Football. Les Lions en crise
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Football. Les Lions en crise

Séance d’entraînement
de l’équipe nationale.
(RT / NICHANE)

La récente victoire de notre équipe nationale contre le Malawi n'a malheureusement pas permis de lever les doutes sur son avenir. Etat des lieux.


Le mot crise est-il réellement approprié ? Normalement, il qualifie une situation anormale, un état inquiétant mais, par essence, passager. Le climat de morosité qui entoure notre équipe nationale, lui, est solidement installé depuis plusieurs mois. L'épopée des Lions de l'Atlas à la CAN tunisienne, avec le recul, apparaît comme une oasis de bonheur, une (belle) lueur dans une grisaille tenace. Si l'on met de
côté cette fameuse CAN 2004, on se retrouve confronté à des résultats désespérants : éliminés à l'ultime round des éliminatoires des Coupes du monde 2002 et 2006, éliminés dès le premier tour des Coupes d'Afrique 2002 et 2006. Voilà pour les résultats passés. Quelles sont les perspectives ? Nous sommes au démarrage des éliminatoires de la CAN 2008. Placé dans un groupe squelettique de trois équipes, nous n'aurons, au cours des neuf mois à venir, que trois matches officiels à nous mettre sous la dent : une double confrontation contre le Zimbabwe et un voyage au Malawi. Rien de bien brillant. Dans le meilleur des cas, nous risquons de nous retrouver dans un an, qualifiés pour la CAN 2008, sans être plus avancés sur le niveau de notre équipe nationale. A moins que cette année quasi blanche soit mise à profit par nos dirigeants pour recréer l'enthousiasme et l'allant sans lequel nous risquons de subir au Ghana une nouvelle désillusion. Clairement, nous n'en prenons pas le chemin. Tour à tour, Houssine Kharja, Abdeslam Ouaddou et Walid Regragui ont déclaré se retirer de l'équipe nationale. Leurs cas sont très différents. Kharja est en conflit ouvert avec son club de Ternana (Italie). Privé d'entraînement en club, il n'est de toute façon pas en mesure d'affronter le haut niveau international. Abdeslam Ouaddou, lui, entame sa saison comme titulaire dans un nouveau club aux supporters exigeants, l'Olympiakos le Pirée (Grèce). Le défenseur marocain, connu pour sa droiture, jette l'éponge : “Je ne veux pas mettre ma carrière en danger. Les choses n'avancent pas, elles ne changent pas”. Walid Regragui, lui, est en difficulté en club, il a perdu sa place de titulaire à Santander (Espagne). Pour lui, les raisons avancées sont les mêmes : manque de visibilité, refus de continuer à jouer le jeu lorsque certains ne font aucun effort.

Des conditions lamentables d'entraînement
Pourtant, il serait profondément injuste de tout mettre sur le dos de M'hammed Fakhir. Les intéressés eux-mêmes s'y refusent. Regragui : “Je n'ai pas envie de tirer sur le sélectionneur. Franchement, le problème est bien plus profond que cela”. Concrètement, de quel problème parle-t-on ? De l'état lamentable du complexe de la Maâmora où les joueurs, enfermés en stage de longues journées, souffrent des sanitaires lamentables, des chambres non chauffées, des douches souvent froides… On parle aussi des déplacements interminables comme celui du Malawi : 23 heures de vol avec des escales au Mali, au Gabon et en Afrique du Sud pour ramener un peu glorieux match nul qui nous a probablement coûté le billet au Mondial. On parle d'un stage de préparation à la Coupe d'Afrique des Nations 2006 complètement loupé, avec un aller-retour sur Marrakech, trois matches en dix jours et des blessés à la pelle. C'est à ce type de traitement que Abdeslam Ouaddou, au patriotisme irréprochable, souhaite échapper au cours de l'année footballistique qui débute. Comment ne pas évoquer le match Maroc-Malawi, joué à 16 heures sous la fournaise en raison de l'absence d'éclairage. Talal Karkouri, à la fin de ce match, s'est déclaré scandalisé par le niveau d'incompétence de nos décideurs. En ligne de mire des joueurs, la fédération, inamovible malgré les échecs répétés du système mis en place, jamais comptable de ses actions. Quelle que soit la position que l'on puisse adopter face à la démission internationale d'un joueur comme Regragui, comment ne pas reconnaître qu'il pose la bonne question : “Concrètement, que font-ils pour que le football marocain s'améliore ?” Il évoque les matches amicaux de faible niveau. C'est clair : depuis un certain Maroc-Argentine tenu en 2004, nous n'avons jamais affronté une équipe de niveau mondial. Ni même un ténor africain. Par peur d'une défaite, sans aucun doute, on préfère multiplier les matches contre le Burkina Faso plutôt que d'aller défier le Cameroun… Un réflexe qui ne date pas d'hier. Déjà au retour de la Coupe du monde 86, nos responsables avaient décliné une invitation pour un match de revanche en Angleterre. Najib Salmi se souvient : “Ils disaient qu'ils ne voulaient pas dilapider les acquis. C'est ridicule. La suite, c'est qu'on a joué la CAN 1988 à la maison, sans aucun match correct dans les jambes et qu'on a gâché une magnifique génération”. Un vieux réflexe qui perdure, donc, celui de privilégier les résultats immédiats, la paix sociale avec les supporters plutôt que le travail de longue haleine.

Un climat délétère
Aujourd'hui, le climat qui entoure les Lions de l'Atlas est des plus moroses. Les conflits dégénèrent systématiquement, sans que personne ne vienne calmer les esprits. Lorsque Gregory Coupet, remplaçant de Fabien Barthez en équipe de France, a quitté ulcéré le stage de préparation à la Coupe du monde, il a été rattrapé en quelques minutes par l'entourage de l'équipe. Il est aujourd'hui titulaire chez les Bleus. Chez nous, le conflit Zaki-Naybet a duré des mois. Les joueurs partent et reviennent (Noureddine Boukhari), disparaissent (Youssef Mokhtari) ou claquent la porte (Regragui, Ouaddou). Il n'y a rien chez nous qui s'apparente à un “club équipe nationale” au sens où Marcello Lippi l'entend. Il y a des joueurs démotivés, au comportement parfois égoïste, pris en sandwich entre leur club et leur pays. (Ce n'est pas une spécialité marocaine, regardez la situation de Claude Makélélé.) Il y a un sélectionneur aux états de services irréprochables jusque-là, à la compétence technique validée par un palmarès impressionnant, mais qui ne semble pas soutenu par ses employeurs. Un sélectionneur remis en cause dès l'instant même de sa nomination, elle-même effectuée dans des circonstances catastrophiques. Il y a aussi un public immature et une presse versatile. Et il y a, comme conséquence naturelle, un football marocain très surévalué, qui fait comme si personne n'avait progressé autour de lui. Qui continue à s'estimer supérieur au Mali alors que cette équipe est articulée autour de titulaires indiscutables en Espagne (Kanoute à Séville ou Diarra au Real) et ce, sans même parler du Cameroun ou de la Côte d'Ivoire, aux effectifs largement supérieurs au nôtre. Il y a aussi cette incroyable attitude qui consiste à snober l'organisation de la CAN, qui se déroulera au Ghana en 2008 et en Angola en 2010, avant de voyager au Gabon puis en Libye en 2014. Autant d'éléments qui font qu'il est grand temps de se poser la question : quel rôle entendons-nous jouer ?



Espoir. Boussoufa, le sauveur ?

À vingt-deux ans à peine, il porte déjà sur les épaules les lourds espoirs du public marocain. Inconnu encore il y a quelques mois, M'barek Boussoufa a effectué une saison 2006 époustouflante avec son club de la Gantoise, couronnée par le triple trophée de meilleur joueur de l'année (attribué par les professionnels), meilleur jeune et joueur préféré du public. Tout simplement… Dans la foulée, le Marocain - qui a grandi aux Pays-Bas - opte pour les Lions de l'Atlas et s'engage avec Anderlecht, qui dispute cette année la Champion's League. Sa première apparition officielle a confirmé au public marocain que ses titres n'étaient pas usurpés. Vif, inspiré et technique, il ne lui reste qu’à confirmer son statut sur la durée. Son association avec Chamakh pourrait nous sortir de la crise. Enfin...

 
 
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