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N° 243
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Mehdi Sekkouri Alaoui

Météo. Les maîtres du temps

Mohammed Bellaouchi fut
parmi les derniers météorologues
à jouer aux présentateurs télé.
(DR)

Vous consommez chaque jour son travail, sans y accorder trop d'attention. Plongée dans le passé et le présent de Maroc Météo, un organisme qui souffle le chaud et le froid, depuis 45 ans.


Casablanca, Direction de la météorologie nationale. En redécouvrant les lieux, Houcine, météorologue à la retraite, reconnaît à peine les bureaux où il officiait il y a encore une petite dizaine d'années. Le bâtiment imposant s'étale aujourd'hui sur près de deux hectares, accueille des calculateurs à la pointe de la technologie (les plus puissants d'Afrique et du Monde arabe) sur lesquels s'affairent des
scientifiques formés aux quatre coins du monde… “On est loin du temps où tout se faisait à la main. à l'époque, notre premier outil de travail était… un crayon”. Nostalgique, Si Houcine ? “Pas du tout. Qui dit nostalgie dit regrets. Je serais plutôt envieux des météorologues d'aujourd'hui, avec toutes ces nouvelles technologies”, répond-il en scrutant d'un regard curieux les autres salles.

Première escale : la salle des prévisions. Figés devant leurs écrans, une dizaine d'ingénieurs sont à l'affût da la moindre variation des facteurs climatiques (température, vent, houle…), qu'ils surveillent grâce aux données envoyées à partir de stations relais réparties dans le royaume. En tout, elles sont 44 stations nationales, dirigées par des météorologues, et un peu plus de 500 stations secondaires, tenues par des membres de la protection civile, des gardes forestiers ou tout simplement des bénévoles formés au métier.

Ceci sans oublier les milliers de stations dispatchées un peu partout dans le monde. Car, comme la plupart des pays, le Maroc partage ses données météorologiques avec d'autres et vice-versa. “On ne peut plus parler de 'météo nationale'. Il n'y a qu'une seule météo commune à toute la planète”, explique Mohamed Bellaouchi, responsable de la communication chez Maroc Météo. Nos météorologues ont d'ailleurs également accès aux données collectées par l'unique satellite marocain, géré par la gendarmerie, qui a fait couler tant d'encre, “On y a accès le plus normalement du monde. Quant à ce que les gendarmes en font à côté, ça ne nous concerne en rien”, poursuit-il.

Les informations recueillies dans cette salle sont bien évidemment destinées au grand public, à travers les médias, mais aussi à un marché de professionnels. Ce dernier comprend des entreprises des secteurs aéronautique, naval et agricole, des organisateurs d'événements... et bien sûr l'Armée. Il existe même une cellule VIP, chargée de répondre aux requêtes du Palais royal, du gouvernement, des ambassades ou encore des producteurs de cinéma. “Ils nous contactent lors des préparatifs d'un déplacement, l'organisation d'une visite officielle, d'une fête nationale ou le tournage d'un film”, explique une technicienne.

La météo ? Une vieille histoire
Si le service de la météorologie nationale a vu le jour au lendemain de l'indépendance, en 1961, les premiers balbutiements de cette science au Maroc remontent à la fin du 19ème siècle. Plus exactement à 1896, lorsque le Consulat d'Allemagne de l'époque effectuait des mesures à partir de la ville d'Essaouira. “On peut d'ailleurs se réjouir d'être l'un des rares pays à détenir des archives aussi riches. Elles nous permettent aussi d'étudier plus en profondeur l'évolution de notre climat”, affirme Mohamed Bellaouchi.

Mais si la météo a connu un tel développement, c'est d'abord grâce à la volonté royale de Hassan II. Conscient de l'importance d'un département de météorologie dans un pays étroitement dépendant de ses conditions climatiques, le défunt souverain avait toujours vu les choses en grand. Ne décrétait-il pas, au début des années quatre-vingt-dix, que la météo marocaine devait se hisser au troisième rang mondial, après ses homologues aux Etats-Unis et en Australie ? Rien que ça !

Mais le roi voulait aussi une météo performante pour des raisons plus terre-à-terre. La légende rapporte que Hassan II était passionné de tout ce qui touchait au ciel et aux astres… Et qu'il avait horreur de prendre l'avion ou le bateau dans de mauvaises conditions climatiques. à tel point, raconte-t-on, qu'il lui arrivait de composer le numéro de la météo lui-même.

La télé, vitrine de la météo
Mais pour le commun des mortels, la météo, ce sont surtout les bulletins quotidiens sur petit écran. La télévision, voici la véritable vitrine de la météo. Et à ce niveau aussi, les choses ont beaucoup évolué. On est bien loin de l'époque où les températures étaient annoncées d'un air martial par de vrais météorologues moustachus, certes aux connaissances techniques illimités, mais au charisme très incertain.

Le tournant aura lieu en 1986. La direction de la TVM décide de changer de cap et de moderniser ses programmes et lance le fameux slogan “la Télé bouge”. La météo ne fera pas exception à ce mouvement réformateur, bien au contraire. “Alors que nous présentions à l'époque en costume cravate, on nous a clairement signifié qu'un changement de look s'imposait. On nous a demandé explicitement de bannir la cravate et d'adopter une tenue plus négligée”, se souvient Bellaouchi, qui fut également présentateur durant les années quatre-vingt.

Mais Dar El Brihi voulait plus que des météorologues décontractés. Elle voulait de vrais animateurs, option comique si possible. “Pour notre hiérarchie, il était hors de question que nous fassions les clowns à la télé”, se rappelle Bellaouchi. La TVM se rabattra alors sur de vrais comédiens, qui bouteront définitivement les météorologues hors de la scène cathodique.

Cette nouvelle génération connaîtra son âge d'or avec les inénarrables pitreries d'un certain Aziz El Fadili, qui sera le premier (et malheureusement le seul jusqu'à aujourd'hui) à faire de la météo marocaine un spectacle regardable.

Depuis, le style de la rubrique est rentré dans le rang, comme son taux d'audience sur les deux chaînes hertziennes. “C'est simplement un problème de communication. Nos présentateurs ne parlent pas le même langage que leurs téléspectateurs. Pour que ces derniers tendent l'oreille, il est urgent de vulgariser le jargon de la météo”, analyse Houcine. Ou peut-être faut-il s'inspirer de quelques chaînes européennes et confier la présentation à des bimbos pour attirer le téléspectateur.

Et la crédibilité dans tout ça ? Quid de la valeur scientifique de la météorologie ? “Il serait prétentieux de notre part d'affirmer que nous maîtrisons tout. Il est question de prévisions et non de certitudes, avec cependant une marge d'erreur très réduite”, explique Bellaouchi. Toujours est-il qu'à chaque fois (c'est-à-dire toujours) que le présentateur ponctue ses commentaires d'un “Incha Allah Oua Bihaoulillah”, le téléspectateur marocain a un peu plus l'impression que la météorologie, ça n'a rien d'une science.



Météo et business. Le temps, c’est de l’argent

Oui, la Direction de la météorologie nationale se fait de l'argent. Ses principaux clients sont l'ONDA, l'ODEP, 2M (RTM se sert toujours gracieusement), des sociétés de production de films et même quelques entreprises marocaines et étrangères. Elle continue cependant à proposer ses services gratuitement à la presse écrite.Tout ceci n'est pas nouveau. En revanche, ce qui est en train d'émerger actuellement, ce sont les sociétés privées spécialisées en la matière. “Ceci est dû non seulement aux salaires très bas que l'on propose à des ingénieurs sortis de grandes écoles étrangères, mais surtout aux conséquences de l'opération des départs volontaires”, explique un météorologue. Les services qu'ils proposent vont de la vente de matériel de mesure, l'assistance et la formation, voire même la participation à des études climatologiques.

 
 
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