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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Selma Mestiri,
correspondante au Moyen-Orient

Israël. Un président dans la tourmente

Moshé Katzav
(AFP)

Stupeur en Israël : le président est soupçonné de viol et de harcèlement sexuel. Le pays est en émoi, mais ce n'est que le dernier d'une longue série de scandales.


Personne n'est intouchable. Pas même le président de l'Etat d'Israël. Cela faisait des semaines que la police enquêtait sur son compte : pas moins de dix plaintes ont été portées contre Moshé Katzav pour viol et harcèlement sexuel. à 61 ans, ce père de cinq enfants est soupçonné d'avoir obligé des employées de la présidence à entretenir avec lui des relations sexuelles, les menaçant de les licencier si elles ne cédaient
pas à ses avances. Le 15 octobre, la police a annoncé qu'elle estimait avoir “assez de preuves indiquant que dans plusieurs cas (…), le président a commis des actes de viol et de harcèlement sexuel”. Katzav est également soupçonné d'écoutes illicites. Avant cette annonce, la police l'a interrogé à cinq reprises ; l'un des interrogatoires a duré six heures. Désormais, c'est au procureur de l'Etat, Menahem Mazouz, de décider d'inculper ou non le président. Malencontreuse coïncidence, c'est le jour du déclenchement de la guerre contre le Hezbollah au Liban, le 12 juillet, que Mazouz avait ordonné l'ouverture d'une enquête de police dans cette affaire. Si le procureur devait l'inculper, le président n'aurait d'autre choix que de démissionner, du propre aveu de son avocat. Katzav clame depuis le début son innocence et se dit victime d'un “complot” et d'une “chasse aux sorcières”. “Durant plus de vingt ans d'activité au service de l'Etat, j'ai travaillé avec des dizaines de jeunes femmes. La presse a réussi à mettre la main sur quelques-unes qui avaient envers moi des motifs personnels de vengeance parce que j'avais refusé de les employer à la présidence”, a-t-il soutenu. “Il y a un complot ourdi de longue date contre moi par une bande de malfrats”. Ce scandale pourrait en tout cas non seulement lui coûter son poste, mais aussi lui valoir de 3 à 16 ans de prison.

Entre-temps, Katzav tente de mener ses activités de chef de l'Etat - fonction largement protocolaire en Israël - comme si de rien n'était, mais des critiques s'élèvent. La ministre israélienne des Affaires étrangères, Tzipi Livni, a ainsi publiquement déclaré qu'il n'était “pas normal que Katzav continue d'assumer ses fonctions”. Et selon un sondage publié par le quotidien Yediot Aharonot, 66% des Israéliens le pressent de démissionner, ce qu'il a toujours écarté.

Coupable ou non coupable, les spéculations vont déjà bon train sur son éventuelle succession. Parmi les possibles candidats pressentis, figurent deux prix Nobel : l'écrivain américain (mais qui se verrait très vite octroyer la nationalité israélienne s'il était choisi) Elie Wiesel, ainsi que l'éternel Shimon Peres, aujourd'hui vice-Premier ministre.
Si cette affaire de viol qui éclabousse le chef de l'Etat a causé la stupeur en Israël, elle n'est que la dernière, et la plus grave, d'une série d’affaires scandaleuses qui ont secoué la classe politique. Les cas récents de corruption sont très nombreux : plus de 15% des 120 membres du Parlement font l'objet d'enquêtes à ce sujet. Quant à l'ancien ministre de la Justice Haïm Ramon, il est actuellement en procès pour avoir embrassé de force une jeune soldate. Même le Premier ministre, Ehud Olmert, est soupçonné d'avoir illicitement financé sa campagne électorale pour la mairie de Jérusalem il y a dix ans par le biais d'une opération immobilière douteuse. Sans oublier le fils de l'ancien chef du gouvernement Ariel Sharon qui, lui, a été condamné à neuf mois de prison pour le financement illégal d'une campagne de son père (toujours dans le coma) pour la direction du Likoud.

Pour certains, cette affaire est le signe d'une érosion de valeurs en Israël. Mais pour d'autres, comme pour l'écrivain Amos Oz, elle témoigne de la bonne santé du système démocratique de l'Etat hébreu : “Une société qui envisage de poursuivre son propre président est très saine”, a-t-il estimé. “Cela ne pourrait pas se produire en Suède, par exemple, où le roi jouit d'une immunité totale”.

 
 
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