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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Cerise Maréchaud

Télévision. Ces films que vous ne verrez (peut-être) jamais

L’Enfant endormi
(DR)

Mort prématurément à 30 ans en 1951, après une carrière fulgurante, Houcine Slaoui a pourtant profondément marqué la mémoire collective. Retour sur une légende.


L’idée était si belle : réserver chaque mardi soir du mois sacré pour diffuser quatre longs métrages marocains co-produits par 2M, à savoir Ici et là de Mohamed Ismaïl, Le Grand voyage de Ismaël Ferroukhi, Les Ailes brisées de Majid R'Chiche et L'Enfant endormi de Yasmine Kassari. Une sélection intéressante, soit quelques pellicules de finesse dans une pesante programmation ramadanesque...

On avait donc hâte. Mais, coup de théâtre à quelques jours du mois de jeûne, deux de ces films - les deux meilleurs selon nous - se sont vus amèrement déprogrammés par 2M, sur demande de leurs réalisateurs et boîtes de prod', pour être remplacés en dernière minute. Frustrant.

Pas vus au cinéma, privés de télé !
Dans les deux cas, un même problème : ni le Franco-marocain, Le Grand voyage - road-movie poétique sur la filiation père-fils - ni le Belgo-marocain, L'Enfant endormi - métaphore du mythe de ragued dans l'univers dépouillé de l'Oriental - ne sont encore passés par nos salles sombres.

Ce n'est pas faute de le vouloir. Selon Ismaël Ferroukhi, Le Grand voyage n'attend plus que le “dénouement d'un contentieux juridique” avec un de ses co-producteurs, Casablanca Films, pour enfin sortir sur grand écran, en décembre. Deux ans après la sortie française, alors que le film rencontre le succès entre Europe, Amérique latine et Etats-Unis, aucun pays arabe ne l'a encore distribué en dehors du Liban. De son côté, Yasmine Kassari, acclamée de festival en festival, recevait il y a un an “le financement pour le tirage des copies” et envisageait “une sortie marocaine pour février 2006”. C'est déjà loin.

D'où le souci des deux réalisateurs de ne pas “brûler” leur film. “ça n'existe pas, un long-métrage de cinéma qui sort d'abord à la télé, justifie l'auteur du Grand voyage. Ce film a été fait pour le grand écran. Même dans les salles, un large public l'attend. C'est une question de respect pour le film, le spectateur et moi-même”. Surtout, la crainte que l'accueil du film ne soit amoindri par son passage télé est réelle.

En 1991, La Plage des enfants perdus avait été programmée sur 2M avant sa sortie en salle… qui n'a finalement jamais eu lieu. “C'était un cas particulier, précise son réalisateur Jilali Ferhati. 2M co-produisait mais nous lui avions cédé les droits de diffusion pour sortir de notre galère financière. Quand le film est parti à Venise, ils ont voulu fêter ça en le passant”. Avec le recul, Jilali Ferhati ne regrette rien : “Ils nous ont permis de finir le film et, au moins, beaucoup de gens l'ont vu à la télé”. Ceci dit, le cinéaste estime qu'un contrat est un contrat. “C'est sûrement les boîtes de prod' étrangères qui ont fait pression”.

“2M a le droit de démarrer la diffusion du film dès dix-huit mois après sa finition, explique Zouheir Zrioui, chef du département antenne à 2M. Pour Le Grand voyage, nous avons reçu la cassette il y a deux ans. Le contrat est clair, 2M a mis de l'argent… et il y a des films qui ne sortent jamais”, ajoute Zouheir Zrioui comme pour justifier l'initiative de la chaîne. Les réalisateurs sont loin de jeter la pierre à 2M. “Ils ont été très compréhensifs et professionnels”, insiste Ferroukhi, dont le film a reçu quelque 60 000 DH de la chaîne.

Dommage quand même : ces deux longs métrages marocains de grande qualité sont remplacés par des films… non marocains. “C'est une question de disponibilité, explique Zrioui. La programmation du ramadan n'est pas facile à remplacer au pied levé”. Espérons que les mardis de ce mois séduiront - 2M escompte quelque 20% d'audience - et que le cinéma national trouvera sa vraie place sur le petit écran. “L'objectif est de diffuser un film marocain par mois, positive Zrioui. 2M en co-produit une dizaine chaque année, donc ça viendra”.

 
 
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