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N° 243
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Chadwane Bensalmia

Portraits. Graines de cinéastes

Brahim Chkiri (DR)

Ils sont jeunes, ils sont cinéastes et la plupart signent leur premier long-métrage. Ce sont les enfants de la Film Industry.


Réaliser son premier long-métrage en deux semaines est une chose. Le réussir en est une autre. Voici l'ahurissant défi que se sont lancés les réalisateurs de la Film Industry. A la villa Makro à Agadir, ils étaient une douzaine à travailler six jours sur sept et 14 heures par jour, pour tenir ce pari. Jusqu'à aujourd'hui, les deux tiers des 30 films prévus par ce projet atypique sont dans la boîte et quelques uns d'ores et déjà sur le marché. Et au fil des projections, une demi-douzaine de noms semble se dégager. Galerie de portraits de six graines de cinéastes.

Hicham Lasri. Le majeur de la promo
Boulimique, voilà un qualificatif qui collerait bien à Hicham Lasri. En six années de métier, le jeune a pas mal roulé sa bosse dans le milieu. En chiffres, cela donne cinq courts, quelques scénarios de long-métrages (entre autres Rahma de Omar Chraïbi) et une pièce de théâtre qui lui a valu, en 2005, le Premier prix de l'Union des écrivains du Maroc…
Dans ses tiroirs, un fouillis d'idées et de projets plus ou moins aboutis, dont certains attendent de voir le jour. Dans le lot, on citera un long-métrage de Nabyl Ayouch La légende d'Arhaz et un deuxième de Lahcen Zinoun La vie et les deux Morts de Oud Ward. Le pourquoi de cette “obsession de l'écriture” ? Un autre trait de caractère : la claustrophobie. Lasri a une sainte horreur de l'enfermement, dans son quotidien comme dans son métier. Alors, il papillonne, expérimente et presse son imagination jusqu'à la limite du surréalisme. Résultat, on aime (Ali j'nah Freestyle) ou on déteste (Lunatika), mais on reconnaît la touche. De ses contributions à la Film Indutry, L'os de fer vaut le détour. L'histoire d'une bande de copains qui doivent rassembler “l'énorme” somme de 100 DH pour payer la carte d'abonnement du bus à leur ami muet. En désespoir de cause, ils braquent… un receveur de bus.

Brahim Chkiri. La fourmi travailleuse
La cheville ouvrière de la Film Industry, c'est lui. Depuis le lancement de la production, Brahim aura, à lui seul, réalisé neuf des 30 longs-métrages prévus. Entre la comédie déjantée (Wash), le fantastique (Tiwerga), l'action (le Magistrat), le film historique (Sidi Mohamed Ouali) et la romance (Tihal), Brahim Chkiri s'est pratiquement offert le tour du cinéma de genre, avec un plaisir évident. Avec son cinéma très lisible et franchement populaire, c'est le réalisateur le plus proche du concept de la Film Industry. Et pour cause, Chkiri est le seul de sa promotion à avoir pris part à d'autres déclinaisons de la Film Industry, entre autres en Malaisie, au Pakistan et en Turquie. Et avant de signer pour le projet de Ayouch, l'homme comptait déjà sept longs-métrages à son actif. C'est dire que la technique, Brahim connaît. Lui qui, d'après ses confrères, voit son métier de manière assez prosaïque : s'assurer que le scénario est limpide, que l'image est esthétique et que le divertissement est de qualité. Que demande le peuple ?

Yassine Fennane. Le cinéphile assumé
“C’est un vrai cinéphile. Le genre avec lequel on peut discuter une heure d'un film japonais sorti il y a vingt ans et dont le réalisateur a disparu de la circulation depuis”. L'hommage est de Hicham Lasri, qui a d'ailleurs signé le scénario de Aller/retour en enfer, un des trois longs-métrages réalisés par Yassine Fennane, dans le cadre de la Film Industry. Scénariste de formation, celui que les copains surnomment désormais “l'Artiste” fait partie des happy few que Ali'n Production a pris sous son aile depuis un moment. Yassine s'était alors fait remarquer avec Trust Fighter, son cinquième court-métrage, produit dans le cadre du concours Ali'n/ Fondation ONA. Pas étonnant donc que la Film Industry lui ait confié la direction de trois longs-métrages : Aller/retour en enfer, Le Brave et Agadir Underground. Soit suffisamment de pellicule pour dégager une identité au jeune réalisateur. Verdict ? Elle est urbaine, freestyle, avec un petit côté bloody movie. Le monde est fait de bons et de méchants. Et chacun y a sa place.

Younes Reggab. Au nom du père ?
Il y a quelques années, il avait décidé de prendre du recul avec le grand écran, de s'interdire les salles obscures. Objectif : être “vierge” une fois derrière la caméra. “Au bout d'un siècle de cinéma, il n'y a plus rien à inventer, plus rien à créer. Il y a trop de clichés, de déjà-vu et d'influences, américaines surtout”. En tout cas, le benjamin de la promo sait ce qu'il veut : “faire son cinéma à lui”. Un cinéma personnel, qui portera sur l'écran le nom de Fanida ou comment une jeune fille ordinaire va se transformer en tueuse en série. Technicien de métier, Reggab passe donc pour la première fois derrière la caméra. Un baptême de feu d'autant plus attendu que le jeune porte un nom lourd de symboliques. Sera-t-il le digne héritier du grand Mohamed Reggab ? “Je n'aurais jamais cette prétention. Je n'ai ni sa culture, ni son talent, et je n'ai pas eu le temps d'apprendre de lui. J'avais 15 ans quand il est mort”.

Ali El Mejboud. Des influences plein la caméra
Introduit dans la famille de la Film Industry par Yassine Fennane, il a la tête sur les épaules et un grand souci de l'histoire, avec un petit h. “Un bon film, c'est d'abord une bonne histoire à raconter”, vous dira-t-il. Ce qui explique sans doute le choix de son scénario, La Vague Blanche, une idée qu'il garde au chaud depuis les années 90. Vous souvenez-vous de cette cargaison de cocaïne échouée sur les côtes casablancaises ? Lui non plus il ne l'a pas oubliée et voilà qu'il en fait la trame de son premier long-métrage. Pour le reste, Ali avoue que sa caméra sent un peu trop l'influence Scorsese, Kubrick et autre Tarantino, excusez du peu ! “Je sais qu'on nous attend au tournant. Et je sais que mon film sera un enchaînement de clins d'œil à tous les réalisateurs qui m'ont marqué. Mais j'ai l'excuse du premier long” confesse-t-il. Il n'empêche que pour un premier, Ali Mejboud savait exactement ce qu'il voulait et a fini par l'avoir. Le scénario, le casting, quelques moyens… et suffisamment de foi pour croire qu'en douze jours de tournage, il réussira à faire de sa vague blanche un bel objet. C'est tout le mal qu'on lui souhaite.

Hicham Ayouch. Le néophyte inattendu
C’est un peu l'Ovni de cette première promotion de la Film Industry. Avant de commettre Les arêtes du cœur, Hicham Ayouch n'était que le petit frère de Nabyl. Depuis, les choses ont évolué. Ce néophyte a en effet réussi à décrocher une projection dans la section “Regards sur les cinémas du monde” du Festival des Films du Monde de Montréal. Mieux encore, le film part dans quelques semaines concourir au Festival du cinéma Méditerranéen de Montpellier. Pourtant, Hicham Ayouch est le seul profane de sa promotion. Aucune formation cinéma et une expérience qui se résume à quelques films institutionnels, autres pubs et un unique court-métrage, Bombllywood.

Son secret ? Il faudra attendre la sortie marocaine de son film, début 2007, pour le percer. Un petit indice quand même : son premier scénario de long-métrage, Samba di Maâzouz, toujours dans les tiroirs d'Ali'n Production, raconte l'histoire d'un villageois fasciné par les Telenovelas brésiliennes...

 
 
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