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N° 244
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

“Ma mission n’est pas de défendre l’image du Maroc”

Antécédents
Selma Mhaoud
Reporter à 2M

1996. Diplômée de l’Iscae.
1997. Première expérience journalistique.
1999. Départ pour les Etats-Unis.
2002. Intègre 2M.
Smyet Bak ?
Abdelhamid Mhaoud.

Smyet mok ?
Zoubida Regragui.

Nimirou d’la carte ?
BE 612 218.

Vous avez récemment reçu, en France, la mention spéciale du jury dans le cadre du Prix international de l’enquête pour votre reportage “l’enfance volée” sur la pédophilie au Maroc. Comme quoi, le malheur des uns fait le bonheur des autres…
C’est un peu notre drame, à nous autres journalistes. On se nourrit des malheurs et parfois du bonheur des gens. On fait une intrusion dans leur vie privée, on les pousse à exprimer ce qu’ils ont au plus profond d’eux-mêmes puis on disparaît, on passe à autre chose. Je tiens quand même à rendre hommage à tous ceux qui ont contribué à la réalisation de ce reportage. Ils m’ont tous apporté quelque chose et je les en remercie. Je retiens une chose essentielle : les jeunes à qui on a eu affaire lors du tournage n’ont plus aucun repère identitaire ou culturel. Ils sont complètement paumés.

Si vous avez eu ce prix, c’est aussi parce que vous avez touché une corde sensible chez nos amis de l’Hexagone, non ?
Certainement, il y a une conjoncture qui a favorisé mon travail. Mon reportage est tombé deux mois après la diffusion du reportage d’Antena 3, entièrement tourné en caméra cachée. J’ai découvert qu’en France, il y avait de nombreuses idées reçues sur la pratique du journalisme au Maroc. J’ai d’ailleurs été la seule étrangère primée lors du concours. Le jury a salué le courage du reportage. Il y a en effet un petit côté “bougnoulesque”.

Vous avez fait du journalisme après un diplôme de grande école de commerce. L’Iscae, c’était pour faire plaisir aux parents ?
À ce moment, je ne savais pas encore ce que j’allais faire de ma vie. L’Iscae, c’était pratique parce que c’était à Casablanca, que c’était une grande école, que c’était gratuit et qu’il y avait une piscine dans le campus. J’ai ensuite atterri dans une banque où j’ai fait la connaissance de journalistes qui m’ont présentée à mon premier employeur. C’est comme ça que ça a démarré.

En 1999 pourtant, vous profitez d’un déplacement professionnel aux Etats-Unis pour vous y installer définitivement. Qu’est ce que vous avez fui ?
Rien, je n’ai rien fui. Hassan II était mort cet été-là. J’avais donc beaucoup d’espoir, je croyais au changement. Je me disais que le contexte était intéressant ne serait-ce que sur un plan journalistique. J’attendais quelque chose, mais je doutais aussi. Quand l’occasion s’est présentée aux Etats-Unis, je l’ai saisie. Je suis restée deux ans à New York, et ce n’est qu’une fois de retour au pays que j’ai découvert tout ce que j’avais raté.

Pédophilie, tourisme sexuel, pornographie… Vous savez qu’aux yeux du ministère de la Justice, vos reportages contribuent à la “démoralisation de l’opinion publique” ?
Et pas qu’aux yeux du ministère de la Justice, rassurez-vous. Beaucoup de gens me reprochent la même chose mais j’assume complètement. Je parle de ce qui se passe, et de ce que je vois en tant que citoyenne avant d’être journaliste. C’est une insulte à l’intelligence des Marocains que de vouloir leur cacher des vérités qu’ils vivent au quotidien. Notre mission, ce n’est pas de défendre l’image du Maroc.

En tant que service public, un peu, quand même…
Ce n’est pas ce qui prime, croyez-moi. Mon souci, c’est de présenter un travail propre et honorable. Si par la même occasion, j’initie un embryon de débat, c’est le jackpot.

Vos amis vous appellent le culbuto ou le bouledogue. Qu’est-ce que vous voulez vous prouver, exactement ?
J’ai toujours un sentiment d’inachevé. Je ne lâche pas prise.
Je refuse d’accepter les contraintes. Je me dis qu’il y a toujours un moyen pour le faire. Ce n’est pas toujours intelligent comme posture. Mais aujourd’hui, j’y vois plus clair. C’est l’enquête qui m’attire le plus.

Ça vous aurait facilité l’existence d’être un mec ?
Professionnellement, non. C’est exactement pareil. Sur un plan personnel maintenant, et vu mon rythme de vie, ça aurait été plus simple pour un mec.

Vous aimeriez qu’un jour, un ouragan porte votre nom ?
(Rires) Je ne voudrais pas avoir de morts sur la conscience, mais j’aimerais bien couvrir l’événement.

 
 
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