Léquation dAnnan
Sur le dossier Sahara, le Maroc et lAlgérie sont daccord pour ne pas être daccord
Les éditorialistes vivent parfois des dilemmes cornéliens. Permettez, chers lecteurs, que jen partage un avec vous : faut-il, ou pas, sintéresser à lévolution du dossier Sahara ? Argument pour : il y a du nouveau (le rapport testamentaire de Kofi Annan, lactualité onusienne sur le dossier, laccueil plutôt frais fait par Jacques Chirac aux idées du Maroc sur lautonomie, etc.). Argument contre : comme dhabitude, on fait du sur-place, et ça a tout lair dêtre voulu |
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par les officiels des deux camps (Maroc et Algérie/Polisario). Plus le temps passe, plus ça se confirme
Kofi Annan avait déjà abouti à cette conclusion, dans son avant dernier rapport sur le Sahara (publié le 16 avril 2006). Son équation, en résumé : Le Maroc refuse le référendum, lAlgérie/Polisario refuse dabandonner le référendum, et le Conseil de sécurité refuse de forcer la main à quiconque. Autrement dit, et comme dit ladage nous sommes daccord pour ne pas être daccord. Dernière recommandation du secrétaire général sortant de lONU : que les parties négocient directement, sans préalable. Cela pourrait être un début de solution, en effet. Tant quon na pas essayé, on ne peut pas dire formellement que ça naboutira à rien. Mais lhistoire sest tellement répétée quon peut imaginer sans risque ce qui va se passer : si les deux parties acceptent, ce sera un dialogue de sourds et chacun rejettera la faute sur lautre. Si une partie accepte le dialogue et lautre le refuse, la première accusera la seconde de blocage, et bénéficiera dun petit avantage tactique, quelle ne conservera pas longtemps. Périodiquement, lune ou lautre des parties se retrouve au pied du mur. Périodiquement, elle renverse la vapeur par quelque initiative ponctuelle, et cest au tour de lautre partie de se retrouver en délicatesse. Le tant attendu projet dautonomie marocain se fait toujours attendre, mais on peut déjà dire à quoi il va servir : à donner au Maroc un petit avantage tactique. Et ponctuel, évidemment. Dès que lAlgérie/Polisario aura dit à quel point ce projet est inacceptable (on entend ça dici), ses diplomates recommenceront à chercher un moyen de fragiliser la position marocaine. Et ils le trouveront, soyons-en assurés. Ce sera alors au tour du Maroc de renverser la vapeur, etc., etc., etc.
Les seuls, finalement, que ce petit jeu de qui perd gagne exaspère (hormis votre serviteur et tous les observateurs neutres qui suivent le dossier) sont les Sahraouis eux-mêmes, quils vivent à Laâyoune ou à Tindouf. Ceux des camps en ont assez de vivre dans des camps. Ceux des territoires (occupés ou récupérés, cest selon) en ont assez de vivre sous un régime dexception. Mais que faire ? Manifester ? Quils le fassent dun côté ou de lautre, ils se font réprimer illico. Et cest reparti pour la petite comptabilité des avantages tactiques !
Mahjoub Salek, le dissident le plus en vue du Polisario, déclarait la semaine dernière sur nos colonnes : il est impossible de résoudre, dune manière unilatérale, un conflit lié à la légalité internationale. Il a raison. La solution est peut-être de renoncer, officiellement, à résoudre le conflit. Et de faire unilatéralement, oui ce que nous avons à faire : accorder, sans demander la permission de personne, une véritable autonomie aux Sahraouis. Et leur faire goûter à lexercice du pouvoir local. Cest, au fond, tout ce quils demandent. Qui sait, peut-être que dans quelques dizaines dannées, nous aurons, comme disait Hassan II, gagné leurs curs
Le Maroc sera alors en position de gagner le référendum, et ne sy opposera donc plus. Un des termes de la très juste équation de Kofi Annan aura donc changé. Là, et seulement là, on pourra dire quil y a du nouveau. En attendant, chers lecteurs, nous navons quà nous faire à lidée quon nous prend pour des imbéciles. Ce ne sera, hélas, pas la première fois. |