Sahara. Le Maroc au pied du mur
Portrait. Madame la gouverneure
Interview Mahjoub Salek : "Le Maroc n'a rien compris au Sahara"
Partis. Objectif : jeunes
Météo. Les maîtres du temps
Humeur. Pourquoi je n'aime pas le Ramadan
Reportage. Nos (lointains) cousins roumains
Moyen-Orient. Explosion de violence en Palestine
France. Le Pen n'est pas mort
Reportage. Un marché de gros... enjeux
Portraits. Graines de cinéastes
Graffeurs. Faites le mur, pas la guerre !
N° 243
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Abdellatif El Azizi

Partis. Objectif : jeunes

Ismaïl Alaoui, le Secrétaire
général du PPS, en compagnie
de jeunes militants, lors de la
“cérémonie politique et artistique” organisée par le parti.
(AL BAYANE)

Soirées festives, activités parallèles, opérations “portes ouvertes”… les partis politiques multiplient les manœuvres de séduction pour appâter le “jeune militant”. Avec une efficacité toute relative.


La caméra zoome sur Ismaïl Alaoui. Entouré de quelques jeunes, l'austère leader socialiste danse sans retenue, au son d'un rythme endiablé. Et c'est peu dire que l'image a quelque chose d'inhabituel. C'était le samedi 30 septembre dernier, à l'occasion d'une “cérémonie politique et artistique”, organisée par le Parti du Progrès et du
Socialisme (PPS) à Rabat. Officiellement, cette soirée a été lancée “pour améliorer la communication entre les citoyens, notamment les jeunes, et le parti”. Plus prosaïquement, l'initiative est à mettre à l'actif de cette frénésie préélectorale, qui vise essentiellement à attirer les jeunes vers un parti qui a perdu sa juvénilité depuis bien longtemps. “On a eu droit à la totale. Ismaïl Alaoui nous a parlé en long et en large de grandes questions politiques, d'éducation, d'emploi, de perspectives d'avenir…”, précise cet étudiant en journalisme, invité à la fameuse soirée.

Quelques jours auparavant, c'était l'USFP qui avait ouvert le bal avec sa fameuse “Initiative d'ouverture”. Une opération largement médiatisée qui visait essentiellement à recruter dans les milieux des jeunes, quitte à revoir de fond en comble les modalités d'adhésion. Les encarts publiés à la Une des deux organes de presse écrite du parti appellaient ainsi les (jeunes) Marocains “à rejoindre ses rangs en toute liberté”. Et pour aguicher la jeunesse, le parti d'Elyazghi a concocté tout un chapitre concernant les jeunes dans son programme électoral, dont l'intitulé laisse rêveur : “concevoir et adopter un programme urgent pour résoudre le problème du chômage des jeunes et en particulier les diplômés d'entre eux”.

D'ailleurs, une commission autonome pilotée par Mohamed Achâari, membre du bureau politique et ministre de la Culture, s'occupe aujourd'hui du recrutement tous azimuts. Pour l'instant, le parti reste muet sur le nombre d'adhérents cooptés à la suite de cette opération. Mais, dans tous les cas, c'est bien la première fois de son histoire que l'USFP se lance dans une opération de séduction aussi directe. Ce qui n'empêche pas les autres structures du parti (de la Chabiba aux cellules, en passant par les sections et les secrétariats) de ratisser large pour enrôler la future élite du parti. “Nous sommes mobilisés pour ramener le maximum de jeunes au sein de l'USFP et nous bénéficions d'une véritable marge de manœuvre pour y arriver” précise un cadre du parti.

L'Istiqlal et le PJD aussi
Même son de cloche, à quelques nuances près, chez l'Istiqlal. Là aussi, le mot d'ordre est clair : rallier le maximum de jeunes, de préférence dans la catégorie des “cadres”. Mais, fidèle à son image, le parti opte pour une stratégie d'enrôlement plus élitiste, où les connexions familiales, claniques et régionales ont été réactivées et largement mises à contribution. “Il est clair que nous ne ferons pas dans le recrutement direct. Ce n'est pas notre style. Mais nous sommes conscients que nous ne pouvons pas laisser les autres partis mener leur campagne de séduction sans réagir”, explique ce cadre du parti de Abbas El Fassi.

Du côté du PJD, la cause est entendue depuis belle lurette. C'est quasiment écrit noir sur blanc, dans le plan d'action 2005/2008 du parti de Saâdedine El Othmani, qui institue le recrutement et l'encadrement des jeunes comme une priorité absolue.

Les futurs militants sont ainsi repérés à la fac, lors des réunions et des activités parallèles du parti, avant de se familiariser avec l'action politique dans les différentes structures partisanes. Le recrutement se fait essentiellement dans le milieu urbain, avec une préférence réelle pour l'électorat traditionnellement acquis aux partis de gauche : cadres supérieurs, ingénieurs et autres médecins.

“La moyenne d'âge des militants du PJD est inférieure à quarante ans et nous ne nous cachons pas pour recruter le maximum de jeunes”, explique ainsi le secrétaire général de la jeunesse du parti, Abdelaziz Rebbah. “Nous sommes fortement attachés à élargir la sphère de sympathie pour notre formation au sein de la jeunesse marocaine. Avant les élections de 2007, nous comptons d'ailleurs lancer une vaste campagne de sensibilisation pour amener les jeunes à s'inscrire sur les listes électorales”, confirme Rebbah, visiblement sûr de son fait.

Mais le “jeunisme” ne concerne pas uniquement les grands partis. Ainsi, même le Parti Travailliste de Abdelkrim Benatik n'a pas échappé à la fièvre. La formation politique, qui a vu le jour le 12 mai dernier, a ainsi démarré sa campagne de recrutement avec une cible bien définie : les jeunes, issus encore une fois d'une catégorie socio-professionnelle spécifique (cadres, professions libérales…).

La bénédiction de l'Etat
Finalement, séduire la jeunesse, quoi de plus naturel pour un parti politique ? Sauf que les motivations de cette fièvre préélectorale sont loin d'être aussi innocentes qu'on le penserait. A en croire le chercheur Mohamed Darif, “c'est bien sous la pression de la nouvelle loi sur les partis que la plupart des formations politiques se sont décidées à solliciter plus de jeunesse dans leurs rangs”. En effet, l'article 3 de la nouvelle loi impose aux partis non seulement la démocratisation de leurs instances dirigeantes, mais il stipule en outre que les cadres doivent se prévaloir d'un profil de gestionnaire. “Pour les partis, il s'agit d'atteindre trois objectifs majeurs : recruter de jeunes cadres capables de relever le défi de la ministrabilité, amener les jeunes à voter et, enfin, couper l'herbe sous les pieds d'un PJD qui continue à séduire largement au sein de la jeunesse”, rappelle le politologue.

Du côté du ministère de l'intérieur, on suit avec beaucoup d'intérêt cette “jeunesse-mania” partisane. Non seulement, on surveille la chose de près mais, surtout, on encourage le mouvement. Pour Darif, “on voit les partis se trémousser pour gagner plus de jeunes à leur cause. Mais on observe également des acteurs adoubés par le Pouvoir, comme 2007 Daba, tenter de mobiliser les jeunes pour participer massivement aux élections législatives de 2007”. Dans son programme “électoral”, l'association fondée par Noureddine Ayouch a justement créé trois commissions, dont la plus importante sera mobilisée pour sensibiliser les jeunes à s'engager politiquement.

Mais soirées dansantes, opérations “portes ouvertes” et autres caravanes de sensibilisation suffiront-elles à redorer le blason de la politique auprès des jeunes ? Rien n'est moins sûr. “Les partis politiques font la danse du ventre devant les jeunes à chaque échéance électorale. J'ai l'impression qu'ils nous prennent pour des amnésiques”, s'indigne un jeune lycéen de 18 ans, particulièrement actif dans une association de quartier, à Casablanca. Manifestement, les partis ont du pain sur la planche.



Sondage. Le “bof” des jeunes

Que pensent les jeunes de la politique et de l'action des partis en particulier ? A cette question qui hante les esprits partisans à l'approche des législatives 2007, la réponse des jeunes pourrait se résumer à un “bof” généralisé. En effet, les chiffres publiés par le rapport du cinquantenaire sont sans appel : même chez les jeunes les plus instruits, le désintérêt pour la politique est patent. Ainsi, entre 68 et 81% des 16 - 25 ans déclarent ne pas s'intéresser à la politique et une majorité dit “ne pas avoir confiance en la politique”. Conséquence logique, la volonté de participer aux élections est en perte de vitesse, l'incapacité de juger réellement “la démocratie marocaine” devient manifeste (38% l'expriment ouvertement) et la perte de confiance en l'avenir du Maroc est toujours aussi tenace (48% chez les jeunes).

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés