sociaux et lots de terrains pour la construction de maisons individuelles. C'est une ville comme une autre. Il y en a pour les riches et pour les plus modestes. Elle servira également au recasement d'habitants de bidonvilles, affirme Lahbil. Soit ! Mais l'enjeu est ailleurs. Pour vivre, une ville a besoin d'équipements, d'écoles, de mosquées, de quartiers commerçants... Là encore, les promoteurs du projet semblent confiants. Avant même la livraison des premiers logements, l'un des quatre collèges de la ville est d'ores et déjà fonctionnel. Sur ce coup, le ministère de l'Education a joué le jeu et a rapidement affecté le personnel pour faire tourner le collège. Le ministère de l'Intérieur ou de la Santé en feront-ils de même ? Rien n'est moins sûr. Beaucoup plus inquiétant, quelle organisation administrative prendra la nouvelle ville ? Faut-il prévoir un conseil de la ville de Tamansourt, par exemple ? Qui traitera ses ordures ? Les responsables du projet éludent la question et évoquent une organisation moderne avec un directeur de la ville qui coordonnera toutes les tâches quotidiennes. Autant dire que la réponse, officielle du moins, n'existe pas encore.
Ce n'est en tout cas pas le point qui préoccupe, pour l'instant, cet architecte marrakchi. Selon lui, c'est la première fois qu'une ville est planifiée avant de naître. Jusque-là, les villes marocaines ont spontanément vu le jour puis se sont développées dans l'anarchie. Pour ce cas, tout doit être sous contrôle. L'homme n'a pas tort. Ben- younes Belkasmi affirme en effet que ces villes nouvelles rattrapent beaucoup de bavures urbanistiques commises par le passé. Nous avons par exemple veillé, explique-t-il, à doter Tamansourt d'un cadre naturel unique. A terme, la ville hébergera 100 000 arbres. Nous avons imposé un recul vert aux promoteurs, et tracé des voies larges et des carrefours en prévision du trafic de 2020 ou 2025.
Reste une zone d'ombre, l'expropriation. Dans les quelques douars qui se trouvaient sur le chemin de Tamansourt, la grogne monte. Le mètre carré a apparemment été payé 8 DH aux habitants, avec une promesse de relogement dans la ville. On est venu nous dire que cette ville est voulue par le roi pour qu'on se la ferme, proteste un jeune du douar Harbil. Les expropriations se sont déroulées conformément aux textes, explique cet élu local. Les habitants ne visualisent pas encore la ville, c'est ce qui leur fait peur, c'est tout. Cela risque donc de prendre encore plusieurs années. Tamansourt, qui est le projet de ville nouvelle le plus abouti jusqu'à maintenant, ne sera pas fonctionnelle à 100% avant
15 ans au moins. D'ici là... |
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