|
Par Hassan Hamdani
Portrait. Max le terrible
Bio express.
1944. Naissance à Casablanca.
1971. 1er aux 1000 kilomètres de Paris.
1976. 1er au Grand prix Montlhéry (Paris).
1991. Retour au Maroc. |
|
|
24 heures du Mans, version
1982. Cette fois, Max est obligé
de pousser sa Lancia GT
jusquau stand à la suite dune
panne électrique. Il finira tout
de même 1er au lassement GT
et 12ème au classement général.
(DR)
|
Plus grand coureur automobile de l'histoire du Maroc, Max Cohen Olivar s'est illustré sur les plus importants circuits de la planète. Flashback sur le parcours de ce Casablancais pure souche.
La soixantaine élégante, le regard perçant, les cheveux gominés en arrière et la mèche poivre et sel, un petit air entre Dustin Hoffman dans Des hommes d'influence et Marlon Brando dans Le parrain, Max Cohen Olivar est confortablement installé dans son fauteuil de patron casablancais. Nul ne se douterait qu'il a derrière lui une carrière impressionnante de plus de quarante ans dans le milieu du sport |
|
automobile national et international, avec participations à des courses au plus haut niveau un peu partout dans le monde.
Il court le ptit !
Une chose est sûre, Max en a fait voir de toutes les couleurs à ses parents. Encore tout jeune il est attiré par tout ce qui roule vite. Au départ, j'étais un fou de cyclisme mais j'ai rapidement découvert qu'on pouvait aller encore plus vite à bord d'une moto ou d'une voiture. Personne ne semble pouvoir faire grand-chose pour l'arrêter. Même pas son père, très hostile à la compétition, dont il commence à piquer la voiture, à 14 ans à peine et sans permis. Destination la Corniche, là même où s'est disputé en 1958 le grand prix de Formule 1. Si les parents n'arrivent pas à avoir la mainmise sur lui, ses nombreux accidents ne freinent pas son élan suicidaire. Un grave accident de moto le cloue au lit pendant sept mois. Deux années passent et il a droit à son premier capotage en loupant un virage. ça a été catastrophique avec les parents dont j'ai bousillé la bagnole, raconte-t-il en rigolant. Mais comble de l'histoire, c'est un peu grâce à un accident qu'il a pu se lancer dans la compétition. A 17, 18 ans, alors qu'il n'est que passager, il finit avec un copain dans un ravin : fracture de la colonne vertébrale et des mois de convalescence. Mais ça valait la peine puisque ça a été le grand tournant pour moi : j'ai pu m'acheter une Gordini, ma première voiture de course, grâce à la prime d'assurance que j'ai reçue. Le permis passé, il ne lui reste plus qu'à savoir ce qu'il vaut en compétition. C'est vite vu : à sa première participation, il arrive en tête devant des pilotes plus âgés et surtout bien plus expérimentés.
Débuts timides
Alors que son rêve est de faire de la course automobile son métier, Max débarque en Suisse le bac en poche, pour faire HEC comme l'a décidé papa. A peine débarqué, et sans pour autant laisser tomber ses cours, il rejoint les rangs d'une écurie locale qui lui propose de courir sous ses couleurs. En contrepartie il doit vendre des voitures pour le patron qui est aussi concessionnaire. C'était l'idéal. Non seulement ça me permettait de continuer à courir mais je ne pouvais trouver meilleur endroit pour me faire de l'argent de poche. En fin de compte, heureusement que j'ai eu cette opportunité, autrement je serais peut-être passé à autre chose.
Les résultats ne sont pas forcément au rendez-vous mais Max considère cette période surtout comme une phase d'apprentissage : J'avais encore beaucoup à apprendre et puis l'intensité de mes études ne me permettait pas d'avancer comme je voulais. Après quelques années seulement, le diplôme en main, Max, qui a pris entre-temps goût au business, décide d'aller encore plus loin : il veut tenter sa chance en volant de ses propres ailes. N'est-ce pas à cela qu'il a été préparé dans la prestigieuse institution suisse ? Il décide alors de monter son propre team avec ses propres voitures, ses mécanos
Une expérience qui durera à peine deux ans et qu'il regrette amèrement : C'était une erreur monumentale. Je faisais trop de trucs à la fois. Je devais non seulement gérer toute la structure mais aussi piloter, ce qui était loin d'être raisonnable. Sans oublier que je n'avais pas les fonds suffisants pour réussir.
Une belle carrière
Il ne dit pas pour autant son dernier mot. Il arrive à rebondir au sein d'autres écuries qui l'ont déjà vu à l'uvre. S'annonce alors un parcours impressionnant avec à la clé la participation à quasiment toutes les plus grandes compétitions internationales. On lui attribue ainsi 23 participations aux mythiques 24 heures du Mans, un exploit digne du livre des records sachant que rares sont les coureurs qui peuvent s'enorgueillir d'y avoir participé plus de deux ou trois fois. Sans oublier les huit participations au championnat du monde prototype, les nombreux titres de champion du Maroc, une première place aux 1000 km de Paris (1971), au grand prix de Montlhéry (1976), 7ème au 1000 km de Silverstone (1988), 9ème aux 500 km de Suzuka, 2ème à Zuhai en Chine (1996)
Mais de toutes ces participations, celle qui demeure la plus chère à ses yeux, c'est ce premier tour de piste en 1971 aux 24 heures du Mans, C'était incroyable, je me suis retrouvé là-dedans comme un gosse. Le Mans représentait pour moi le summum juste après la formule 1, raconte-t-il. Les observateurs ne peuvent cependant s'empêcher de se poser la question : pourquoi n'a-t-il pas alors atteint le plus haut sommet de ce sport, la Formule 1 ? Dans le fond, même si j'avais un don, il me manquait le mental nécessaire pour être un champion de très haut niveau. Pour réussir il faut s'y donner complètement, à cent pour cent, ce qui n'était pas mon cas puisque j'avais en parallèle d'autres centres d'intérêt. En tout cas, Max a toujours été quelqu'un de largement apprécié sur les circuits. Sa gentillesse et son humour y sont probablement pour quelque chose. Dans tous les paddocks, il y a des stands où l'on aime à passer du temps. Ceux que fréquente Max Cohen Olivar en font obligatoirement partie !, écrivait, il y a quelques années, le magazine français Auto Hebdo.
De ce côté-ci de la Méditerranée, où il est revenu s'installer à la fin des années 80 pour ouvrir une concession automobile, Max demeure paradoxalement un illustre inconnu, lui qui, depuis ses débuts il y a plus de quarante ans, court sous les couleurs marocaines. Cette situation s'explique tout simplement par le fait qu'il n'existe pas de culture du sport automobile dans notre pays, explique-t-il.
Max l'égoïste
Le parcours de Max n'est cependant pas de tout repos, pour sa petite famille surtout. Ma fille l'a toujours vécu très mal, surtout que les deux seules fois où elle m'a accompagné en course, il y a eu mort de pilotes. Sans oublier l'accident ! L'accident en question, qu'on aimerait oublier une fois pour toutes chez les Cohen Olivar, a eu lieu en 1991 à Monza. La Porsche 962 pilotée par Max tape dans le rail à 220 km/heure, se retourne et prend feu. Le pilote passe une minute trente à l'intérieur du bolide enflammé en attendant qu'on l'en extirpe. Ces 90 secondes m'ont paru une éternité. Le public présent et les médias en étaient venus à me donner déjà pour mort, raconte Max qui ajoute : Avec du recul aujourd'hui, même si on ne m'a jamais demandé d'arrêter, je me rends compte que j'ai fait beaucoup de dégâts autour de moi. Je dirai que c'est du pur égoïsme. Danièle, son épouse qui le suit depuis ses débuts, s'en est fait une raison, semble-t-il. Quand nous nous sommes connus, nous étions encore des gamins. Mais quand Max a décidé d'être pilote, je n'ai rien fait pour le freiner. Au grand désespoir de son père qui comptait sur moi pour lui ôter cette idée de la tête ! C'est trop beau quelqu'un qui vibre pour sa passion ! Belle preuve d'amour non ?
Alors monsieur Max, et si demain un de vos proches souhaitait se lancer dans la compétition, comment réagiriez-vous ? Comme dirait ma petite-fille, j'adore pas trop, répond notre champion après mûre réflexion. |
|