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Propos recueillis par
Ahmed Najim
Interview.
Mohamed Habachi. On l'appelait Miloud
L'acteur mythique du Coiffeur du quartier des pauvres opère enfin son come-back. Il s'explique sur les raisons d'une longue absence, livre les clés de son parcours singulier et conclut sans détour : j'espère simplement rester en vie.
Après 20 ans d'absence des écrans, vous revenez dans une sitcom (Labas walou bass, 2M), pourquoi ?
Par nostalgie peut-être. Touria Jebrane, qui travaillait sur ce projet, m'a convaincu de revenir. Alors voilà
Personnellement, je me définis comme un artiste direct, quelqu'un qui peut marcher au feeling.
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Revenons à vos débuts. Comment êtes-vous devenu acteur ?
Je suis né en 1939, avec la Seconde guerre Mondiale. Ma famille a quitté la région des Oulad Hriz pour s'installer à Casablanca. Mon grand-père et mon père avaient appris que Mohammed V, à l'époque, attribuait des logements aux personnes défavorisées. C'est ainsi que les Habachi ont atterri à Casablanca. Voilà pour la petite histoire. Sur le plan professionnel, je me suis lancé durant la période de l'après-indépendance. À l'époque, le pays tout entier baignait dans l'euphorie du retour de Mohammed V (ndlr le sultan est rentré au pays en novembre 1955). C'était plutôt du théâtre de quartier, à Derb Soltane, et nous jouions essentiellement des rôles de collabos et de résistants. En 1957, j'ai commencé à fréquenter le théâtre de Abdelkader Badaoui, avec des acteurs comme Mustapha Toumi, Ahmed Naji, Mohamed El Khalfi
Puis, un beau jour, j'ai passé le concours d'accès au département des études dramatiques et arts populaires, section comédie, du ministère de la Jeunesse et des Sports. Je faisais alors partie de la seconde promotion avec Abdallah Amrani et Malika Omari.
Quelle était, à l'époque, la réaction de votre famille ?
C'est une longue histoire, et cela n'a été facile pour personne. Quand mon père a appris que j'avais intégré une école de théâtre, il a rompu tout contact avec moi. J'étais encore jeune, emporté par l'esprit de l'époque, j'avais la bougeotte comme tant d'autres et j'ai logiquement préféré le théâtre. Je me suis débrouillé. Surtout que, dès 1965, la télévision marocaine, en la personne de son directeur Abdellah Chakroun, nous offrait des rôles. J'ai rejoint par la suite la troupe de Tayeb Seddiki (ndlr : celle qui allait donner naissance aux futurs Nass El Ghiwane et Jil Jilala).
Qui vous a orienté vers Tayeb Seddiki ?
Le destin ! Tout le monde connaissait tout le monde à l'époque. Et Seddiki était fameux par ses adaptations du mythe de Jouha et pour le côté novateur de son théâtre. Par la suite, j'ai atterri au sein de la troupe Al Maâmoura. Pour l'anecdote, Hassan II avait vu un jour une représentation de la pièce Chraâ Atana Rebaâ (la Charia nous autorise à avoir quatre femmes) et il a décidé de nous parrainer. C'était bien parti et tout s'est enchaîné par la suite. J'ai rencontré d'autres acteurs, joué dans des pièces comme L'oncle Hamlet, Haj Adama et Wali Allah. Mon histoire avec la troupe s'est terminée lorsque je l'ai quittée en 1974.
Pourquoi avez-vous quitté Al Maâmora ?
Cela peut paraître étonnant mais c'est Driss Basri (ndlr : secrétaire d'Etat à l'Intérieur à l'époque) qui nous a virés Touria Jebrane, Mustapha Mounir et moi. Quelques années plus tard, j'ai compris que la raison était
nos origines casablancaises. Basri, et d'autres personnes d'ailleurs, trouvaient que les Casablancais étaient des insurgés...
La suite ?
Je suis retourné à Casablanca. Je jouais alors au Théâtre municipal, encore sous la direction de Tayeb Seddiki. Je me souviens, par exemple, que mon salaire était de 400 DH par mois.
Vous faisiez seulement du théâtre ?
Non. Je tournais des films et des séries télévisées. En 1963, j'ai eu un petit rôle dans Lawrence d'Arabie de David Lean. La scène ne durait que quelques minutes, mais j'y avais gagné 5000 DH. C'était une jolie somme. Cela m'a permis d'envoyer ma mère en pèlerinage à la Mecque.
Et le cinéma marocain ?
En 1979, j'ai joué dans Mirage d'Ahmed Bouanani, un film qui m'a valu le prix de la meilleure interprétation lors du 1er festival du cinéma marocain à Rabat. J'ai aussi joué dans Noces de sang de Souheil Ben Barka et dans d'autres films.
Et puis il y eut Le coiffeur du quartier des pauvres et votre personnage de Miloud ?
Oui, mais avant le film, il y avait la pièce. Je n'ai pas eu le rôle de Miloud au théâtre, puisque c'est mon ami Hamid Najah qui l'a joué. Feu Mohamed Reggab m'a pourtant choisi pour le film. J'ai lu le scénario et j'ai apprécié la profondeur du personnage, que j'ai joué en 1980.
C'était un film facile à faire ?
Non, pas du tout. Personnellement, j'avais le trac en permanence. Je travaillais avec des gens catalogués progressistes et l'époque était politiquement délicate. J'avais l'impression qu'on viendrait m'arrêter à n'importe quel moment. Mais il ne m'est rien arrivé.
Dans le film, vous semblez stressé. Etait-ce vous ou le personnage ?
Les deux, sans aucun doute. J'étais stressé autant que mon personnage. D'ailleurs, après avoir terminé le film, je suis parti sans me retourner.
Ce film, ce rôle, continuent-ils de vous hanter ?
Malgré moi, oui. Le personnage de Miloud est devenu une étiquette collée à mon nom. Dans la rue et au travail, les gens continuent de m'associer au personnage et au film. J'ai pourtant tourné dans d'autres films par la suite. Mais rien à faire, il n'y en avait que pour Le coiffeur du quartier des pauvres.
Pourquoi vous avez choisi, en 1986, de tout arrêter ?
Mon père venait de décéder et nous devions faire face à de lourds problèmes d'héritage. Je me suis impliqué pour protéger mes droits et ceux de ma famille. Et puis je me suis marié.
C'est cela qui vous a empêché de tourner de nouveau ?
Non. J'étais englué dans mes problèmes et aucun réalisateur n'est venu me chercher. On a fait circuler des rumeurs fausses sur mon compte : on disait que j'étais devenu riche
Et puis on ne m'appelait plus pour le travail. Je me suis alors progressivement retiré de la scène.
Des réalisateurs comme Nabil Ayouch ou Saâd Chraïbi vous ont bien offert des rôles. Mais vous refusiez
Ecoutez, en 1998, j'ai été gravement malade et les médecins m'ont dit que j'allais mourir dans les cinq ans. Le fait que je sois encore vivant est un miracle, alors
Mais je me suis excusé auprès de Ayouch et Chraïbi, qui m'avaient effectivement contacté pour jouer dans leurs films. Je le répète, j'étais tout simplement dans l'incapacité physique de jouer.
Avec le recul, quel est votre personnage favori ?
Celui que je jouais dans Mirage dAhmed Bouanani, qui n'est pas forcément le plus reconnu mais duquel je me sens pourtant assez proche. Sinon, en général, nos films souffrent d'abord à deux niveaux : le scénario et la direction dacteurs.
Quel est votre rêve ?
J'espère tout simplement rester en vie, marier mes enfants et regarder jouer mes petits-enfants.
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Habachi, Doukkali. Retours et clins d'il
Mohamed Habachi, première gueule authentique du cinéma marocain, s'est construit une légende autour de son personnage de Miloud dans Le coiffeur du quartier des pauvres, l'un des rares films que l'on gardera des tristes années 1970 - 1980. Son retour par la petite porte, via une sitcom produite par 2M, ressemble à un clin-d'il à cette même légende : Youssef Fadel, déjà scénariste du Coiffeur
a écrit le texte de la série télévisuelle et Habachi y joue un personnage dénommé Miloudi, légère déclinaison de Miloud. La sitcom marque également le retour d'un autre enfant perdu du cinéma marocain : le chanteur Abdelwahab Doukkali, jadis acteur principal de Al hayatou kifah (1968) et qui avait déserté le grand écran depuis Khafaya de Ahmed Yachfine (1995). Bravo au réalisateur Hassan Ghanja qui a réussi à réunir ces deux monstres sacrés, et un grand merci à Touria Jabrane (dont on attend aussi le retour devant la caméra), qui les a convaincus de tourner à nouveau.
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