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Rock. Le printemps des webzines
N° 241
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ilham Mellouki

Rock. Le printemps des webzines



raptiviste.net 3500 à 10 000 visiteurs par jour

marockmagazine.com
600 à 1000 visiteurs par jour

nextline.ma
60 visiteurs par jour en moyenne


Adil Mafhoum, alias Raven,
fondateur de Marockmagazine
(DR)

En quelques années, les webzines musicaux made in Morocco sont apparus sur la Toile. Véritables mines d'infos et lieux de joutes verbales pour les passionnés, ils servent également de tremplins pour les artistes marocains. Coup de projecteur sur trois d'entre eux, les plus aboutis à ce jour.


En ce début de soirée, le cyber où se trouvent Nabyl, Réda et Brahim, trois jeunes d'une vingtaine d'années, est plein à craquer. Les trois amis, scotchés à l'écran de l'ordinateur, cliquent frénétiquement sur la souris. Plutôt branchés H-Kayne, Darga ou The nightmare, des groupes
dits de la nouvelle scène musicale marocaine, ils sont là chaque jour pour télécharger de la musique marocaine et discuter sur les forums, spécialité zik locale. Leurs sites de prédilection ? “Marockmagazine.com, bien sûr” clame Réda, fan de heavy metal, “Pour moi, c'est Nextline.ma”, rétorque Nabyl, un rasta accro de qraqebs et de guembri. Porté sur le rap et le hip-hop, Brahim choisit d'emblée Raptiviste.net. Comme ces trois jeunes, des milliers d'autres se connectent régulièrement pour assouvir leur passion de musiques, d'images et d'échanges. Momo Merhari du L'Boulevard souligne qu'auparavant, aucun organe, aucun média n'avaient voulu ou su répondre aux attentes de cette jeunesse. Ces webzines, fondés par une poignée de mordus, ont comblé un manque flagrant.

Débuts difficiles
La situation n'a pas toujours été aussi rose : “J'étais le premier à créer un tel site, raconte Raven alias Adil Mafhoum, fondateur et rédacteur en chef de Marockmagazine, le portail branché rock à l'époque, il existait une certaine paranoïa. Les flics étaient susceptibles de débarquer à tout moment. Chaque fois que je rentrais à la maison, je pensais trouver un fourgon en bas de chez moi. Il faut dire que le rock, qu'il soit tendance gothique ou heavy metal, avait alors mauvaise presse chez nous”. En 2003, la création de son site est venue comme une réaction à l'affaire des 14 musiciens accusés de satanisme. “Il fallait un média prouvant à Monsieur tout le monde que nous n'étions que des musiciens, en aucun cas des satanistes, ni des personnes dangereuses”, poursuit le jeune homme qui a dû apprendre à monter un site. Marockmag se résumait alors à quelques chroniques d'albums et des infos. Depuis il s'est enrichi en forums et grâce aux news ou aux morceaux que les artistes leur envoient. Le site, au graphisme simple et aux couleurs sombres, s'est fait grâce à l'aide d'un autre webmaster, de correspondant(e)s de divers pays et de modérateurs de forums.

Bien qu'ils n'aient pas subi les affres des débuts, Raptiviste et Nextline n'en sont pas moins passés par certaines difficultés pour monter leur portail. Usef, webmaster et fondateur de Raptiviste.net, premier portail marocain entièrement dédié au rap et au hip-hop, a tout bricolé du début à la fin chez lui “avec les moyens du bord”, accompagné dans sa tâche par des accros comme lui. Débuts : le 1er octobre 2005. Grâce au bouche à oreille et au compte à rebours mis en place sur la page de garde du site, au look inspiré du graffiti, le résultat ne s'est pas fait attendre : 300 personnes se connectent dès le premier jour, chiffre qui n'a cessé de grimper pour atteindre des pics de 10 000 pour certains événements. Le petit dernier, Nextline.ma privilégie la fusion sans pour autant dénigrer d'autres styles. Dans ce webzine composé à 75% de filles, au graphisme étudié et coloré, il a fallu trois mois pour recruter des gens motivés. “Ils sont huit et viennent en partie du forum next rock et de personnes de mon entourage”, raconte Meryem Valo, étudiante en journalisme à l'origine du site. L'originalité vient du concept : il est conçu comme un mensuel. Conférence de rédaction sur MSN, date à laquelle il faut rendre ses papiers. La future journaliste avoue d'ailleurs passer “plus de quatre heures par jour à les travailler, les jours de bouclage”. Un dernier aspect, commun aux trois webzines, le manque de moyens financiers. De l'avis de tous, ils se débrouillent comme ils peuvent, sachant qu'uniquement un ordinateur, une connexion Internet suffisent… et beaucoup de temps !

Tremplin pour artistes
A l'unanimité, les artistes rencontrés crient un grand choukran aux webzines. Du simple coup de pouce à la véritable campagne promotionnelle, l'impact de cette publicité Internet gratuite a des répercussions très positives sur les musiciens et leur carrière. Exemples avec deux groupes de heavy metal : les Casaouis de The nightmare et les Rbatis de Frenesia. Pour le premier, point de pub sur Marockmagazine mais une petite annonce passée sur le site leur a permis de trouver un ingénieur du son volontaire pour remasteriser leur CD gratuitement. Ghassan, guitariste leader de Frenesia explique que le site collabore facilement, annonçant leur prochain concert ou la sortie de leur future démo. Dans la catégorie rap hip-hop, même discours. Le développement du Net est un autre facteur déterminant dans la diffusion. Masta flow de Casa Crew le confirme : “Le web est le support le plus accessible aux jeunes. La musique, l'image, tout circule facilement et rapidement. Concernant nos morceaux, l'autre avantage du Net vient des commentaires des internautes sur nos sons. Leur avis nous permet de progresser”. Bigg approuve ces propos et ajoute : “C'est le premier facteur qui peut booster une carrière. L'intérêt d'être diffusé sur tous les webzines permet de toucher une tranche d'âge plus mature, Raptiviste visant principalement les 12-18 ans”. Pour Hicham Bajjou, guitariste de Dayzine, “les forums sont les plus intéressants. C'est une interface d'échanges, d'éducation musicale”.La vidéo y a trouvé également son seul lieu de diffusion. DJ Key, le “Monsieur clip” du hip-hop marocain, a ainsi pu y projeter le premier clip de H-Kayne, “F'mo Hadak”, celui de Jo encore de Casa Crew, permettant à ces zikos d'ajouter une autre corde à leur arc.

Ambitions prometteuses
L'Boulevard 2006 a été l'occasion pour eux de tester grandeur nature le jeu des interviews, portraits et reportages photo de l'événement. Pour la première fois, les trois webzines y participaient, assurant ainsi une excellente couverture presse. Marockmagazine jouant déjà le jeu des partenariats - à de nombreuses reprises, le webzine a organisé ou fait la promotion de manifestations telles Lost in Casablanca ou Epica dédiées au heavy metal ou au metal extrême - Raptiviste et Nextline l'ont suivi. D'autres projets ? Ils en ont plein la tête. Recruter plus de chroniqueurs, modérateurs, créer des sites “spécial rencontres”, téléchargements et se cotiser afin d'ouvrir un studio pour aider les jeunes rappeurs : tels sont les objectifs ambitieux du webmaster de Raptiviste. Les deux autres magazines Internet, eux, ont un projet commun : passer de la version électronique à la version papier, ce qui suppose un certain budget. Il faut alors penser à aller frapper aux portes en quête d'éventuelles subventions, une action menée par le fondateur du portail rap et qui n'a pas abouti pour l'instant. Espérons que la donne aura changé d'ici là. Un dernier point à souligner : le succès et la créativité de ces sites devraient faire des petits. “Oui effectivement, répond Usef, mais souvent il ne s'agit que de clones. Mis à part le graphisme, ils sont en tous points similaires”. Une autre forme d'expression en plein essor : les blogs… Ils permettent à chacun de s'exprimer comme bon lui semble et pourraient poursuivre les efforts engendrés par les webzines. Les rappeurs en herbe l'ont bien compris. Preuve en est le nombre de blogs, fleurissant sur la Toile, réalisés par des groupes de rap.

 
 
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