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Par Fahd Iraqi
Success story. La peinture en famille
Effectif : 312 personnes
Chiffre daffaires : 290 millions de DH
Production annuelle : 22 000 tonnes de peinture |
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Le siège de Colorado
à Aïn Sebaâ
(AIC PRESS)
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Créée dans un garage, Colorado fait aujourd'hui son entrée en Bourse. Mais cette société de peinture, c'est aussi l'histoire de son propriétaire. Un personnage loin des affaires mais très présent sur la scène médiatique.
Tout le monde l'appelle Mao. Un surnom que Mohamed Berrada traîne depuis ses années de fac à la Sorbonne. C'est le diminutif de Mohammed, mais qui renvoie aussi à la fibre communiste du personnage, confie un de ses proches. Il a toujours été un étudiant très engagé, connu pour sa générosité et son courage à toute épreuve. De |
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retour au bercail en 1960, licence en sciences économiques dans les valises, il retrouve un Maroc fraîchement indépendant. Le natif de Fès se laisse rapidement tenter par une carrière politique. Inscrit au barreau de Casablanca, le jeune avocat rejoint dès 1961 le cabinet de Allal El Fassi, leader du parti de l'Istiqlal. C'est là qu'il a touché à la politique et qu'il a mesuré tous ses enjeux, raconte une de ses vielles connaissances. Son ascension dans les instances du parti est fulgurante : en 1965, alors qu'il n'a que 33 ans, il se voit confier la direction de L'Opinion, porte-voix des istiqlaliens. La publication est alors au bord de la faillite, mais le fougueux Mao arrive à renverser la vapeur. Son époque est la plus glorieuse que L'Opinion ait jamais connue, raconte un ancien de la rédaction. On n'oubliera jamais les soirées où il débarquait avec son allure imposante et son cigare au bec. On laurait aisément pris pour le patron du Washington Post. Mais surtout, le personnage n'a pas froid aux yeux. Les positions du journal sont des plus courageuses et le traitement réservé à des sujets sensibles, comme la Mauritanie ou encore l'armée, valent même à Mohamed Berrada quelques séjours en prison. L'homme finit néanmoins par se lasser et prend définitivement ses distances avec le journalisme, en 1970, pour se consacrer à sa carrière d'avocat.
Une entreprise miraculée
C'est d'ailleurs cette même année que Colorado est reprise par la famille Berrada. À l'époque, l'entreprise, rachetée à des Français sans héritiers et au bord de la retraite, ne payait pas de mine : un garage bricolé en atelier de fortune qui fabrique de la poudre colorante. Les anciens propriétaires omettent surtout de signaler que la société va droit à la banqueroute. Une année après son rachat, Colorado se retrouve vite distancée par la concurrence, surtout quand Astral lance une teinte liquide beaucoup plus pratique pour les artisans. C'est un véritable coup de massue pour la petite fabrique des Berrada. Et il ne faut pas compter sur Mao pour redresser la barre. À l'époque, il répétait à qui voulait l'entendre qu'il était capable de gérer un journal, mais pas une entreprise industrielle, raconte un de ses intimes. C'est finalement Othman, son frère, qui prend l'affaire en main, mais sans véritable succès. Colorado reste à la traîne, ses marchés étant cantonnés aux régions de l'Oriental et du sud du pays.
Il faudra attendre la fin des années 80 pour que l'entreprise connaisse un véritable tournant. Mohamed Berrada rachète les parts de son frère et devient ainsi l'unique actionnaire de Colorado. Et ce sont les propres fils de l'avocat qui reprennent les rênes, pour lancer un plan de restructuration draconien. Modernisation de l'outil de production, amélioration de la qualité des produits, élargissement du réseau de distribution, les managers sont sur tous les fronts. Petit à petit Colorado reprend des couleurs et redore son image de marque à coups de campagnes publicitaires. Quinze ans après, le chemin parcouru vaut le détour. Partie d'une part de marché inférieure à 1%, la société compte désormais parmi les leaders de son activité, contrôlant près de 15% du marché. Son chiffre d'affaires a été multiplié par 15 pour frôler aujourd'hui les 300 millions de dirhams. Et il est bien loin, le temps du petit atelier : l'entreprise dispose aujourd'hui de deux usines à la pointe de la technologie. Notre outil de production nous assure une capacité qui couvre nos prévisions de croissance jusqu'en 2011, explique Farid Berrada, le PDG.
Un avocat d'affaires redoutable
Cette renaissance, le propriétaire n'a fait que l'observer de loin. Administrateur dans les faits, Mao trouve à peine le temps de jeter un coup d'il furtif sur les chiffres de cette société où il ne met jamais les pieds. Car Maître Berrada reste avant tout un homme de droit. Son cabinet d'avocat marche à merveille et sa notoriété ne cesse de s'étendre. Il s'illustre dans la campagne d'assainissement au milieu des années 90, en défendant le cas très médiatisé du pharmacien Benabderrazik. Un épisode qui lui vaudra un grand respect de la profession. Il n'a jamais mouillé dans des affaires sales, lui reconnaissent ses confrères. Mieux encore, Mao s'affirme comme un redoutable avocat d'affaires. Le verdict en faveur des actionnaires minoritaires de la BMAO (en pleine fusion avec la BNDE) que Me Berrada représentait fait aujourd'hui jurisprudence. L'homme sait concilier ses positions politiques et son devoir d'avocat. Il avait critiqué Basri pendant la campagne d'assainissement, mais on l'a vu le défendre des années plus tard. Autre exemple : il n'a pas hésité à attaquer la BCM à une époque où il était lié avec le président de la banque, Abdelaziz Alami, explique un de ses proches.
En affaires aussi, l'homme semble savoir faire la part des choses. Aujourd'hui, il décide de suivre l'air du temps pour donner à sa société toutes les chances de poursuivre son développement. Il ouvre ainsi son capital au grand public (via une introduction en Bourse), mais prend aussi soin de l'adosser à un partenaire stratégique. 45% du capital sont ainsi vendus pour quelque 200 millions de dirhams. Cette opération nous permet d'institutionnaliser le tour de table de l'entreprise, qui entame une nouvelle phase de son existence, explique Farid Berrada. Et quand Mao choisit un partenaire stratégique, il s'agit forcément d'un gros calibre. En effet, c'est la prestigieuse Caisse de dépôt et de gestion (CDG), à travers sa société d'investissement Fipar-Holding, qui prend 15% du capital de Colorado. Un partenariat qui repose avant tout sur une logique de synergies. Fipar est un acteur de poids dans l'immobilier (qui représente près du quart de son portefeuille) et Colorado est bien positionnée sur le segment de la peinture pour bâtiment.
Et avec un avocat comme le redoutable Berrada dans le deal, le pacte d'actionnaires ne peut-être que bien ficelé. Ainsi, la filiale de la CDG ne peut pas prendre de participations dans une société concurrente. En revanche elle a droit à une fleur côté prix : elle paie ses actions 11% moins cher que le prix d'introduction en Bourse, fixé à 514 DH. Une décote dite de minoritaire, qui peut s'avérer très juteuse, même à court terme. En effet, l'engagement de Fipar est limité à 5% du capital sur les 30 mois à venir. Autrement dit, Fipar peut se désengager sur le marché au lendemain de la cotation et réaliser des plus-values très intéressantes. Même les autres actionnaires, notamment la famille Berrada, peuvent se désengager selon les opportunités sur le marché, opportunités qui ne manqueront certainement pas, bien que certains analystes jugent le prix d'introduction déjà élevé. La société est valorisée une fois et demi son chiffre d'affaires. Les comparatifs boursiers pris en compte pour l'évaluation ont été actualisés. Une méthodologie jamais observée dans les opérations d'introduction en Bourse, explique cet analyste financier.
Néanmoins, quel que soit le parcours de Colorado sur le marché, elle reste un cas atypique. Elle représente à merveille ces petites structures qui ont su traverser les générations et bien négocier le tournant du développement. |
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