France. Le Pen nest pas mort
À sept mois des élections présidentielles, la droite resserre ses rangs, le Parti socialiste entre en campagne et le Front national monte doucement mais sûrement dans les sondages. Attention, danger !
À sept mois de l'élection présidentielle française, on y voit plus clair. A droite, les députés et sénateurs UMP veulent refaire leur unité. Tous derrière Sarkozy ! Pendant le dernier semestre, le gouvernement était à la peine, sur fond d'échec du CPE et d'affaire Clearstream, en passant par le tollé suscité par le projet de privatisation de Gaz |
|
de France. L'UMP a, depuis, resserré ses rangs. Personne ne contredit plus Sarkozy : sa mise en cause de la justice, accusée de laxisme face à la délinquance, a trouvé un écho auprès des élus, sa volonté de réformer les régimes de retraite emporte l'adhésion, son rapprochement avec l'Amérique de Bush n'a guère sucité d'émoi...
S'ils se sont résolus à le voir candidat de l'UMP pour les présidentielles, ses rivaux à droite se demandent s'il peut rester ministre de l'Intérieur. A son retour Place Beauvau en juin 2005, Sarkozy avait en effet promis de partir fin 2006. Aujourd'hui, Raffarin et De Villepin lui demandent de tenir parole. On lui reproche son goût immodéré pour le mélange des genres : tantôt candidat, tantôt ministre.
Ségolène, le vent en poupe
A gauche, il y aura donc trois candidats à l'investiture. Lionel Jospin, François Hollande et Jack Lang ont jeté l'éponge pour ne pas ajouter de la division à la division, d'après le mot de Hollande. Ce sont Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius qui sont candidats. Ils vont maintenant s'affronter lors de six débats et les 21 000 adhérents du Parti socialiste éliront leur représentant le 16 novembre, ou le 23 s'il faut un second tour. Ils affichent tous les trois un programme commun, celui élaboré par le PS. Ségolène Royal se distingue par un social-populisme rénové. Elle parle de l'insécurité à l'école et dans les familles, des problèmes de terrain qu'elle seule semble avoir perçu. Iconoclaste, elle reçoit le soutien de divers courants, comme celui de Pierre Mauroy. Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn sont sur une vision socialiste assez classique, avec l'économie ou le pouvoir d'achat comme priorité. Fabius prône une gauche socialiste pure et dure et Strauss-Kahn se définit comme social-démocrate. La candidature de Ségolène Royal va obliger Nicolas Sarkozy à sortir de ses lignes traditionnelles, en courtisant des gauchistes déçus et des lepénistes qui veulent se donner bon teint.
Le FN à son apogée ?
Et le Front national ? L'Express lui a consacré le 14 septembre sa une sous le titre évocateur et alarmiste : La bombe Le Pen. Mi-septembre, on lui prêtait 10 à 15% des intentions de vote, trois points de plus qu'il y a cinq ans. De la régularisation des parents sans-papiers d'enfants scolarisés à l'évacuation du squat de Cachan en passant par la résurgence impromptue de la question de la double peine avec l'affaire Bouchelaleg, jamais son thème favori, l'immigration, n'a été à ce point au cur de l'actualité, écrit Romain Rosso.
Le Pen veut également dédiaboliser son image. Finis les extrémistes violents, crâne rasé et drapeau brandi. L'université d'été du FN à Saint-Martin-de-Craon (Bouches-du-Rhône), début septembre, a montré les jeunes du FN : des lycéens bien propres sur eux. Bref, les militants du FN se banalisent.
Le parti sait qu'il sera concurrencé par Sarkozy qui lui a volé ses thèmes fétiches : immigration, sécurité... Le Pen tente de faire jouer sa carte maîtresse : sa fille, Marine. Pour convaincre qu'il est utile de voter FN, la vice-présidente du parti cherche à crédibiliser le programme de son père en enfourchant de nouveaux chevaux de bataille : institutions, environnement, questions économiques et sociales
Le 20 septembre, fait nouveau, on a vu le Pen sur le champ de bataille de Valmy célébrer la victoire de l'armée révolutionnaire face aux Prussiens, qui entraîna le 21 septembre 1792, la proclamation de la République. Visiblement, le FN veut récupérer les républicains déçus. |