|
Par Abdellatif El Azizi
Conduite. La guerre des routes
1125 piétons morts en 2005 (Ils représentent près du tiers des tués.)
62% des accidents sont imputés à un déficit de signalisation adéquate.
80,7% des tués en agglomération sont des cyclomotoristes.
75,9% des tués hors agglomération sont des cyclomotoristes.
Plus de 47% des véhicules impliqués dans les accidents mortels en 2005 avaient plus de 10 ans. |
|
Sur route, nos compatriotes conjuguent avec brio les maux qui gangrènent notre société : ignorance, incivisme, laisser-aller, corruption
Résultat, l'hécatombe continue. Laissons parler les chiffres.
Cadavres éparpillés, tôles calcinées, cabines éventrées, un spectacle désormais familier dans tous les JT du soir. L'un des derniers accidents de la route les plus spectaculaires reste sans aucune doute celui de Settat survenu le mercredi 30 août 2006, qui a coûté la vie à 17 personnes, sans oublier les 43 blessés graves dont une bonne partie est |
|
décédée depuis. Les 62 passagers, en provenance de Boumalne-Dadès, se rendaient à Casablanca. On attend encore les résultats de l'enquête mais on sait d'ores et déjà que l'autocar avait les pneus usés, que les freins laissaient à désirer, que le chauffeur faisait des rotations infernales
Malgré un léger recul par rapport à l 'année précédente, les routes marocaines figurent toujours parmi les plus meurtrières dans le monde. Les chiffres sont éloquents : 10 personnes en moyenne meurent quotidiennement et nos routes font quelque 114 blessés par jour. Pertes humaines mais également matérielles : les accidents de la route coûtent trop cher au pays, 11 milliards de dirhams par an, soit 2,5 % du PIB.
Des chiffres alarmants
Selon les derniers chiffres de la Direction des routes et de la circulation routière (DRCR), l'année 2005 a enregistré 51 559 accidents corporels soit 80 881 victimes dont 3617 tués, 12 035 blessés graves et 65 229 légers. L'analyse, par rapport à l'année 2004, de l'évolution du nombre de tués parmi les différentes catégories d'usagers de la route, fait ressortir des conclusions intéressantes. Ainsi, les usagers de voitures de tourisme occupent la tête du peloton des tués avec 1211 victimes, suivis par les piétons, population la plus vulnérable parmi les usagers de la route, avec 1125 victimes. Chez les camionneurs, 259 victimes et chez les utilisateurs d'autocars, 68 tués. Alors que pour toutes ces catégories, on a noté un léger recul des tués, la tendance s'est aggravée chez les utilisateurs de deux roues avec 810 tués, dont 529 cyclomotoristes, des chiffres en augmentation de 17,82 % par rapport à ceux de 2004, et 281 cyclistes, une augmentation de 8,49 % par rapport à 2004.On remarque néanmoins une très légère baisse conjoncturelle concernant le nombre global de tués : on est passé de 3894 à 3617, soit 7,11 % de moins par rapport à 2004. Si on compare les statistiques des victimes du terrorisme à celles des victimes de la route, on constate que, dans le plus beau pays du monde, la probabilité de mourir dans un attentat terroriste est quasiment nulle alors qu'il est tout à fait plausible de finir sa vie dans une collision avec un camion ou renversé par un chauffard.
Des causes multiples
Pourquoi toujours tant de morts, alors que le tapage médiatique sur les mesures de sécurité prises par les pouvoirs publics est toujours de rigueur ? Selon les spécialistes, la sécurité routière repose sur trois piliers: le véhicule, l'infrastructure et le comportement de l'usager. Excès de vitesse, surcharge, mauvais état des véhicules, non respect du code de la route, non port de la ceinture de sécurité, les griefs avancés sont multiples. Au Maroc, pour ce qui est des causes des accidents de la route, le facteur humain caracole en tête de liste, près de 80% des accidents sont dus à une erreur humaine, vitesse excessive et imprudence sont à 90% responsables de ce fléau, rappelle-t-on du côté du Comite national de prévention des accidents de la circulation. L'état des routes n'est responsable qu'à hauteur de 5%. Ainsi, la première cause d'accidents évoquée par les officiels est la vitesse. Mais les limitations de vitesse ont-elles vraiment sauvé des vies ? Depuis deux ou trois ans, un dispositif très répressif, avec radars à l'appui, et une forte pression médiatique ont certainement permis d'éviter quelques centaines de morts de plus sur nos routes mais il serait intéressant de faire une lecture plus fine des statistiques officielles des accidents sur autoroute relevés entre 1995 et 2004.
L'analyse des chiffres révèle que sur 100 accidents, 90,5 usagers de la route sont tués ou blessés en rase campagne. Alors que la circulation sur les routes nationales est plus dense que sur les régionales et les provinciales, le taux d'accident y est moins élevé. C'est sur les autoroutes, où la vitesse limitée à 120 km à l'heure est pourtant rarement respectée, que le taux est d'ailleurs le moins élevé. Le martelage médiatique autour des limitations de vitesse tend à déresponsabiliser les pouvoirs publics quant à l'état déplorable des routes et à occulter la première des limitations de vitesse qui est justement celle imposée par l'état de la route rappelle cet expert en accidentologie.
Alcool tabou
Autre aspect problématique de la question, on entend rarement parler du slogan largement usité dans d'autres pays : L'alcool tue au volant. Pourtant Hamid en sait quelque chose. Ce policier, un colosse d'un mètre 90, est cloué dans une chaise roulante depuis qu'un MRE, fin saoul, l'a fauché à toute vitesse sur une avenue de Mohammedia. Sujet tabou au Maroc, l'alcool n'est pas vraiment présent dans le débat sur la sécurité routière. On invoque l'excès de vitesse, le non-respect du code de la route, la fatigue et le sommeil, la détérioration de l'état mécanique des véhicules, mais rarement l'alcool. Pourtant, fait remarquer ce commissaire de police, les accidents mortels qui surviennent dans les villes, le week-end, sont souvent dus à des chauffards en état d'ivresse particulièrement avancée. Le facteur alcool reconnu dans les statistiques officielles en ce qui concerne les accidents provoqués en état d'ivresse, varierait entre 3% et 11% selon les années alors qu'en France, les statistiques parlent de 33%.
En 2005, on avait applaudi du bout des lèvres l'initiative d'introduire l'alcootest dans les contrôles routiers. Un an après, l'idée a fait un flop. Les contrôles d'alcoolémie sont mal passés parce que l'alcool au Maroc est toujours aussi tabou. Allez faire passer l'alcootest à un barbu qui roule à tombeau ouvert pour ne pas rater la prière du vendredi !, fait remarquer pince sans rire un agent de la circulation. En attendant, l'alcoolémie se fait à la tête du client. Alors que je rentrais du boulot un samedi, en soirée, j'ai été arrêté par des policiers qui m'ont dit que j'étais saoul. Sans preuve aucune, les flics me soutenaient mordicus que je conduisais en état d'ivresse. J'ai été obligé de leur graisser la patte pour qu'ils me laissent rentrer chez moi, s'indigne ce délégué médical.
Et pourtant, un Plan stratégique intégré d'urgence (PSIU), issu de la Stratégie nationale de sécurité routière, a été établi au niveau du ministère de l'Equipement pour stopper la tendance à la hausse des accidents de la route qui progressaient de 4,7% en moyenne depuis 1996. Ce plan triennal multidisciplinaire, qui a démarré en avril 2004 et qui ne prendra fin qu'en 2007 est articulé autour de sept axes : la coordination à haut niveau, la législation, le contrôle et la sanction, la formation à la conduite, la voirie et l'infrastructure routière, le secours et enfin l'information et la sensibilisation, précise-t-on du côté de ce département. Un renforcement de la répression est également à l'ordre du jour.
Incivisme généralisé
Voilà qui ne contribue pas vraiment à freiner l'hécatombe. Pour Mohamed Mjid, l'un des fondateurs du Comite national de prévention des accidents de la circulation, c'est l'incivisme d'une grande partie de la population qui bloque. Les accidents de la route sont à mettre sur le même plan que les élections, vous trouverez toujours quelqu'un qui est prêt à être corrompu pour voter pour vous. Le mot est lâché. La corruption mine tout le système de la sécurité routière ; cela va de l'examinateur qui délivre le permis de conduire contre un pot-de-vin au gendarme qui se fait graisser la patte par un chauffard en passant par le policier qui ferme les yeux sur une infraction grave du code de la route. Le militant associatif ajoute que le travail de sensibilisation doit toucher également des couches sociales comme les ouvriers qui sont en majorité partie prenante dans les 40% des accidents de la circulation dus à des motocyclettes. Il est également pour l'intégration de l'éducation routière dans les mosquées, les programmes et disciplines scolaires, y compris dans les jardins d'enfants.
En clair, pour être efficaces, les programmes de sécurité routière doivent prendre en compte trois éléments : des campagnes pour sensibiliser le public aux risques inhérents au comportement dangereux des usagers de la route, un cadre réglementaire rigoureux et un arsenal logique et cohérent de mesures répressives imperméables au bakchich. On peut également ajouter des recommandations pour une refonte des infrastructures routières. |
 |
Accidents. Les points noirs
Pour les automobilistes casablancais et fassis, il va falloir attendre décembre pour avoir une cartographie précise des ronds-points mortels ou des carrefours les plus dangereux. Le CNPAC a confié à un bureau d'études la lourde tâche de préparer un rapport sur la question. Les experts travaillent d'arrache-pied avec les services impliqués pour nous fournir d'ici décembre une cartographie détaillée des points noirs de la circulation à Casablanca et à Fès nous a confié Azzeddine Chraïbi, secrétaire permanent du comité. Le CNPAC pourra alors publier le classement des lieux les plus dangereux à partir d'un indice : l'Indicateur d'accidentologie locale (IAL). En attendant, pour l'année écoulée, sur les 16 régions économiques, le grand Casa est toujours n°1 au Top Ten des régions qui connaissent toujours une hausse notable du nombre de morts. De 2OO4 à 2OO5, à Casa, le nombre de tués est passé de 390 à 410. |
|
|
Équivalence des chocs entre la vitesse pratiquée en cas de collision et une chute dun niveau détage
|
|
1er étage (3,6m)
|
3ème étage (10m)
|
8ème étage (20m)
|
13ème étage (32m)
|
|
30 Km/h
|
50 Km/h
|
70 Km/h
|
90 Km/h
|
|
|