ZB se repasse la scène et mesure lécart culturel entre les Américains et nous.
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Durement touché par la chute de TPS, Zakaria Boualem avale des DVD en quantité industrielle. Il regarde tout : des films, des reportages, des sketches et même des matches de foot. Il ne retient à peu près rien, la masse dimages quil ingurgite est largement supérieure à ce que peut supporter un cerveau humain surtout le sien. Il est présentement affalé devant un film américain des plus quelconques, un truc que les Américains auraient pu diffuser pendant le ramadan sils en avaient eu un. Lintrigue se déroule mollement lorsquune scène le fait bondir. Oui oui, soudain, merci de le préciser. ça se passe la nuit. Perturbée par un problème quon ne connaît pas, lhéroïne a quitté le lit conjugal pour aller contempler la fenêtre du salon, perdue dans ses pensées. Elle fait la gueule, médite, et si elle le pouvait elle écouterait la pénible musique que le réalisateur a choisie pour souligner lintensité dramatique de sa situation. Le mari débarque au salon sur la pointe des pieds.
Il interpelle sa femme :
- Chérie, tu as un problème ?
- Tu veux quon en parle ?
- Je suis là pour técouter
- Je ne sais pas, je ne veux pas perturber notre foyer avec mes problèmes. ça ne te concerne pas et de toute façon, tu ne peux pas y faire grand-chose.
|
|
Là, le mari sénerve. Dans un film américain, ça veut dire quil monte le ton de 0,004 décibels et quil lance : Je nen peux plus, tu ne peux pas éternellement vivre seule avec ton problème. Grandement perturbé par sa perte de contrôle, le mari sexcuse davoir dérapé et cest la fin de la séquence.
Zakaria Boualem rembobine le DVD et se repasse la scène. Il savoure chaque plan et il en profite pour mesurer lécart culturel entre eux et nous. Voici ses réflexions dûment structurées comme cest souvent le cas chez le pragmatique Guercifi :
Point 1 : Déjà, la seule idée quune femme puisse avoir un problème sans que personne le sache relève chez nous de la plus audacieuse science-fiction. Une Marocaine aurait mis au courant sa mère, ses voisins et même moul pisri sans le moindre remords. Il y aurait eu un festival de lamentations en tous genres, des jérémiades, éventuellement quelques pleurs. Evidemment, le mari en aurait pris plein la gueule. Au lieu de se terrer dans son silence, la Marocaine aurait commencé à gémir dès le matin, jusquau soir, avec éventuellement des pics pendant les matches de Champions league. Elle aurait choisi le moment le moins approprié pour parler de son problème. Un esprit logique répondrait que si lon se fie au mari, le moment nest jamais approprié. Lesprit logique a raison, ce nest jamais le moment, et merci.
Point 2 : Face au problème de sa femme, et à supposer quelle refuse den parler, un mari marocain aurait fait ce que le bon sens lui commande : laisser le chameau endormi. Elle veut se lever au milieu de la nuit pour regarder la fenêtre en méditant ? Cest très bien, que Dieu lassiste. Il est même probable quun mari marocain naurait jamais remarqué le malaise de son épouse, trop occupé par des choses plus importantes, comme la Champions League par exemple.
Point 3 : Le mari américain sexcuse. Chez nous, on ne sexcuse pas. On dit des choses bien pires, et après on oublie. Cest que lexcuse est un sous-produit du doute. Or, tout le monde le sait : Descartes doute, le Marocain non. Entre nous, cest très bien comme ça. Parce que le doute, ça fait progresser et tout et tout, mais cest quand même moins confortable que la certitude. Zakaria Boualem, lui, ne veut pas progresser, il veut juste être tranquille, ce quil considère comme un droit de lhomme.
Zakaria Boualem sarrête de réfléchir, il y a trop à dire sur cette séquence. Mais il se souvient que le cinéma américain est une machine à propagande dirigée vers les gens comme lui. Il se dit alors que cette séquence est probablement aussi éloignée de la réalité des ménages américains que peut lêtre Rambo de la réalité du Vietnam. Les Américains mentent, il ny a quà entendre George Bouche. Ils tournent des séquences comme ça pour déprimer les Arabes, cest évident. Fort de cette prise de conscience, Zakaria Boualem appuie sur eject et remet le VCD de Maradona... |