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Par Abdeslam Kadiri
ONU. L'après Kofi Annan
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La photo de Kofi Annan va
bientôt orner le wall of fame
des anciens secrétaires
généraux de lONU.
(AFP)
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Le successeur du secrétaire général des Nations Unies sera connu début octobre. Quel bilan Kofi Annan laisse-t-il derrière lui ? Quels sont les nouveaux chantiers de l'organisation qui régit notre monde ?
Qui succédera à Kofi Annan ? Le second mandat du septième secrétaire général des Nations Unies arrive à terme le 31 décembre sur fond de crise et de réforme de l'ONU. Son successeur devrait être connu début octobre. Son élection obéit à une règle informelle, mais pourtant fondamentale, de rotation géographique. Selon cette règle, ce serait au |
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tour de l'Asie de prendre les rênes des Nations Unies, après l'Europe dans les années 70 (l'Autrichien Kurt Waldheim), l'Amérique latine dans les années 80 (le Péruvien Javier Pérez de Cuéllar) et l'Afrique au cours des quinze dernières années (Boutros Boutros Ghali et Kofi Annan).
Ça se bouscule au portillon
Quatre candidats se sont déclarés : le sous-secrétaire à la communication indien, Shashi Tharoor ; le ministre des Affaires étrangères sud-coréen, Ban Ki-Moon ; le diplomate sri-lankais, Jayantha Dhanapala, sous-secrétaire au désarmement de l'ONU ; et le vice-premier ministre thaïlandais, Surakiart Sathirathai.
D'autres candidatures potentielles flottent ici et là : celle de Bill Clinton, celle de l'ancien chef du gouvernement espagnol José Maria Aznar, celle du prince Zeid Al Hussein, ambassadeur de Jordanie à l'ONU, celle du Turc Kemal Dervis ou de l'ex-président polonais Aleksander Kwaniewski. Et pourquoi pas une femme à la tête de l'ONU comme la Canadienne Louise Arbour ou encore la présidente lettone Vaira Vike-Freiberga ? Une surprise de dernière minute n'est pas à exclure. On se souvient que Boutros Ghali avait été l'un des derniers candidats à se présenter en 1991.
La charte de l'ONU dit que le secrétaire général est élu par les 192 états membres, sur recommandation du Conseil de sécurité. A partir du moment où le Conseil dégage un consensus, la candidature est envoyée à l'Assemblée générale qui l'entérine sans débats. C'est une opération secrète, tenue à huis clos et entre diplomates, dont le fin mot appartient aux cinq membres permanents du Conseil, armés de leur droit de veto. Cette méthode a vivement été contestée et on promet plus de transparence cette année. Des votes blancs ont été mis en place pour canaliser la sélection des candidats. Cela n'a qu'une valeur consultative. Lors du premier scrutin, le 24 juillet dernier, le Sud Coréen, Ban Ki-Moon, est arrivé en tête. Le prochain straw poll aura lieu fin septembre, juste avant le choix final prévu début octobre.
Rochers et montagne
Le 19 septembre, dans son discours d'adieu, Kofi Annan a souligné qu'en dix ans, des progrès avaient été réalisés mais qu'il restait beaucoup à faire. Selon lui, les ravages de la guerre, notamment celle du Darfour, constituent le plus grand défi lancé aujourd'hui à la communauté internationale. Il a insisté sur la nécessité de régler le conflit israélo-palestinien. Ensemble, nous avons poussé de lourds rochers vers la montagne, même si certains nous ont échappé et sont redescendus, a-t-il déclaré.
Premier Subsaharien à diriger l'institution mondiale, le Ghanéen a entamé son premier mandat le 1er janvier 1997, dans un environnement géopolitique mondial totalement bouleversé par la fin de la guerre froide. Kofi Annan arrive aux affaires dans cette nouvelle mouvance de la recherche d'un nouvel équilibre mondial, sur fond de crises et de foyers de tension oubliés : la Palestine, l'Angola, la Corne de l'Afrique, le Cachemire, Taïwan etc. Le secrétaire général a conduit bien des batailles sur le terrain de la paix et de la lutte contre la pauvreté : Bakassi, les objectifs du millénaire, les droits de l'homme, etc. Mais Kofi Annan n'a pas évolué que sur du velours.
Dans un article pénétrant du Monde Diplomatique de septembre 2005, Samantha Power, professeure à Harvard, analyse que les dernières années du règne de Kofi Annan ont été très délicates. L'ONU a été décriée depuis sa création - De Gaulle l'avait traitée de machin - mais jamais elle n'avait connu pire crise quen 2004, qualifiée par Kofi Annan d'annus horribilis. En réalité, c'est en 2003 que l'organisation a commencé à subir les attaques les plus brutales, lorsque les Etats-Unis, leur membre le plus puissant, avec le Royaume-Uni, se sont rués sur un Conseil de sécurité divisé pour obtenir que la guerre soit déclarée contre l'Irak. L'ONU a cédé. Le secrétaire général n'a quasiment jamais eu le sentiment de peser face au Conseil de sécurité. Et dans ce cas précis, il avait l'impression de s'opposer aux Etats-Unis qui accusaient l'ONU de perdre de sa pertinence. Kofi Annan a envoyé son meilleur allié, Sergio Vieira de MelHo à Bagdad. Le diplomate et 21 personnes ont été tués dans un attentat.
Les choses ont empiré en 2004. On découvre que des soldats envoyés par le Maroc, la Tunisie, l'Afrique du Sud, le Népal, le Pakistan et l'Uruguay ont abusé de jeunes filles au Congo et au Libéria. Des fonctionnaires des Nations Unies responsables du programme Pétrole contre nourriture, destiné à nourrir les Irakiens à la fin des années 1990, et qui était doté de 65 milliards de dollars, ont reçu des pots-de-vin. La Commission des droits de l'homme des Nations Unies, présidée en 2003 par la Libye, a réélu le Soudan au beau milieu d'une campagne de massacres ethniques au Darfour.
Début 2005, alors que l'Organisation touche le fond, l'administration Bush annonce qu'elle nomme John Bolton comme prochain ambassadeur américain auprès de l'ONU. L'homme ne reconnaît pas le droit international et déclare : Si les Nations Unies perdaient dix étages, cela ne ferait strictement aucune différence. C'est dans ce contexte de crise aiguë que Kofi Annan a décidé d'engager des réformes à l'occasion des célébrations du soixantième anniversaire de l'ONU, en septembre 2005. D'après Samantha Power, le vent de réforme vise trois points : la mauvaise gestion, le maintien de la paix et l'inefficacité notoire de l'administration onusienne. Tels sont les défis qui attendent le successeur de Kofi Annan. |
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Perspective. Les réformes à venir
En 2005, alors que l'ONU touche le fond, Kofi Annan promet d'engager des réformes lors du soixantième anniversaire de l'Organisation en décembre.
La mauvaise gestion a souvent handicapé l'ONU. Avant le scandale Pétrole contre nourriture, rien n'avait autant entaché les Nations Unies que les massacres au Rwanda et à Srebrenica, tueries perpétrées en 1994 et 1995, en présence de l'ONU. Le secrétaire général a été averti de l'imminence des exterminations. Mais de manière impardonnable, il n'en informa pas le Conseil de sécurité.
Quant au maintien de la paix, l'organisation ne dispose pas d'un personnel suffisant pour gérer les Casques bleus qu'elle déploie. Si le Conseil de sécurité a autorisé l'envoi de 18 nouvelles missions, les 66 000 soldats de la paix ne sont encadrés que par 500 fonctionnaires. Aucun Etat membre occidental n'imaginerait envoyer ses soldats dans des zones dangereuses avec si peu de soutien arrière, écrit Samantha Power.
Autre cible de cette réforme : l'inefficacité notoire de l'administration onusienne. Les responsables s'occupent plus souvent de la paperasse qu'à réfléchir à combattre le sida ou à organiser des élections. Les Etats membres essaient à tout prix de placer leurs ressortissants. Soixante ans après sa création, le système onusien doit faire le ménage dans ses rangs, recruter de jeunes talents sur leur compétence, ne pas hésiter à rendre publics (et non cachés) les tentatives de manipulation et le manque d'ambition de ses puissants états membres. Sa survie et sa crédibilité en dépendent. |
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