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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Samir Achehbar

Politique.
Moumen Diouri. Le démon du passé

Moumen Diouri, entouré des
siens, lors de son retour
au Maroc, le 17 septembre.
(MAP)

L'auteur de à qui appartient le Maroc ?, célèbre brûlot anti-Hassan II, est rentré définitivement au pays après un long exil en France. Il prépare déjà la sortie d'un nouveau livre où il entend régler ses comptes avec ses
compagnons d'hier : les “héros” du mouvement national.


Accueilli en toute discrétion par ses proches, dimanche dernier, à l'aéroport de Rabat-Salé, Moumen Diouri a foulé le sol marocain pour la première fois depuis 35 ans. Dernier exilé politique d'envergure à regagner le pays, après Fqih Basri en 1995 et Abraham Serfaty en
1999, le compagnon de lutte de Cheikh Al-Arab et Mehdi Ben Barka, originaire de Kénitra et fils d'un résistant assassiné, a été l'auteur durant son exil de deux brûlots : Réquisitoire contre un despote (1972) et A qui appartient le Maroc ? (1992)… Ce dernier ouvrage lui a même valu à l'époque une expulsion d'un mois au Gabon d'Omar Bongo, les autorités françaises faisant ainsi pression sur lui pour qu'il retire son manuscrit tout juste déposé chez l'éditeur. “Je rentre au pays avec le plus grand plaisir après une longue absence. J'ai pris cette décision à la lumière de la nouvelle politique royale, novatrice et rectifiée en profondeur par rapport à celle de Hassan II”, a déclaré en début de semaine Moumen Diouri à TelQuel. L'ancien exilé, connu pour avoir été l'un des socialistes les plus radicaux dans les années 60, salue encore le souverain pour ses initiatives “courageuses et positives, qui vont dans le sens du peuple marocain (…) Si d'autres réformes doivent être poursuivies, de grands pas ont été accomplis qui m'inspirent que le Maroc change dans le bon sens”.

Etonnant revirement de l'un des opposants les plus irréductibles à la monarchie ? Pas tant que ça. Cela fait, en effet, plusieurs années que le célèbre exilé a appris à mettre de l'eau dans son vin. “Il n'attendait plus que de saisir la bonne opportunité pour tourner la page et rentrer enfin au pays” affirme ainsi l'un de ses proches. L'opération retour n'a pourtant pas été facile à “goupiller”. Si son passeport lui a été délivré au cours de l'été 2004 par les autorités marocaines, trop tard toutefois pour assister au mariage de son fils à Rabat, Moumen Diouri a dû attendre des Affaires étrangères françaises, après deux ans d'enquêtes et d'interrogatoires, le document mettant un point final à son statut de réfugié politique, seul sésame lui permettant de regagner le Maroc… Et des bruits annonçant son retour plus ou moins imminent revenaient fréquemment. “L'un des opposants les plus virulents qui revient, c'est une très bonne chose pour l'image du pays”, note cet observateur. Tout à fait.

Un parcours hors du commun
En retrouvant sa terre natale, l'homme se retourne sans doute aujourd'hui sur un passé hors du commun. Après des études primaires dans sa ville natale, étudiant à Science-Po en Suisse au début des années 60, Diouri est délégué par le gouvernement provisoire algérien aux relations avec le FLN en Suisse, Allemagne, France et Belgique. Il part même sur le terrain en tant que coordinateur des wilayas, juste avant la fin de la guerre d'Algérie, puis regagne le Maroc en 1962 et s'engage aux côtés des Abderrahim Bouabid, Cheikh Al-Arab ou Mehdi Ben Barka.

Arrêté en 1963 aux côtés d'Abdehrramane Youssoufi lors des rafles ciblant les militants de l'UNFP, condamné à mort en mars 1965 pour complot contre la monarchie puis gracié quelque temps plus tard avec les émeutiers de Casablanca, Moumen Diouri atterrit finalement en région parisienne en 1971, après un “trou” de quelques années dont on ne connaît toujours pas grand-chose. Il mène une existence qualifiée de confortable, à Neuilly, et est l'auteur, en 1992, d'une “constitution islamique” pour le Maroc et ne cache pas, quelques années plus tard, sa sympathie pour le PJD et Al Adl Wal Ihsane. Musulman pratiquant, il assure aujourd'hui ne plus vouloir faire de politique.

La trahison des élites
Sur ses projets personnels, Moumen Diouri, aujourd'hui âgé de 68 ans, préfère rester discret, et goûter sans doute, à quelques jours du Ramadan et entouré des siens, à la joie de fouler le sol dont il a été banni durant la moitié de sa vie. Il a loué un appartement meublé à Rabat, en attendant d'y trouver une maison. Pour l'avenir donc, “pas de politique, c'est le passé (…) Mais j'aimerais participer à la réécriture de l'histoire, essayer d'effacer cette falsification écrite par quelques uns”. Certains aiment à voir son retour comme une nouvelle étape dans ce lent processus de réconciliation qu'a engagé l'institution monarchique avec son trouble passé. La fin d'une époque, peut-être… Ou bien le début d'une autre.

Un signe qui ne trompe pas. A son arrivée, Moumen Diouri a été plutôt ignoré par la direction de l'USFP. “J'ai été reçu par mes proches et quelques anciens résistants et autres membres de l'Armée de libération nationale”, explique le revenant avec une pointe d'amertume. La page de l'UNFP, ancêtre de l'actuelle USFP, est-elle définitivement tournée pour autant ? Pas si sûr. Diouri planche actuellement sur la réécriture d'un projet personnel : ses mémoires de la résistance et des premières années de lutte contre le régime. Cela devrait s'appeler “La haute trahison de l'élite (marocaine)”, un livre qui promet de faire des étincelles. Explications de l'intéressé : “Le but est de raconter comment quelques uns, dans le mouvement national, ont été attirés par les sirènes de l'argent et du pouvoir, au point de sombrer dans les règlements de compte personnels et de commettre même des crimes…”. Aucune date n'a encore été fixée pour la sortie de ce nouveau brûlot, l'auteur s'occupant, de son propre aveu, “à le retoucher à la lumière de la nouvelle évolution de la situation politique du Maroc”.

 
 
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