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Par Nadia Lamlili
Polémique. Eau, chère eau
Deux malheureux mètres cubes
C'est la première tranche, dite sociale, qui a subi le changement de tarification. Le seuil est passé de 24 mètres cubes à 18 par trimestre, soit de 8 à 6 mètres cubes par mois. Pour avoir une idée sur l'impact du passage des 7ème et 8ème mètres cubes à la seconde tranche, il faut le rapporter au nombre de ménages concernés. Selon la Lydec, ces derniers ne représentent que 11,74% du total des clients. Un pourcentage peu important, mais qu'il convient de lier au montant de la différence à payer. Mine de rien, le prix du mètre cube passe de 2,92 à 9,69 DH, soit une hausse de plus de 231%. Voilà à quoi mène le petit réaménagement ! |
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[voir le graph]
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Manifestation aux portes de la
délégation de la Lydec à
Mohammedia, le 9 octobre.
(DR)
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La hausse des factures d'eau et d'électricité a entraîné des mouvements de protestation dans différentes villes. Récit d'une affaire qui cache bien des enjeux économiques
et politiques.
Il est 21 heures. Leur f'tour digéré, des femmes commencent à s'agglutiner autour du local de l'AMDH de Mohammedia. Munies de leurs factures d'eau et d'électricité, elles sont venues protester une nouvelle fois contre la hausse des tarifs de la Lydec. Le matin même, la police les avait empêchées d'accéder à la délégation du distributeur. Alors, on fait quoi, Oustad ?, se tournent-elles vers Ali Fkir, membre |
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de l'Association et coordonateur du mouvement de protestation. Il faut dire que les femmes du quartier Bab Marrakech avaient déjà rencontré le président du Conseil municipal. Comme unique solution, ce dernier leur avait proposé de payer leurs factures actuelles sur plusieurs mois. Cela ne fait que reporter le problème, au lieu de le résoudre, commente Ali Fkir. Nous ne devons pas payer la hausse. Ils gagnent déjà suffisamment d'argent comme ça. C'est du vol, vocifère une femme, rouge de colère, aussitôt rattrapée par sa voisine : Tu dis des bêtises. Nous serons de toute manière obligées de payer. Regarde : la plupart commencent déjà à le faire, de peur d'avoir des majorations de retard.
Derrière, Mi Khaddouj broie du noir. Sa facture affiche un affolant 1513 DH, rien que pour l'eau et l'assainissement, le double de ce qu'elle reçoit normalement. Que leur encaisseur s'aventure chez moi. Je jure de lui casser les jambes, s'emporte-t-elle avant de fondre en larmes. Et autour d'elle, une atmosphère lourde s'était installée. Les cris qui s'élèvent ici et là glissent rapidement vers ces élections truquées et ces élus incapables, ces riches qui sucent le Maroc
Et cette foule n'est pas la seule à répéter de tels slogans. Hautement sensible du point de vue social, le sujet de la hausse des prix a fait sortir d'autres contingents de manifestants dans les rues de Casablanca, Rabat et Salé. Les protestations se poursuivront tant qu'une solution n'est pas trouvée, prévient l'AMDH. Mustapha Rahin, membre du Conseil de la ville de Casablanca, espère quant à lui rassembler 100000 signatures pour une pétition contre l'augmentation des prix. J'en suis à 5000. Mais j'ai suspendu le mouvement, dans l'attente de la réunion du Conseil ce mois-ci. Et si ce dernier ne trouve aucune porte de sortie
, prévient-il.
Petit réaménagement, vous dites ?
Mais que se passe-t-il au juste ? Les tarifs ont-ils réellement doublé, comme le laisse entendre la population ? L'affirmation est balayée d'un revers de la main par les responsables de la Lydec comme ceux de la Redal, qui soutiennent que la facture n'a subi qu'un léger changement au niveau des tranches de consommation. Ainsi, la première tranche, dite sociale, a été ramenée de 8 à 6 mètres cubes. Explication : si le client consomme moins de 6 mètres cubes par mois, sa facture restera inchangée et il continuera à payer 2,92 DH à l'unité à Casablanca et 2,53 à Mohammedia.
Mais une fois le palier des 6 mètres cubes franchi, le tarif change et passe dans la catégorie supérieure, où l'unité est facturée 9,69 DH à Casablanca et 8,15 à Mohammedia. Ce qui revient, pour ces deux malheureux mètres cubes, à une augmentation de prix supérieure à 200%. Et d'après Ali Fkir de l'AMDH, ce petit réaménagement aurait entraîné une hausse globale d'au moins 55%, qu'aggrave encore la majoration du taux de TVA avec le changement de tranches.
De son côté, la Lydec s'abrite derrière les consommations exceptionnelles de la population durant l'été, causées entre autres par les locations saisonnières. Car c'est en juillet dernier que ledit réaménagement est entré en vigueur pour les particuliers (les entreprises ayant été concernées en mars), suite à une décision du gouvernement. La hausse des prix de l'énergie a ainsi poussé l'ONEP et l'ONE à vendre l'eau et l'électricité 7% plus cher aux distributeurs.
Une majoration que ces derniers ont directement répercuté sur leurs clients finaux. Et si la périodicité mensuelle de la facture d'électricité a sensiblement amorti le choc, la hausse des prix était plus que perceptible sur les factures trimestrielles d'eau.
Paradoxalement, c'est pour mieux faire passer la pilule que le gouvernement a opté pour la solution du réaménagement des tranches, plutôt qu'à une hausse généralisée. Nous sommes en effet dans une année électorale et toute augmentation trop manifeste des prix (après celles touchant le transport et de nombreux produits de base) peut se transformer en bombe sociale.
Dans cet esprit, le directeur de l'ONEP avait bien affirmé qu'une grande partie des couches défavorisées et moyennes se trouvait dans la première tranche de consommation et ne devrait donc pas souffrir de ces augmentations. Même son de cloche chez la Lydec, qui affirme que 40% de ses clients ne sont concernés par aucune hausse.
Politique en eaux troubles
Et pourtant, dès que les factures d'eau ont commencé à tomber, fin septembre, les signes de mécontentement se sont faits de plus en plus visibles. Avec pour chef de file l'AMDH, qui a organisé sit-in et manifestations devant les délégations de la Redal et de la Lydec. Le tout accompagné d'un cahier de doléances bien corsé : suppression de la taxe sur l'assainissement et de la redevance fixe et exonération de la TVA pour la première tranche.
C'est dire si le terrain était trop propice aux calculs politiciens. Mustapha Rahin accuse ainsi le concessionnaire d'avoir répercuté les hausses sans l'autorisation des élus. Faux ! rétorquent les représentants de la Lydec, qui affirment avoir obtenu le feu vert de l'autorité délégante. De toutes manière, le réajustement des tranches est une décision du gouvernement, qui a été appliqué au niveau national, assurent-ils.
Une chose est certaine : les dissensions entre Mohamed Sajid et son conseil ont trouvé un nouveau terrain fertile dans cette polémique. Le maire prend des décisions sans nous consulter. Nous nous sommes entendus avec la Lydec pour mensualiser les factures d'eau. Mais l'accord n'a jamais été inscrit dans le PV de la réunion, proteste Chakir Seddik, président de la commission Régies et gestion déléguée au sein de la Mairie. Plus loin, c'est le statut même de la Lydec qui dérange. Conclu de gré à gré sous l'ère Slimani, le contrat de délégation est aujourd'hui sous le feu des critiques. Le concessionnaire est accusé d'avoir bénéficié des largesses du système Basri, au détriment des intérêts de la population. Et maintenant, la Lydec veut renégocier son contrat pour avoir plus de privilèges. Et personne n'est en mesure de lui imposer quoi que ce soit : il faut une intervention en haut lieu !, fulmine un élu. Nous ne sommes pas là pour faire de la politique. Nous nous contentons d'honorer nos engagements. Et depuis notre arrivée, Casablanca a changé en mieux, répond-on à la Lydec.
En réalité, cela fait cinq années que le contrat de la Lydec devait être révisé. Le mandat très limité de l'équipe de Saâd El Abbasi, successeur de Slimani, comme les luttes au sein du Conseil de la ville, ont empêché tout progrès dans ce dossier. Aujourd'hui, les élus réclament un audit indépendant en bonne et due forme des comptes de la Lydec, histoire d'établir une comparaison entre les investissements et les réalisations. Quant à la Lydec, elle se dit prête à discuter, pourvu que le dialogue soit établi sur des bases saines. Et il y a fort à parier qu'il en coulera de l'eau sous les ponts, avant que les deux parties ne retrouvent un terrain d'entente. |
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