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Par Hicham Smyej
Coût de la vie. Cherche manifestants désespérément
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Manifestation contre les
récentes augmentations,
à Casablanca, le 1er octobre
(AFP)
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Le royaume vit à l'heure de la protestation populaire contre la hausse du coût de la vie. Mais les (rares) manifestations de rue qui ont gagné plusieurs villes du royaume n'ont qu'une portée très limitée. étrange
La rentrée s'est accompagnée d'une jolie flambée des prix, qui a concerné pratiquement tous les produits de base : du lait au transport, en passant par l'eau et l'électricité. Le pire, commente cet homme qui a pris part à plusieurs manifestations et réunions dites de coordination, ces hausses ont coïncidé avec la rentrée scolaire et le mois de |
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-ramadan, deux périodes particulièrement budgétivores pour le Marocain moyen. Largement relayée par les médias, l'exaspération du citoyen lambda a trouvé preneur auprès dun front de protestation qui se propose de jouer au porte-voix auprès du gouvernement.
Un front, baptisé Coordination de lutte contre la hausse des prix, est ainsi né d'une initiative de l'AMDH. Géré par les sections régionales de l'association, le mouvement est un pot-pourri d'ONG (AMDH donc, CMDH, Attac Maroc, associations locales
), de partis politiques de gauche (PSU, PADS, Annahj Addimocrati..) et de syndicats dun poids inégal (UMT et ODT). D'autres organisations, dont le CNI de Noubir Amaoui, et le PPS, ont pris le train en marche.
Objectif : interpeller le gouvernement au sujet de la hausse des prix et lui soumettre lettres de protestation et autres pétitions. L'ensemble est assorti de revendications plus ou moins fantaisistes, allant de l'annulation des hausses
à l'instauration d'un impôt sur la fortune !
Porté sur les fonts baptismaux par un premier sit-in à Rabat, le collectif a ensuite organisé des actions similaires à Casablanca et Fès. Mais dans les trois cas, l'assistance a été plutôt clairsemée, même si des organisateurs parlent, sans conviction, de centaines de manifestants.
Même le PJD n'est pas là
L'opération n'a pas plus attiré les cadors de la classe politique. On comprend que des représentants des partis du gouvernement (en dehors de quelques militants du PPS) se soient abstenus de vilipender les leurs. Mais on comprend moins que le PJD, pourtant toujours prompt à surfer sur la vague, n'ait pas été de la petite fête. Nous avons envoyé l'appel à toutes les formations, sans exclure personne. Mais nous n'allions quand même pas les supplier d'être des nôtres, commente Ali Kaïtouni, membre de l'AMDH.
Idem en ce qui concerne les syndicats : les poids lourds que sont la CDT, l'UGTM et la FDT ont répondu également absent, alors que l'UMT se contentait d'une présence de second plan.
En tout cas, on est à mille lieues des manifestations monstres organisées pour soutenir la cause palestinienne ou protester contre la guerre en Irak ou au Liban. Les Marocains, comme leurs classes politique et syndicale, seraient-ils moins intéressés par des problèmes terre-à-terre, que par des causes transcendantes, même quand celles-ci se situent à des milliers de kilomètres ? C'est surtout un problème de communication et de timing : il est parfois difficile de mobiliser les gens après le ftour, argumente Ali Kaïtouni, qui poursuit : c'est aussi une question de sensibilisation. Les Marocains sont interpellés par les problèmes du Proche-Orient depuis une cinquantaine d'années.
D'autres chats à fouetter
C'est bien connu : pour mobiliser les masses, il faudrait déjà en avoir la ferme volonté. Dans les années soixante-dix, il était question d'un projet alternatif, où l'idée de délégitimation du pouvoir central était très présente. Aujourd'hui, nous sommes dans un contexte proche du consensus, où les acteurs politiques préfèrent ne pas s'inscrire dans une logique d'affrontement, note Fouad Abdelmoumni, dirigeant de l'AMDH.
En clair, à une année des élections législatives, les grands partis politiques n'ont pas trop envie de croiser le fer avec le Palais sur le plan social, bien que la conjoncture sociale s'y prête.
Même mot d'ordre du côté des centrales syndicales. Avec la reprise du dialogue social, leurs dirigeants ont manifestement d'autres chats à fouetter. Le gouvernement a été très intelligent sur ce coup-là. En relançant le dialogue social juste après les hausses de prix, il désamorce d'emblée toute possibilité de contestation, fait remarquer Ali Kaïtouni. C'est classique : le bâton pour le peuple, la carotte pour les élites. Espérons juste que nos syndicalistes seront suffisamment vigilants, ajoute-t-il.
Précaution inutile, puisque la hausse des prix n'est même pas à l'ordre du jour des rencontres avec le premier ministre. Et lorsque Noubir Amaoui himself déclare comprendre les contraintes à propos des hausses de prix, la messe est dite.
Mais quand bien même le sémillant secrétaire général de la CDT ne comprendrait pas les contraintes, avait-il vraiment la capacité de faire descendre les foules dans la rue ? Rien n'est moins sûr. Il y avait une plus grande confiance dans les acteurs politiques et syndicaux, qui sont les leviers d'action des masses. Ceux d'aujourd'hui n'ont ni la même légitimité, ni la même capacité de mobilisation, analyse Fouad Abdelmoumni.
La tiédeur du public peut aussi s'expliquer par l'idéologie dominante. À l'époque, on croyait que la gestion des prix et la répartition des richesses émanaient directement d'une décision politique, note encore notre interlocuteur. Aujourd'hui, nul besoin d'être expert en économie pour comprendre que, dans les hausses de prix qui viennent d'intervenir, bien peu étaient contrôlables par le gouvernement. Et le discours de ce dernier, qui consiste à dire : Nous faisons ce que nous pouvons, mais nous ne pouvons pas plus que ce que nous faisons est désormais bien assimilé par les acteurs politiques.
Le thème de la hausse des prix, jadis cheval de bataille ultra-mobilisateur, ne fait visiblement plus recette. Même chez les organisateurs de ces manifestations, certains ne se font guère d'illusions sur l'efficacité de leur entreprise. Mais il faut bien jouer le jeu de la démocratie, conclut ce militant de l'AMDH. |
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Émeutes du pain.
Souvenez-vous de juin 81
Les émeutes du 20 juin 1981 à Casablanca, plus connues sous l'appellation émeutes du pain, sont le fruit d'un contexte explosif. Sur le plan économique, le choc pétrolier de 1979 s'accompagne de la chute des cours du phosphate. Au poids de l'endettement et de l'inflation, s'ajoutent les dépenses d'une guerre coûteuse au Sahara et les conséquences de la sécheresse. En mal de liquidités, l'État procède, sous la pression du FMI, à une augmentation brutale du prix des produits de base. La situation politique est également tendue. Sorti bredouille des élections législatives manipulées de 1979, l'USFP veut reprendre la main. Avec la CDT, il dispose désormais d'un solide relais de contestation, qu'il n'hésitera pas à utiliser.
Début juin, le gouvernement de Maâti Bouabid tente de calmer les ardeurs de la centrale syndicale en minorant les hausses de 50%, mais c'est déjà trop tard. La CDT réclame une annulation pure et simple des hausses et appelle, dans la foulée, à une grève générale le 20 juin. La grève est lancée. Les manifestations, qui commencent dans le calme, dégénèrent très vite en actes de violence et de vandalisme. La réaction du ministère de l'Intérieur est immédiate : plusieurs corps d'armée investissent les rues casablancaises, avec l'ordre de tirer à balles réelles. On dénombre plus de 200 victimes, enterrées à la hâte dans des fosses communes, pendant que les médias officiels ne mentionnent que quelques dizaines de victimes. Quant aux hausses de prix, elles ont finalement été annulées
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