|
Par Driss Bennani
Gouvernement. Mais que fait donc El Himma ?
Partis politiques, journalistes, société civile
le ministre délégué à l'Intérieur est lancé dans une campagne de charme tous azimuts. Que dit il à ses interlocuteurs ? Pourquoi maintenant ?
Un parti politique sort rarement indemne d'une rencontre avec Fouad Ali El Himma. Aujourd'hui, cela sonne comme une évidence chez les leaders du PJD. Selon plusieurs sources internes, la grogne monte dans les rangs du parti islamiste et Abdelilah Benkirane mènerait l'enquête en personne pour savoir qui a divulgué la précieuse information. Celle parue en une du quotidien Al Massae du 21 septembre et selon laquelle |
|
une rencontre secrète a eu lieu entre le puissant ministre et des leaders du PJD, le 15 août 2006. Sauf que le ministère de l'Intérieur est tout aussi énervé et affirme que cette rencontre avec le PJD
n'avait rien de secret ! (lire encadré ci-contre)
Secrète ou pas, cette réunion n'est que la dernière (connue) d'une longue série de rencontres estivales plus ou moins discrètes. Rappelez-vous : fin juillet, El Himma rencontre à deux reprises des dirigeants du PSU, en présence de poids lourds de l'économie nationale (Aziz Akhennouch, Mostafa Bakoury et Mostafa Terrab). Quelques jours plus tard, il assiste, pour la première fois depuis sept ans, aux travaux de la commission de l'Intérieur au Parlement. Puis, à la veille d'une rentrée politique charnière, l'homme fort du régime réunit toute l'armada sécuritaire du pays pour briefer des patrons de presse triés sur le volet. Entre-temps, le ministère de l'Intérieur communique tous azimuts et crée
une cellule de communication. Une première ! Comment expliquer cette frénésie communicationnelle ? Que faut-il en déduire ? Lors de ces différentes rencontres, Fouad Ali El Himma n'a concrètement rien demandé à ses interlocuteurs. Tout juste a-t-il matraqué un message central : le Maroc va bien.
Communication, toutes !
C'est de la pure communication publique, affirme ce consultant casablancais. Le ministre délégué à l'Intérieur matraque un message unique : tous les projets suivent leur cours et contrairement aux apparences, tout est sous contrôle. Pour crédibiliser sa thèse, El Himma gratifie d'ailleurs, à chaque fois, ses interlocuteurs d'un exposé exhaustif sur les réalisations de Mohammed VI et des chantiers qu'il a ouverts aux quatre coins du pays. Soit, mais pourquoi maintenant ? Pourquoi le roi (quand la réunion n'est pas officielle, El Himma se présente clairement comme son porte-parole) cherche-t-il soudainement à rassurer ? L'objet de toute communication publique est la prévention : contenir tout désordre qui peut naître d'une suite d'événements exceptionnels comme le limogeage de haut gradés, leur implication dans des affaires de drogue ou l'islamisation de l'armée, explique notre consultant en communication.
D'autant plus que 2007 sera à coup sûr une année charnière. Premier chantier évident : les élections. En recevant des dirigeants du PSU au lendemain d'une crise politique sur fond de code électoral, El Himma a transmis, dans la finesse, un message essentiel : le roi ne veut exclure personne. Le Palais veut d'abord le consensus de toute la classe politique avant d'aller aux élections, les résultats l'intéressent en second plan, analyse un politologue. L'intérêt de rencontrer des dirigeants de partis politiques (même faisant partie de la majorité) est ensuite évident pour un homme comme El Himma : tâter le terrain et sonder les intentions, sans jamais donner cette impression de s'ingérer dans les affaires partisanes internes. Du basrisme élégant, comme le répètent, caustiques, quelques militants de gauche.
2007, c'est également parti pour être l'année du grand ménage dans les arcanes du pouvoir. Fouad Ali El Himma l'a clairement et fermement annoncé aux parlementaires : Nous ne laisserons pas le pays aux terroristes et aux trafiquants de drogue. Une manière de les préparer, déjà à l'époque, à la purge qui a déjà coûté leurs galons à plusieurs haut gradés. Une purge qui est loin d'être terminée, selon plusieurs observateurs. Lors de toutes ces rencontres estivales, Fouad Ali El Himma a répété le même discours alarmiste et laissé entendre que d'autres têtes tomberont bientôt. Le cercle restreint des hommes de Mohammed VI semble décidé à en finir avec plusieurs symboles de l'ancien régime puisque la pourriture est arrivée jusqu'au sérail. Cela peut avoir un effet déstabilisateur. Voilà pourquoi on multiplie aujourd'hui les interventions auprès de tous les acteurs de la scène publique, et on explique tout cela par une volonté ferme et définitive d'assainir, pour assurer enfin un décollage au règne de Mohammed VI, se risque à analyser un militant associatif.
Le malaise social
Et puis, disons-le clairement, le ministre délégué à l'Intérieur est sorti de sa réserve parce qu'il y a urgence. Un malaise social persistant et des foyers de révolte déjà déclarés à Bouarfa et Sidi Ifni par exemple. Fait rare cette année : la rentrée scolaire coïncide avec le ramadan et, pour ne rien arranger, le gouvernement décide une hausse générale des prix. Rien d'étonnant dès lors de voir le premier ministre recevoir en priorité les représentants des syndicats pour un nouveau round de dialogue social. De son côté, El Himma aurait également laissé entendre, lors de sa rencontre avec le PJD, qu'il serait hasardeux d'exploiter politiquement cette nouvelle hausse des prix dictée par la conjoncture internationale. Résultat des courses : Noubir Amaoui (chef de file de la CDT) dit comprendre les raisons de la hausse et le PJD met déjà de l'eau dans son vin. Jackpot ! Mais tout n'est pas définitivement gagné pour autant. Fouad Ali El Himma, raconte l'un de ses proches, dit souvent que le pays est aujourd'hui à la croisée des chemins. C'est pour cela qu'il veut gagner l'adhésion de tout le monde au projet de société porté par l'équipe de Mohammed VI. Il veut que tous voient d'abord ce qui marche et ferment l'il sur les quelques sacrifices qui peuvent jalonner la voie du développement. Une opération de charme suffira-t-elle à cela ? |
 |
Réunion secrète avec le PJD. L'Intérieur dément
La réunion du 15 août qui a réuni Fouad Ali El Himma, Chakib Benmoussa et une brochette de hauts responsables du PJD a ceci de particulier : selon des responsables du parti islamiste, elle est restée secrète à la demande dEl Himma. Mensonge !, a déclaré à TelQuel un haut responsable du ministère de l'Intérieur qui a souhaité conserver l'anonymat. D'abord, la réunion s'est tenue à leur demande et pas à la nôtre, rectifie-il. Et ensuite, nous n'avons jamais réclamé le secret ! Comment pourrions-nous le faire pour des réunions (car il y en a eu deux, la première en mai 2006, et la seconde en août) auxquelles ont assisté une dizaine de personnes, et qui se sont tenues, au vu et au su de tous, au siège du ministère ?. Pourquoi, dans ce cas, de hauts cadres du PJD ont-ils entériné la version du secret ? Sûrement parce que ça leur donne de l'importance, précise, mordant, notre haut fonctionnaire. Ambiance
Ce serait plutôt l'état major du PJD qui a choisi, de son propre chef, de ne rien dire de sa réunion avec les deux ministres de l'Intérieur. Ce genre de rencontres, ajoute un connaisseur du parti, flatte les dirigeants parce qu'il les rapproche des cercles du pouvoir et les rend plus fréquentables. Ensuite, et contrairement aux autres rencontres, El Himma n'aurait rien demandé de concret, cette fois, au parti de Saâd Eddine El Othmani
si ce n'est de clarifier le flou artistique entre politique, social et religieux qui enrobe le parti, selon les mots de notre interlocuteur au ministère. Principal visé : Abdelilah Benkirane, à la fois membre dirigeant du PJD et directeur d'Attajdid, le porte-voix du MUR, une organisation de prédication religieuse, tendance moralisatrice. Benkirane, on l'imagine, n'a pas apprécié de se voir mis devant ses contradictions. Réaction inattendue du parti : c'est ce même Benkirane qui est désigné pour mener l'enquête et savoir qui a divulgué l'information sur la rencontre avec El Himma. Sacré PJD ! |
|
|