Lhorizon 2012
Privilégier lefficacité sans renoncer à la démocratie, cest possible
en se donnant 5 ans de plus
Il y a deux manières de penser la réforme politique au Maroc : la première est dénumérer les mesures nécessaires pour instaurer une véritable démocratie, la seconde est denvisager le processus politique qui permettra, concrètement, dappliquer ces mesures. Ce constat est extrait dun rapport sur le Maroc récemment publié par la fondation américaine Carnegie*. Et cest le bon sens même.
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Les mesures nécessaires pour instaurer la démocratie ? On les connaît par cur : réformer la Constitution pour réduire les pouvoirs de la monarchie (aujourdhui absolus) et permettre au gouvernement de gérer réellement le pays (une tâche dévolue jusquà présent aux hommes du roi). Voilà pour la théorie. Mais dès quon cherche à passer à la pratique, une vieille problématique ressurgit : faut-il donner le pouvoir, le vrai, à une classe politique qui na jamais rien prouvé ? Pire encore, à une classe politique dont le moteur principal est laccumulation des privilèges, au prix de lallégeance la plus servile ?
Oui, les Marocains ont besoin de vivre en démocratie. Mais ils ont un besoin plus urgent de programmes dalphabétisation, de réseaux délectricité et deau potable, de routes goudronnées, etc. Et sur ce plan là il faut une sacrée dose de mauvaise foi pour le nier les hommes du roi sont infiniment plus efficaces que les hommes politiques. On peut penser ce quon veut de lINDH et de tous ces chantiers structurants que Mohammed VI ne cesse dinaugurer, mais le fait est là : ce pays bouge grâce aux hommes du roi ; et les hommes politiques, à quelques rares exceptions près, sont hors-jeu. Ralentir le mouvement au nom dune démocratie qui porterait des gens inefficaces au pouvoir serait un bien mauvais calcul. Mais renoncer à la démocratie au nom de la nécessité technocratique ne serait pas une bonne chose non plus.
Partant de ce double constat, qui nommer premier ministre, après les élections de 2007 ? Le chef du parti majoritaire ? Il ny en aura pas. Vu lémiettement du champ politique marocain, le prochain gouvernement sera forcément une coalition. Mohammed VI a le pouvoir de favoriser la coalition de son choix, et il ne sen privera pas. Le prochain premier ministre pourra donc être nimporte quel chef de parti
ou encore un technocrate ! Dans le second cas, le Maroc gagnerait en efficacité, mais perdrait en démocratie. Dans le premier, ce serait linverse. Comment sortir de cette impasse ?
Il y a peut-être un moyen, qui constituerait le fameux processus politique préconisé par la fondation Carnegie : le roi pourrait nommer un premier ministre technocrate, mais qui serait chargé de former (avec soin) un gouvernement intégralement partisan - auquel il confierait lexécution de toute laction publique, la vraie, celle qui relève aujourdhui du cabinet royal et de sa périphérie. Un premier ministre du roi, mais qui serait, pour la première fois depuis lindépendance, un homme fort. Dune certaine manière, un premier ministre qui aurait la même marge de manuvre que Driss Basri, naguère abus sécuritaires en moins.
Un tel dispositif renforcerait formidablement loutil-gouvernement. Il permettrait au Maroc de passer, enfin, du régime de monarchie exécutive à celui de gouvernement exécutif. Les rouages de lEtat auront alors cinq ans pour se reconfigurer autour de cette nouvelle donne. Et en 2012, soit aux élections suivantes, la situation sera enfin mûre pour que les partis politiques (qui auront eu cinq ans pour sexercer à la pratique réelle du pouvoir) reprennent pleinement le flambeau, réforme constitutionnelle en prime. Lintervalle 2007-2012 serait, en quelque sorte, une législature tampon qui préparerait le royaume à la démocratie, sans renoncer au rythme actuel de développement.
Mais pour que cette idée fonctionne, il faut un préalable essentiel : que Mohammed VI joue le jeu. Quil délègue vraiment le pouvoir au futur gouvernement. Et quil soit prêt à le céder totalement en 2012, soit après 13 ans de règne. Un parcours à la fois sage et éclairé, qui lui vaudrait une place dhonneur dans les livres dHistoire.
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