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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

USFP. Les “nouveaux socialistes” arrivent

Le courant des “nouveaux
socialistes”, mené par Hassan
Tarik, est né au lendemain
du 7ème Congrès de l’USFP,
en 2005. (AIC PRESS)

Un nouveau rapport de l'ONU accuse le Maroc de violer les droits de l'homme au Sahara. Sa teneur et son timing obligent le royaume à rendre sa copie sur le projet d'autonomie. Au plus vite.


Hassan Tarik, le jeune patron de la jeunesse ittihadie, veut réussir là où tous ses prédécesseurs ont échoué : créer un courant réformateur au sein de l'USFP. Même s'il n'a officiellement pas encore vu le jour, ce mouvement, baptisé “les nouveaux socialistes”, déchaîne déjà les passions dans la grande famille ittihadie. Il s'agirait en fait, explique
un membre du mouvement, “d'un courant idéologique qui, tout en respectant les fondements du parti, se permet certaines libertés dans l'analyse et l'appréciation des événements politiques”. Un courant qui se positionne déjà à gauche de l'actuelle direction du parti, et qui tentera, selon Tarik, “de le rapprocher de ses amis du PPS et du PSU”. D'emblée, et comme pour insister sur le côté “non subversif” de leur mouvement, les “nouveaux socialistes” précisent dans leur plateforme politique que “l'USFP reste le seul parti habilité aujourd'hui à piloter un réel changement et à concrétiser le projet social démocrate auquel aspirent tous les démocrates de ce pays”. Donc pas de scission en vue, du moins pour le moment …

Concrètement, les nouveaux socialistes appellent à une réconciliation de l'USFP avec sa famille politique, “préalable nécessaire à la construction d'un grand parti de gauche”. Il s'agit notamment de fondateurs du parti, de militants charismatiques, de syndicalistes et de militants de gauche que le parti a déçus ou poussés vers la sortie à un moment ou un autre de sa tumultueuse expérience au pouvoir. Les nouveaux socialistes n'hésitent ensuite pas à critiquer ouvertement l'opportunisme de certains dirigeants et la quasi-sacralisation des zaïms historiques du parti. Plus loin, sur le projet de sa plateforme politique, le courant de Hassan Tarik demande clairement “le respect de la limitation des mandats dans les responsabilités exécutives, le renouvellement des élites, le non-cumul des fonctions et l'émergence d'une présidence légitimée par les élections et non par l'Histoire”. Plutôt ambitieux comme programme …

Pourtant, la naissance de ce courant laisse de marbre les dirigeants du parti de Bouabid. “Ce courant n'existe pas, puisque nous n'avons encore rien reçu d'officiel. Et de toute manière, notre règlement interne ne prévoit pas la création de courants au sein du parti”, affirme froidement un membre du bureau politique. Indifférence ? Mépris ? “C'est une réaction tout à fait prévisible de la part des vieux leaders de l'USFP, commente cet ex-ittihadi. Le parti n'a jamais reconnu ni toléré l'existence de voix dissonantes en son sein”. Résultat : comme pour forcer la main à l'actuelle direction, une bonne partie du bureau de la Chabiba, menée par Hassan Tarik, a récemment déposé sa démission et réclamé l'ouverture de négociations avec le bureau politique. Elle attend toujours…

Du nouveau ? Pas vraiment !
Tarik réussira-t-il là où ses aînés ont échoué ? L'USFP permettra-t-elle enfin l'existence en son sein d'un courant politique, libre et démocratique ? Rien n'est moins sûr. “L'histoire de l'USFP est jalonnée de tentatives de création de courants, qui ont toutes abouti à des scissions”, rappelle Abdelkrim El Amrani, ex-directeur du quotidien Sawt Ennass et ittihadi aguerri. Dernière tentative en date, celle de Fidélité à la démocratie, menée (entre autres) par Mohamed Sassi. “Au début, nous avons demandé à être un courant au sein de l'USFP. Cela nous a été refusé. Nous avons tenté de placer une plateforme politique parallèle lors du sixième congrès, la réponse fut négative. Si cette plateforme avait recueilli ne serait-ce que 3% des voix, jamais nous n'aurions songé à quitter le parti”, reconnaît Sassi. Moralité, selon cet ex-militant socialiste, “le parti ne supporte pas de renvoyer l'image d'une organisation traversée de courants. Il veut entretenir le mythe du parti monolithique, unanime derrière ses zaïms. Ces derniers useront, une nouvelle fois, de tous les subterfuges pour pousser les éventuels éléments dérangeants vers la sortie”.

Cet autre militant, aujourd'hui responsable dans un nouveau parti de gauche, soulève une problématique bien plus préoccupante : qui suivra les nouveaux socialistes ? Quel prolongement a le nouveau courant au sein du parti ? “Fidélité à la démocratie s'est appuyée sur une grande partie de la Chabiba. Quand Amaoui s'est retiré du parti, il a embarqué son syndicat. Que reste-t-il aux nouveaux socialistes ?”, se demande notre responsable partisan. Ces derniers refusent encore de dévoiler toutes leurs cartes, se contentant d'affirmer que “le courant a un prolongement certain au sein du parti et compte des membres jusqu'au sein du bureau politique”. Et jusqu'au moment de l'écriture de ces lignes, aucun ne s'est encore exprimé à ce sujet, entretenant le flou qui a accompagné la naissance du courant. Ce qui permet encore à de nombreux cadors usfpéistes d'affirmer, sourire en coin, que “ce courant est plus présent dans les médias qu'au sein du parti”.

Et si c'était la bonne ?
Face à ce pessimisme ambiant quant au devenir des “nouveaux socialistes”, certains observateurs pensent que la conjoncture est aujourd'hui, plus que jamais, favorable à la transformation de l'essai. “D'abord, estime un politologue, parce que la contagion des courants gagne de plus en plus de partis, à un moment où l'Etat est engagé dans une logique de recomposition du champ politique, où les scissions ne sont plus les bienvenues”. Ensuite, ajoute un membre du PSU, “parce que ces nouveaux socialistes disent vouloir cohabiter avec l'actuelle direction, dépassée par les événements”. Et enfin, analyse un observateur, “le nouveau courant socialiste pourra tabler sur les nombreux usfpéistes angoissés par le devenir de leur organisation et donc forcément favorables à une sérieuse remise en question organisationnelle et idéologique”. Reste alors une grande inconnue dans cette équation : les calculs de l'USFP dans sa relation avec le Pouvoir, ce fameux pacte conclu entre le parti d'Abderrahmane Youssoufi et l'Etat, il y a une dizaine d'années aujourd'hui.



PSU. Un exemple pour l’USFP ?

À ce jour, le PSU est le seul parti politique à reconnaître et organiser l'action de courants idéologiques en son sein. Deux courants affichés traversent l'organisation dirigée par Mohamed Moujahid : “action démocratique”, proche de Kamal Lahbib et “liberté d'initiative”, mené par Omar Zaïdi. Mais concrètement, plusieurs sensibilités cohabitent au sein du PSU. Pour son prochain congrès, prévu pour décembre prochain, le parti a jusqu'à présent reçu sept projets de plateforme. “Nous avons jusqu'à novembre pour permettre la fusion entre certaines plateformes. Mais il est certain qu'e d’autres projets seront présentées à l'occasion du congrès. Ce sera alors aux militants de trancher. C'est notre manière de gérer la différence d'opinion de manière démocratique et transparente au sein du parti et de protéger la cohésion de notre organisation”, affirme Mohamed Sassi. Les autres partis politiques emboîteront-ils le pas aux camarades de Sassi ? “Rien ne les y oblige. Mais il y va de leur survie politique”, répond un politologue...

 
 
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