USFP. Les "nouveaux socialistes" arrivent
Religion. Les chasseurs de lune
Mohamed Aït Kaddour. "Quand nous étions révolutionnaires"
Police. Bye bye les GUS !
Portrait. Qotbi show
Casablanca. Le Parc des princes de Bourgoune
Muhammad Yunus. Le prêteur d'espoir
Israël. Un président dans la tourmente
Polémique. Eau, chère eau
Mohamed Habachi. On l'appelait Miloud
Ali Essafi. La quête des héros perdus
N° 244
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ahmed R. Benchemsi

L’équation d’Annan

Ahmed R. Benchemsi
Sur le dossier Sahara, le Maroc et l’Algérie sont d’accord pour ne pas être d’accord


Les éditorialistes vivent parfois des dilemmes cornéliens. Permettez, chers lecteurs, que j’en partage un avec vous : faut-il, ou pas, s’intéresser à l’évolution du dossier Sahara ? Argument pour : il y a du nouveau (le rapport “testamentaire” de Kofi Annan, l’actualité onusienne sur le dossier, l’accueil – plutôt frais – fait par Jacques Chirac aux “idées du Maroc sur l’autonomie”, etc.). Argument contre : comme d’habitude, on fait du sur-place, et ça a tout l’air d’être voulu
par les officiels des deux camps (Maroc et Algérie/Polisario). Plus le temps passe, plus ça se confirme…

Kofi Annan avait déjà abouti à cette conclusion, dans son avant dernier rapport sur le Sahara (publié le 16 avril 2006). Son équation, en résumé : “Le Maroc refuse le référendum, l’Algérie/Polisario refuse d’abandonner le référendum, et le Conseil de sécurité refuse de forcer la main à quiconque”. Autrement dit, et comme dit l’adage “nous sommes d’accord pour ne pas être d’accord”. Dernière recommandation du secrétaire général sortant de l’ONU : que les parties négocient directement, sans préalable. Cela pourrait être un début de solution, en effet. Tant qu’on n’a pas essayé, on ne peut pas dire formellement que ça n’aboutira à rien. Mais l’histoire s’est tellement répétée qu’on peut imaginer sans risque ce qui va se passer : si les deux parties acceptent, ce sera un dialogue de sourds et chacun rejettera la faute sur l’autre. Si une partie accepte le dialogue et l’autre le refuse, la première accusera la seconde de blocage, et bénéficiera d’un petit avantage tactique, qu’elle ne conservera pas longtemps. Périodiquement, l’une ou l’autre des parties se retrouve au pied du mur. Périodiquement, elle renverse la vapeur par quelque initiative ponctuelle, et c’est au tour de l’autre partie de se retrouver en délicatesse. Le tant attendu projet d’autonomie marocain se fait toujours attendre, mais on peut déjà dire à quoi il va servir : à donner au Maroc un petit avantage tactique. Et ponctuel, évidemment. Dès que l’Algérie/Polisario aura dit à quel point ce projet est “inacceptable” (on entend ça d’ici), ses diplomates recommenceront à chercher un moyen de fragiliser la position marocaine. Et ils le trouveront, soyons-en assurés. Ce sera alors au tour du Maroc de renverser la vapeur, etc., etc., etc.

Les seuls, finalement, que ce petit jeu de “qui perd gagne” exaspère (hormis votre serviteur et tous les observateurs neutres qui suivent le dossier) sont les Sahraouis eux-mêmes, qu’ils vivent à Laâyoune ou à Tindouf. Ceux des camps en ont assez de vivre dans des camps. Ceux des territoires (“occupés” ou “récupérés”, c’est selon) en ont assez de vivre sous un régime d’exception. Mais que faire ? Manifester ? Qu’ils le fassent d’un côté ou de l’autre, ils se font réprimer illico. Et c’est reparti pour la petite comptabilité des avantages tactiques !

Mahjoub Salek, le dissident le plus en vue du Polisario, déclarait la semaine dernière sur nos colonnes : “il est impossible de résoudre, d’une manière unilatérale, un conflit lié à la légalité internationale”. Il a raison. La solution est peut-être de renoncer, officiellement, à résoudre le conflit. Et de faire – unilatéralement, oui – ce que nous avons à faire : accorder, sans demander la permission de personne, une véritable autonomie aux Sahraouis. Et leur faire goûter à l’exercice du pouvoir local. C’est, au fond, tout ce qu’ils demandent. Qui sait, peut-être que dans quelques dizaines d’années, nous aurons, comme disait Hassan II, “gagné leurs cœurs”… Le Maroc sera alors en position de gagner le référendum, et ne s’y opposera donc plus. Un des termes de la très juste équation de Kofi Annan aura donc changé. Là, et seulement là, on pourra dire qu’il y a du nouveau. En attendant, chers lecteurs, nous n’avons qu’à nous faire à l’idée qu’on nous prend pour des imbéciles. Ce ne sera, hélas, pas la première fois.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2005 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés