Polémique. Benoît XVI, un croisé ?
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Le pape salue la foule des
pélerins venus le voir dans
sa résidence dété de Castel
Gandolfo. (17/09/06) (AFP)
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Les récents commentaires de Benoît XVI sur l'islam et le prophète Mohammed ont outragé le monde musulman. Est-ce le signe d'une position plus dure contre l'islam ou de l'utilisation de ses propos par certains dirigeants musulmans, pour faire la promotion de leur programme anti-occidental ?
Joseph Ratzinger, connu à travers le monde comme pape sous le nom de Benoît XVI depuis son élection au Saint-Siège en avril de l'an dernier a toujours été considéré comme étant exactement sur la même ligne théologique que son prédécesseur, le pape Jean Paul II, sauf sur |
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un sujet peut-être, les relations entre la chrétienté et l'islam. Depuis la semaine dernière il apparaît que les deux papes avaient des points de vue différents sur la façon dont leur église devrait approcher le monde musulman. Dans un discours à l'université de Ratisbonne dans sa Bavière natale, le pape allemand a offensé les musulmans à travers la planète en citant le point de vue d'un empereur byzantin de la fin du 14ème siècle : Montre moi donc ce que (le prophète) Mahomet a apporté de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines
Après l'explosion furieuse autour des caricatures danoises du prophète Mohammed, il n'était pas difficile de prédire une autre déflagration après les commentaires du pape. Pourtant le Vatican a semblé sincèrement surpris de la violence des réactions dans le monde musulman. Des manifestations de colère ont eu lieu contre le discours de Benoît XVI au Pakistan, en Inde, en Iran et dans les territoires palestiniens. Une religieuse catholique a été abattue par des tireurs, la semaine dernière en Somalie, probablement en réaction à ce que les islamistes considèrent comme une insulte au prophète. A Naplouse, en Cisjordanie, deux églises ont été attaquées à coups de cocktails Molotov par un groupe qui a déclaré protester contre les propos du pape. Les commentaires du Saint-Père étaient-ils à ce point choquants ?
Explication de texte
Tout d'abord, dans son discours, Benoît XVI précise clairement qu'il cite un dialogue sur le jihad entre l'empereur byzantin Manuel II Paléologue et un Persan cultivé, à la fin du 14ème siècle. A aucun moment, dans sa démonstration, le pape ne déclare qu'il s'associe aux paroles de l'empereur. Mais il semble clairement approuver la deuxième partie de l'opinion de ce dernier sur la façon dont il (Mohammed) répandait par l'épée la foi qu'il prêchait : le sang ne plaît pas à Dieu et ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu. La foi naît de l'âme, non du corps. Quiconque voudrait amener quelqu'un à la foi a besoin de la capacité à bien parler et à raisonner de la bonne façon, sans violence et sans menaces. Tel semble être le contenu le plus important du discours de Benoît XVI et peu de musulmans du 21ème siècle pourraient ne pas être d'accord avec lui. Alors pourquoi cette opinion est-elle si largement ignorée de ceux qui manifestent contre les paroles du Saint-Père ? Se peut-il que certains leaders radicaux du monde musulman soient trop heureux de jeter de l'huile sur le feu chaque fois qu'ils entrevoient la possibilité d'utiliser le soi-disant choc des civilisations pour leurs propres visées politiques ? C'est en tout cas l'idée que l'on se fait en écoutant un discours du chef suprême de l'Iran, l'ayatollah Ali Khamenei. En réaction aux commentaires du pape à Ratisbonne, Khamenei accuse Benoît XVI d'être un croisé. Les opinions du pape, selon le chef suprême de l'Iran, sont le dernier maillon d'une chaîne de conspiration pour déclencher une croisade. De nombreux radicaux islamistes, principalement le chef d'Al Qaïda, Oussama Ben Laden et son second, Ayman Al Zawahiri, qualifient les soldats occidentaux en Irak et en Afghanistan de croisés, bien que la dernière vraie croisade ait eu lieu quelque 800 ans plus tôt. Détail historique intéressant : les croisades médiévales, dont l'objectif était de reprendre aux musulmans les lieux saints et surtout Jérusalem, étaient lancées par
le pape ! Le Vatican a paru stupéfait du tollé soulevé par le discours de Ratisbonne. Le secrétaire d'état du Vatican, le cardinal Tarcisio Bertone, a lu un communiqué disant que le Saint-Père est vraiment désolé que certains passages de son discours aient pu paraître offensants pour la sensibilité des croyants musulmans. Selon le même communiqué, le pape espère que ses paroles seront placées dans leur véritable contexte de façon à ce que les musulmans comprennent le vrai sens de ses paroles. Cela a suscité encore plus de colère chez les radicaux islamistes.
La fureur des islamistes
Les Frères musulmans d'Egypte, par exemple, ont déclaré que le communiqué n'allait pas assez loin et ont demandé à Benoît XVI de s'excuser en personne. Le secrétaire d'état du Vatican dit que le pape est désolé que ses propos aient été mal interprétés mais il n'y a pas de mauvaise interprétation, a déclaré à l'AFP Abdel Moneim Aboul Foutouh, un dirigeant des Frères musulmans. Selon le porte-parole du Hamas, Sami Abou Zouhri, cette déclaration ne va pas assez loin : Nous ne considérons pas le communiqué attribué au pape comme une excuse. Le fait est que Benoît XVI voit les relations avec l'islam sous un éclairage différent de celui de son prédécesseur. Jean Paul II allait très loin dans sa démarche pour apaiser les musulmans et resserrer les liens avec l'islam : il a été le premier pape à pénétrer dans une mosquée lors de sa visite en Syrie en 2001. Benoît XVI semble croire davantage à la réciprocité : pour lui, c'est des deux côtés que l'on doit faire vu de bonnes relations entre l'islam et la chrétienté. On le sait aussi opposé à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne : selon lui, ce pays appartient à une sphère culturelle différente et son admission serait une grave erreur à contre-courant de l'histoire. L'an dernier, Benoît XVI a reproché aux dirigeants de la communauté allemande musulmane de ne pas faire assez pour empêcher les jeunes d'adhérer aux formes radicales de l'islam. Le pape a décrit l'islamisme violent comme les ténèbres d'une nouvelle barbarie et écrit, en 1966, que l'islam a des difficultés à s'adapter à la vie moderne.
Ces idées sont encore largement répandues chez les catholiques en Europe et dans la société allemande dans son ensemble. C'est peut-être pourquoi les organisations musulmanes en Allemagne et en Grande-Bretagne, contrairement à leurs homologues plus radicales du Moyen-Orient, ont paru se contenter et se satisfaire de l'excuse du Vatican. Leur position modérée et leurs efforts en vue d'une réconciliation éclairent d'un jour différent la remarque de l'ayatollah Khamenei selon laquelle il y a en arrière-plan de la controverse le voeu de certains gouvernements de créer des crises dont leur survie dépend. On a envie de demander au chef suprême iranien à qui il fait allusion : à Benoît XVI ou à lui-même ? |