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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari

Diplomatie. Histoires autour d’une circulaire

Taib Fassi Fihri, ministre
délégué aux Affaires Etrangères.
(AFP)

Le ministère des Affaires étrangères dit stop aux aides fournies par les chancelleries occidentales à la société civile marocaine. Retour sur une décision dont les motivations et les conséquences feront couler beaucoup d'encre.


En recevant pour un ftour quelques figures les plus en vue des milieux associatifs marocains, le 20 septembre, dans sa résidence d'Anfa (Casablanca), le consul américain était-il hors-la-loi ? Si l'on s'en tient à la circulaire adressée, il y a un mois de cela, aux chancelleries occidentales, il aurait dû en référer au ministère des Affaires
étrangères. Destinée essentiellement aux ambassades occidentales, la circulaire du département de Mohamed Benaïssa et Taib Fassi Fihri rappelait aux diplomates en poste que le travail diplomatique était soumis à certaines réserves en ce qui concerne les rapports avec la société civile locale. Dans cette correspondance, le ministère des AE qui revenait notamment sur le soutien financier étranger aux ONG, conseillait aux chancelleries de limiter leurs financements aux associations qui sont reconnues d'utilité publique.

La peur de l'ingérence
Pourquoi cette frilosité subite de notre diplomatie vis-à-vis de l'“interventionnisme occidental ? Du côté des AE, pour expliquer cette initiative, on ne veut pas trop s'étaler sur le sujet mais on se contente néanmoins d'invoquer la légalité puisque “la loi impose des restrictions au financement ainsi qu'aux activités des ONG”. “Il ne faut pas perdre de vue que ces financements apportent, certes, une aide financière et logistique précieuse, mais ils déterminent forcément la ligne à suivre et interviennent dans la vie politique selon l'orientation politique et les intérêts économiques des bailleurs de fonds”, ajoute notre source. Dans les milieux associatifs, cette réaction peut s'expliquer par la sonnette d'alarme tirée à plusieurs reprises par les associations proches du Makhzen (dont celles qui avaient été créées à l'époque Basri et qui agonisent depuis) qui ont vu leurs finances s'émousser depuis que les chancelleries occidentales refusent de leur octroyer des fonds en raison de leur réelle perte de crédibilité et d'audience. “En imposant aux bailleurs de fonds étrangers de composer uniquement avec les associations d'utilité publique, on met forcément les ONG proches du pouvoir en avant au détriment des petites associations locales qui, elles, n'ont pas le soutien politique pour décrocher la fameuse appellation d'utilité publique”, précise ce militant associatif. Ajoutons à cela que le prosélytisme politique de certaines ambassades et ONG occidentales semble être trop en avance sur les débats agréés au Maroc. A titre d'exemple, l'examen de quelques activités de la fondation Friedrich Ebert -Maroc pour l'année 2006 montre que les thèmes choisis (le bilan de l'IER, les monarchies dans le monde, les valeurs religieuses au Maroc, etc) ne sont pas toujours du goût des officiels marocains.

Qu'en dit la société civile ?
Ceci dit, si interventionnisme américain il y a, il ne dérangerait pas seulement les instances officielles. Même au sein de la société civile, de nombreuses voix s'élèvent régulièrement pour exiger un droit de regard sur ce que font les chancelleries occidentales au Maroc. La dernière réaction en date remonte au printemps dernier. à l'époque, les Américains avaient annoncé en grande pompe un vaste programme de soutien à la presse indépendante. Quelque cinq millions de dollars de subventions. L'ambassade américaine a été particulièrement surprise par la violence de la réaction. Le syndicat de la presse était monté au front pour rappeler que, non seulement il ne cautionnerait pas l'opération, mais qu'il appelait tous les médias à boycotter l'initiative américaine.

Boudés par les médias nationaux, les Américains se sont rabattus sur la presse régionale. “Nous avons eu vent de la demande de financement de la part de certains médias régionaux déposée auprès de l'ambassade américaine mais ce qui nous intéresse aujourd'hui, c'est de rester à l'écoute de la société civile qui s'est clairement prononcée pour boycotter des subventions américaines déboursées pour faire passer la pilule irakienne. Nous sommes engagés avec d'autres ONG comme l'AMDH sur la nécessité de continuer à faire campagne pour constituer un front uni face à ce qui n'est ni plus ni moins que de la propagande” précise Younes Moujahid, le secrétaire général du syndicat de la presse (SNPM).

“Qui paie le musicien, choisit le morceau” dit l'adage. Kamal Lahbib, le SG du Forum des Alternatives marocaines, qui pense que l'argent déboursé par les Américains a un drôle de goût, a un jugement beaucoup moins tranché. “Dès que la guerre contre l'Irak a été déclenchée, nous avions lancé un boycott des financements américains. Ceci dit, aujourd'hui, le débat a néanmoins évolué, il ne s'agit pas de mettre dans le même sac le gouvernement américain et les ONG également américaines qui, pour leur part, font un travail extraordinaire au Maroc, pour faire évoluer la société. On ne peut pas rejeter en même temps les financements occultes orchestrés par l'Etat américain et le coup de pouce salutaire de la société civile de l'oncle Sam”.

Du côté américain, on ne veut pas trop commenter l'initiative du ministère des Affaires étrangères marocain, alors que les ONG qui opèrent dans les zones les plus reculées s'inquiètent “de cette fièvre qui risque de leur faire perdre une manne incontournable”, comme le fait remarquer le président d'une association à Ouarzazate, qui estime que, face à l'urgence, il ne peut se permettre le luxe de s'interroger sur les objectifs réels de ces millions de dollars qui inondent les régions les plus pauvres et les plus reculées du pays.

Mais la question de cerner les objectifs des aides européennes, et plus encore américaines, reste posée. Il y a de quoi quand on sait que, pour le pays de l'oncle Sam par exemple, une partie des aides provient de la respectable National Endowment for Democracy (NED), une fondation quasi gouvernementale par laquelle transitent des fonds gouvernementaux à destination d'ONG telles que le National Democratic Institute for International Affairs (NDI), la International Foundation for Electoral Systems (IFES) et la Freedom House, lesquels alimentent abondamment des ONG étrangères partout dans le monde. Difficile, dans ces conditions, d'ignorer que les aides américaines reflètent aussi, quelque part et ne serait-ce qu'en partie, la politique officielle de Washington.

 
 
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