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Par Karim Boukhari
et Driss Bennani
Lautre visage de Ben Barka
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De gauche à droite, le trio
Abderrahim Bouabid, Mehdi Ben
Barka et Abdallah Ibrahim riant
aux éclats en assistant à une pièce
de théâtre de Tayeb Seddiki.
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Le 29 octobre 1965, Mehdi Ben Barka disparaissait en plein Paris. Mais si, 41 ans plus tard, la vérité sur sa mort reste prisonnière de l'omerta des Etats, c'est que cet homme avait réellement une dimension exceptionnelle, au Maroc mais aussi à l'international. Retour sur les principales étapes qui ont jalonné le parcours personnel, parfois inédit, d'un grand homme.
Mehdi Ben Barka, qui a vu le jour en 1920 à Sidi Fateh, dans l'ancienne médina de Rabat, n'est pas né avec une cuillère d'argent dans la bouche. Quartier populaire, famille nombreuse, Mehdi est le 4ème d'une fratrie de trois garçons et quatre filles. Le père, originaire de |
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Benslimane, est bakkal (épicier). La mère, une pure Rbatie, fille du cadi Bennani, pratique un métier très en vogue à l'époque, couturière à domicile. La famille Ben Barka est laborieuse sans être pauvre et ses enfants, dans un premier temps, ne semblent guère destinés à l'école. La chance sourit cependant au père Ben Barka quand, au retour d'un séjour à Tanger, à l'époque ville internationale, il gagne le droit d'inscrire un enfant (et un seul !) à l'école. Qui choisir entre Brahim, Mehdi et le petit dernier, Abdelkader ? Après quelques hésitations, c'est bien sur Brahim, son fils aîné, que le père Ben Barka choisit de miser.
C'est ainsi que, vers la fin des années 1920, Brahim Ben Barka s'inscrit à l'école des notables à Rabat, pas loin de la prison de Laâlou. Mehdi, qui s'initie à l'islam via des cours au Msid (école coranique), passe son temps libre à s'amuser avec les gosses du quartier
et à accompagner aussi souvent que possible son frère Brahim à l'école juste pour voir. Le procédé est simple : Mehdi reste à la porte, près de la fenêtre de la salle de classe, et suit, avec plus ou moins de bonheur, le déroulement du cours, pendant que Brahim est à l'intérieur. Au bout de quelques séances, le gosse finit par se faire remarquer. Résultat : le maître d'école l'invite à intégrer sa classe, faisant ainsi une entorse au règlement (qui interdisait à deux frères d'être en cours). Mehdi est placé, pour éviter un scandale, au fond de la classe. Avec le temps, et à mesure qu'il montre d'étonnantes aptitudes à l'apprentissage, Mehdi avance de rangée en rangée. Il est si brillant qu'il lui arrive même, quand le maître s'absente pour une raison ou une autre, de le remplacer, n'hésitant pas à sanctionner ses propres camarades de classe.
Mehdi écolier est un surdoué à la fois respecté et craint par ses congénères. Très entouré et finalement très seul, comme il le sera tout au long de sa vie, de l'école des fils de notables de Laâlou à la villa de Fontenay-le-Vicomte à Paris où il disparaît à jamais, un certain 29 octobre 1965.
Mathématicien en herbe
Au début des années 1930 où le nombre de Marocains scolarisés est encore très bas, le petit Mehdi est une célébrité locale. Ses exploits alimentent déjà la chronique du quartier, de l'école. L'enfant brûle les étapes, saute deux classes dans son cursus primaire, et croule pratiquement sous les cadeaux de fin d'année. La légende, à peine exagérée, rapporte que à chaque fin d'année scolaire, les cadeaux de Mehdi sont si nombreux qu'il faut une charrette pour les ramener à la maison. Fierté de son quartier, certains n'hésitent plus à l'appeler Al Mahdi, sans doute en référence à Al-Mahdi Al-Mountadar, le prophète qui n'illuminera jamais le ciel musulman
Dans le privé, pourtant, la situation de Mehdi n'a rien d'extraordinaire. Elle ressemble à celles de milliers de jeunes Marocains, doués et prometteurs mais guère à l'abri du besoin. Pour alléger les charges familiales, le gosse est ainsi pris en charge par sa tante dont le couple est sans enfants. Mehdi s'installe pratiquement chez elle. Les années défilent. Brahim, l'aîné sur lequel reposaient les premiers espoirs de la famille, décède rapidement des suites d'une fièvre non soignée. Le cadet Abdelkader intègre plus tard le monde du travail, aussitôt son Brevet obtenu, pour subvenir aux besoins de la famille. Cette fois, c'est sûr, c'est bien sur le petit Mehdi que le père Ben Barka reporte tous ses espoirs.
Et le petit avance. Pour meubler son temps libre, et contribuer au budget de la famille, Mehdi multiplie les petits boulots durant les vacances scolaires. Malgré son très jeune âge, il revêt, à temps partiel, la tenue du percepteur aux taxes sur la marchandise (fruits et légumes) qui alimente Rabat et aide les commerçants à tenir leur comptabilité. Les petits boulots lui permettent d'acheter des livres, de tisser un solide réseau d'amitiés et de connaissances parmi le petit peuple. Et d'aiguiser son sens du calcul mental ! On n'est déjà pas très loin, dès le début des années 1930, du futur tribun qui parle vrai et professeur de mathématiques qui changera à jamais l'Histoire du Maroc.
La roue du destin est passée par Alger
Du collège Moulay Youssef au lycée Gouraud, crème de la crème française du Maroc, Mehdi continue de marquer des points. Le Mouvement national l'enrôle très vite, dès 1934 (il avait 14 ans !), par le biais d'un certain Mohamed Lyazidi, qui en profite pour initier le jeune homme
au théâtre. Faites attention à ce petit, il est l'espoir du Mouvement national, répète alors souvent, très sérieux, le brave Lyazidi.
Le brillant lycéen est déjà un touche-à-tout. La résidence française, soucieuse de pérenniser la présence coloniale au Maroc, tente à plusieurs reprises d'obtenir sa révocation de l'école, dans le but de stopper l'ascension de ce Marocain dangereux (pour la France). En pure perte. Un jour, par exemple, alors que Mehdi prépare son baccalauréat au lycée Gouraud, le proviseur reçoit la énième demande de révocation. Son refus d'obtempérer n'est pas dénué de bon sens : Mais comment voulez-vous révoquer l'un des rares musulmans du lycée sans risquer des émeutes populaires ?.
C'est un jeune homme sociable, dynamique, déjà aguerri aux (en)jeux politiques de l'époque qui effectue son premier voyage en France à la veille du bac. Le Maroc et la France sont un seul pays lui dit-on, quand il débarque à Paris, au milieu d'une délégation d'étudiants triés sur le volet. Et que dites-vous des océans qu'on a traversés pour venir jusqu'ici ? rétorque Mehdi pour signifier que le colonialisme ne peut durer qu'un temps.
Mais, tout prometteur qu'il est, le jeune homme a besoin de repères, de faits d'armes et de vécu pour se forger définitivement un destin. La chance allait les lui offrir. En débarquant à Casablanca en 1938 pour préparer son Math spé au lycée Lyautey, Mehdi passe son temps entre l'internat, où il côtoie les élites de la bourgeoisie marocaine, et la maison de sa sur aînée, Fatéma, entre-temps mariée et installée à Dar Beida. Le jeune homme découvre la ville des résidences chics et des faubourgs, colle d'encore plus près à la réalité de tous les jours et se rapproche de la majorité silencieuse : celle des classes défavorisées et, surtout, des jeunes. L'autre chance de Mehdi a été l'éclatement de la seconde guerre mondiale qui l'a obligé à choisir Alger, sous occupation française, plutôt que Paris (où il était pourtant promis à un cursus de normalien ou de polytechnicien), pour poursuivre ses études supérieures.
En Algérie, où il prépare une licence en mathématiques, Mehdi devient définitivement Monsieur Ben Barka, un leader politique de 20 ans à peine. Il participe activement, aux côtés de jeunes intellectuels algériens, à l'élaboration d'un grand projet : le Maghreb arabe uni (déjà). Tout en tissant un solide réseau de relations, le jeune mathématicien apprend le B.A.-ba des relations internationales et fait partie de ceux qui tranchent la question qui interpelle tous les mouvements de résistance de l'époque : faut-il appuyer les nazis, sur le principe élémentaire que les ennemis de mes ennemis sont mes amis? Ben Barka appartient au premier cercle des élites du tiers-monde à avoir dit Non, le nazisme est un danger pour tout le monde.
On le voit, au début des années 1940, le jeune homme s'inscrit déjà dans un universalisme et un internationalisme qui expliqueront comment, plus tard, il a pu devenir l'une des principales figures du Tiers-monde, accueilli à bras ouverts et pratiquement élevé au rang de chef d'Etat dans toutes les capitales des pays fraîchement indépendants.
Deux poumons, deux cerveaux
En 1942, avec une licence en mathématiques en poche, Ben Barka retourne au Maroc. La résidence française, soucieuse de soigner son image auprès des bases, prend le risque de le nommer professeur au prestigieux lycée Gouraud. Le sultan Mohammed V a le même réflexe, lui qui le nomme, sans doute sur le conseil du Mouvement national alors très influent, professeur au collège impérial, ancêtre de l'actuel Collège royal.
Et voilà comment un révolutionnaire issu du petit peuple devient le maître (à calculer) des futures élites françaises et marocaines.
En jeune adulte accompli, moderne, polyglotte (il parle déjà l'anglais, en plus d'une parfaite maîtrise de l'arabe et du français), Ben Barka survole les allées du lycée Gouraud et, plus encore, celles du Collège impérial et ses prestigieux pensionnaires. Parmi ses élèves, un certain Moulay Hassan, son cadet de neuf ans, mais aussi des fils de notables ou des enfants choisis par le Mouvement national pour accompagner l'éducation du jeune prince (Moulay Hassan), selon la formule usitée à l'époque. Notons, par exemple, que parmi ses élèves figure, entre autres, un certain Ahmed Osman, futur premier ministre et beau-frère de Hassan II. Rien à dire, par ailleurs, sur cette cohabitation entre Ben Barka et le futur Hassan II.
Mehdi était déjà la fierté de son père, il allait désormais être celle de tout le Mouvement national. En 1943, il participe à la création officielle du Parti de l'Istiqlal où il est l'un des tout premiers à avoir définitivement opté pour le costume-cravate à l'européenne. Le détail est important. A l'image de ses tenues vestimentaires, les idées du jeune leader (travailler, apprendre les sciences) tranchent très clairement avec le discours des zouâma du Parti, exclusivement dédiées à l'identité arabo-musulmane des Marocains. La même année, le jeune homme arrive à se faire élire, haut la main, à la tête de l'association des anciens du collège Moulay Youssef. Un petit détail mais une grande victoire, la première, contre la petite bourgeoisie rbatie.
En 1944, Mehdi fait logiquement partie des signataires (il en est même le plus jeune) et rédacteurs du Manifeste de l'Indépendance. Il pousse le luxe jusqu'à présenter, en anglais, le document aux Américains, alors fraîchement débarqués au Maroc. Il gagne alors définitivement le statut peu enviable d'ennemi Numéro Un de la présence française au Maroc. Le retour de bâton ne se fait pas attendre : la même année 1944, à la veille de la défaite de l'Allemagne nazie, Mehdi est jeté en prison. L'ironie du destin a voulu qu'il soit incarcéré à Laâlou, à deux pas de l'école des fils de notables où il avait l'habitude d'accompagner son frère Brahim. A Laâlou, il n'arrive pas à oublier complètement les maths puisqu'il s'arrangera pour donner des cours
à la fille du directeur de la prison.
Changement de cap quand, recouvrant sa liberté en 1946, Ben Barka tourne la page des mathématiques et se consacre exclusivement à deux causes : le parti et l'indépendance. C'est lui qui met sur pied la presse du parti (Al-Alam), organise les archives du Mouvement national et fait des correspondances
à la toute nouvelle Organisation des Nations-Unies pour demander l'indépendance du royaume.
L'homme aux deux poumons, aux deux cerveaux, n'a pratiquement pas de vie privée. Il travaille en permanence et dort si peu. En 1951, pourtant, il fait le pas et décide de se marier. Et il le fait à l'ancienne. Mehdi et son frère décident en effet de s'unir aux surs Bennani, descendantes d'une famille respectée de Rabat. Les deux couples célèbrent leurs mariages le même jour et s'installent, ensemble, dans la même demeure, sise à Diour Jamaâ. Le tout-Rabat parle alors de Dar Ben Barka, qui ne désemplit pratiquement jamais, même quand Mehdi n'est pas là. Les deux couples ne sont pourtant que locataires puisque la demeure appartient à une figure du Mouvement nationale.
Le Ben Barka des années 1950 est un homme à l'envergure déjà internationale, mais aux besoins minimes : insensible aux plaisirs de la vie, il ne boit pas, ne fume pas et, contrairement à l'écrasante majorité de ses congénères, il ne possède aucun bien, si ce n'est une voiture personnelle. Il semblait être né pour travailler, travailler, et encore travailler résume la chronique de l'époque. L'homme semble avoir épousé une deuxième femme : son parti, dont il est déjà la principale cheville ouvrière. Il sillonne le pays de long en large, implantant l'Istiqlal aux quatre coins du pays et ralliant, au passage, les jeunes et les paysans. Sa méthode casse pourtant avec le moule ambiant : il parle souvent en darija, va droit à l'essentiel (éducation, santé), fait constamment référence aux vertus du travail, refuse de se laisser embrasser la main, etc. En un mot, il ne fait rien comme les dirigeants classiques de l'Istiqlal. Déjà que, étant donné ses origines modestes, il ne leur ressemblait pas beaucoup...
Les prémices de la cassure avec Allal El Fassi et les autres historiques de l'Istiqlal sont là. Mais, heureusement pour le pays, la crise n'aura pas le temps d'éclater au grand jour puisque, dans la même année 1951, la résidence française, débordée par la montée du nationalisme, décide d'en exiler les principales icônes.
Ben Barka est séparé de ses camarades de lutte et expédié en résidence assignée à Midelt, ensuite à Ksar Souk (Errachidia), pour finir à Talsinnt, là même où un demi-siècle plus tard le Maroc a cru découvrir des gisements de pétrole ! En l'éloignant progressivement du centre de décision (Casablanca - Rabat), la résidence vise à couper l'exilé de tout contact avec le petit peuple. Cause perdue : partout où il est assigné, la nouvelle (Al-Mahdi parmi nous !) se répand comme une traînée de poudre et les villageois transforment sa résidence pratiquement en lieu de pèlerinage. Mehdi, lui, en profite pour apprendre la dernière langue qui lui échappe encore : le tamazight. Et alimente le patrimoine du parti par des rapports soutenus sur les régions qu'il découvre. 400 pages au total, rien qu'en 1952 !
Notons, pour l'anecdote, qu'au fil de ces trois longues années de solitude, l'exilé a reçu régulièrement la visite de sa femme Ghita, ainsi que de sa mère. Mais pas de son père, vieillissant, resté à Rabat.
Trop fort, trop tôt
à son retour d'exil, Ben Barka est un homme remis à neuf. Son leadership istiqlalien ne fait plus aucun doute et l'homme colle parfaitement à l'étiquette de dynamo qui lui collera à jamais au dos. Dynamo ? Oui, confirme ce vieux militant de l'UNFP (ndlr parti fondé par Ben Barka en 1959). Mehdi avait des choses à dire, et du temps, pour tout le monde. On se demandait parfois sérieusement s'il lui arrivait de dormir, de se reposer. Il donnait l'impression d'être partout, c'était une formidable dynamo
mais dans une voiture qui ne marche pas, une ampoule de 220 volts dans une chambre éclairée à la bougie. Trop fort, trop tôt ? Possible. Le même témoin raconte : Un jour, Mehdi était venu assister au travail d'une section locale de l'Istiqlal dans le sud-est du pays, il en a profité pour demander la composition du bureau. Quand il a pris connaissance des profils élus, il a vu rouge. à ses yeux, la section avait porté des analphabètes et des incompétents à sa tête. C'est inadmissible, nous a-t-il dit, il faut tout refaire, arrangez-vous pour dégager un nouveau bureau !.
Dictateur malgré lui, ou dictateur tout court ? Aujourd'hui encore, les avis divergent. Mais le fait est que Ben Barka, pas toujours bien entouré, fait tout lui-même. L'homme-orchestre de l'Istiqlal participe aux négociations d'Aix-les-Bains pour l'indépendance, s'occupe personnellement de la sécurité du cortège royal au retour d'exil de Mohammed V (à l'indépendance, la police et l'armée n'existaient pas encore, c'est donc le parti de l'Istiqlal qui encadrait les mouvements de foule) où il est secondé, entre autres, par un jeune de 20 ans, Mohamed Elyazghi. C'est lui, plus que la vieille garde de l'Istiqlal, qui apparaît, du moins auprès des jeunes, comme le grand artisan de l'indépendance, juste derrière le Sultan.
Mais le Maroc de l'après-indépendance est tout sauf serein. Les règlements de comptes, les reniements et les assassinats fusent de partout, sur fond de luttes de pouvoir à tous les niveaux : entre le Palais et ses nombreux ennemis (partis, anciens résistants toujours armés), et au sein même de l'Istiqlal. Ben Barka peut être lucide et conclure une énième querelle partisane par un retentissant : Messieurs, n'oubliez pas le plus important : retournez chez vous auprès des vôtres, et emmenez tous vos enfants à l'école !. Il peut aussi, toujours au nom de l'Istiqlal, perdre de son flegme quand il s'agit de régler le cas de telle ou telle tête brûlée surgie de l'arrière-pays pour le ramener dans le giron de l'Istiqlal. Abbes Messaâdi, fier rifain assassiné en 1956, a-t-il été, comme certains l'avancent, une victime directe de Ben Barka ? Difficile de trancher, tant les deux versions des faits semblent se valoir : Messaâdi tué sur ordre de Ben Barka pour se débarrasser d'un résistant qui refusait de désarmer pour rejoindre obséquieusement l'Istiqlal
ou Messaâdi tué par le Makhzen pour ternir l'étoile trop flamboyante du même Ben Barka. Confirmation : les deux hypothèses se valent.
L'antécédent Messaâdi jette le trouble, dans tous les cas, sur les rapports de Ben Barka avec une bonne partie des anciens résistants. Il vient rappeler une vérité que le jeune zaïm avait sans doute comprise de lui-même : Il avait beau être le plus brillant et le plus méritant d'entre tous, il ne ferait jamais l'unanimité parmi les siens, il s'exposait trop pour être un fédérateur comme le décrit ce témoin de l'époque, sévère mais sans doute lucide.
Entre 1956 et 1959, l'homme repousse ses propres limites. Il est, politiquement et socialement, le deuxième homme fort du pays après Mohammed V. Il croit au jeune Etat fraîchement indépendant, et a encore l'oreille du sultan qui n'hésite pas à le solliciter dans les coulisses pour jouer les conseillers, les arbitres. Ce sera tout. En parallèle à la décision, capitale, de fonder l'UNFP (Union nationale des forces populaires) avec les Abderrahim Bouabid, Fqih Basri et Mahjoub Benseddik, Ben Barka mesure en effet rapidement qu'il court droit à l'affrontement avec la monarchie, beaucoup plus personnifiée par le prince héritier Moulay Hassan, son ancien élève, que par le sultan Mohammed V. Mais à la guerre comme à la guerre ! Ben Barka, et l'UNFP, s'appuient sur une large base populaire, un syndicat (l'UMT), un bon réseau médiatico-diplomatique et, surtout, sur les réalités du terrain : le Maroc de l'Indépendance, malgré les discours, malgré la Route de l'Unité (une uvre de Ben Barka, encore une) court à la dérive, gangrené par la corruption et la médiocratie. Mais, en l'occurrence, Ben Barka a-t-il surestimé ses propres forces ? Ou sous-estimé celles de ses -déjà- nombreux adversaires.
Course-poursuite contre la mort
À partir de 1959, année de la création de l'UNFP mais aussi de la mort de son propre père, la vie de Ben Barka bascule définitivement. Le compte à rebours est déclenché. En décembre de la même année, le leader socialiste est accusé, avec d'autres jeunes ténors de l'UNFP, d'avoir voulu attenter à la vie de Moulay Hassan. Vrai ou faux, Mohammed V, par prudence et calcul politique, décide de passer l'éponge, contre l'avis de son propre fils. Mais le mal est fait. Méfiant, Ben Barka tente un premier exil en France dès janvier 1960. Il en revient triomphant à l'aéroport de Rabat-Salé quelques mois plus tard, auréolé du titre mérité de coordonnateur de la Tricontinentale (une sous-ONU regroupant les continents émergents que sont l'Afrique, l'Asie et l'Amérique latine). Le contact n'est pas encore définitivement rompu avec le futur Hassan II, des émissaires tentent encore de jouer les bons offices entre les deux hommes. Mais ce n'est qu'un trompe-l'il : à Rabat, Ben Barka est constamment sur écoute, ses moindres faits et gestes sont épiés, sa maison fait l'objet d'une surveillance qui confine parfois au siège, etc.
En un mot, Ben Barka est en danger. A peine le temps de retrouver sa petite famille et son parti que les hostilités reprennent de plus belle. En mai 1962, il est victime d'une tentative d'assassinat déguisée en accident de la route, entre Casablanca et Rabat. Le temps de préparer les premières élections du pays, en 1963, et voilà qu'une terrible campagne de répression s'abat sur tout le parti. Ben Barka, grâce à sa méfiance légendaire, a senti le coup venir : il s'exile de nouveau, cette fois en direction de l'Algérie. Il ne remettra plus jamais les pieds dans ce Maroc, passé du règne de Mohammed V à celui de Hassan II.
Sa famille, d'abord restée à Rabat, finit elle aussi par prendre la route de l'exil, après une perquisition d'une incroyable violence. Elle aussi ne remettra plus les pieds au Maroc jusqu'en 1999, peu après l'avènement de Mohammed VI
Les deux dernières années de sa vie, Mehdi Ben Barka a été un homme courtisé par les plus grands chefs d'Etat (Nasser, Castro, etc.) mais traqué par toutes les polices du monde, à commencer par celle de son cher pays : le Maroc. Il a volé, littéralement, de capitale en capitale, et passé le plus clair de son temps entre Alger, le Caire et Genève. Il a été rattrapé par son destin le 29 octobre 1965, jour de son enlèvement en plein centre-ville à Paris. Sa petite famille ne l'apprendra que le lendemain, via des amis de la presse égyptienne. La mère de Mehdi, sous le choc, restera tétraplégique avant de décéder en 1970. Ses amis de l'UNFP n'ont pas été les plus prompts à se rendre au chevet de sa famille pendant qu'elle était encore en exil au Caire (à part les anonymes, Abderrahmane Youssoufi a été l'un des premiers à nous rendre visite peu après la disparition, révèle aujourd'hui Bachir Ben Barka). Quant à la fameuse maison Ben Barka à Rabat, elle a continué de recevoir des fleurs anonymes déposées à la sauvette par de simples citoyens, avant d'être piétinées par la police toujours aux aguets, ou simplement fanées par le temps qui passe. Cette maison, qui aurait mérité d'être transformée en musée, a été rasée dans les années 1980. Elle était sise Avenue Témara, rebaptisée depuis avenue Hassan II. |
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Texto. L'enseignement : une obsession
Même s'il a très vite quitté l'enseignement pour la politique, Mehdi Ben Barka a toujours été un grand pédagogue. En 1943, quand il envoie un mémorandum au sultan Mohammed V, lui recommandant la scolarisation des filles, aucune Marocaine n'avait encore obtenu de Certificat d'études primaires. Au lendemain de l'indépendance, Ben Barka met la lutte contre l'analphabétisme et la scolarisation du plus grand nombre en tête de ses priorités. Il y va de la pérennité de toutes nos réalisations, disait-il. Le système d'enseignement devait, selon lui, fournir en priorité au pays nouvellement indépendant des cadres dans le domaine de la recherche scientifique, préalable indispensable à tout projet de développement. Ben Barka était ensuite un fervent partisan d'une arabisation
progressive. La langue arabe, expliquait-il, doit progressivement et doucement se faire sa place à côté des langues déjà existantes (NDLR : français et espagnol), c'est aussi un symbole de souveraineté. Mais en aucun cas, elle ne devrait se substituer à ces langues.
Réaliste jusqu'au bout, Ben Barka capitalise sur les institutions d'enseignement supérieur léguées par la France pour installer le système universitaire marocain. Nous avons des noyaux valables pour la création de notre système universitaire, il ne sert à rien de faire table rase et de tout reprendre à zéro, affirmait-il dans une conférence donnée à Azrou en 1957. 50 ans après cette conférence, le système scolaire marocain ne s'est toujours pas relevé des effets dévastateurs d'une arabisation brutale et d'une nette marginalisation de la recherche scientifique. Le pays affiche toujours un score affligeant en matière d'analphabétisme. |
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Parcours. Les dates-clés
Son parcours politique à proprement parler n'aura duré que 20 ans : suffisant pour marquer l'Histoire contemporaine du Maroc.
1920. Naissance à Rabat.
1935. Le jeune Mehdi est repéré par un dirigeant du Mouvement national, Mohamed Lyazidi, qui le prend sous son aile et le recrute au sein du Parti de l'Istiqlal.
1939. Il obtient son baccalauréat, option mathématiques. Le déclenchement de la Seconde guerre mondiale l'empêche de poursuivre ses études en France. Il s'installe donc en Algérie pour décrocher sa licence en sciences mathématiques.
1942. Ben Barka revient au Maroc et enseigne les maths au lycée Gouraud et au lycée impérial.
1943. Il adresse un mémorandum au sultan du Maroc lui recommandant la scolarisation des jeunes marocaines.
1944. À 24 ans, il est le plus jeune signataire du Manifeste d'indépendance. Emprisonné par la suite au pénitenter de Laâlou à Rabat.
1951. Le Résident général de l'époque considère Ben Barka comme l'opposant le plus dangereux à la présence française au Maroc et le condamne à l'exil dans la région de Tafilalet. Il y restera jusqu'en 1954.
1955. Mehdi Ben Barka veille personnellement à l'organisation du retour d'exil de Mohammed V.
1956. Il est nommé président du Conseil national consultatif, première institution législative désignée par Mohammed V.
1957. Cet été, Ben Barka suit personnellement la construction de la Route de l'Unité dont il a tant rêvé et réussit son pari: faire construire par de jeunes bénévoles, venant de tout le pays, une route de 60 km reliant le Rif au centre, en moins de quatre mois.
1959. Il annonce la création de l'Union nationale des forces populaires (UNFP), l'ancienne aile jeune et gauche de l'Istiqlal.
1960. Fuyant la répression, il prend ses distances et s'installe à l'étranger. C'est alors qu'il s'investit dans les organisations rassemblant les mouvements de libération afro-asiatiques.
1962. Ben Barka est accueilli en héros, lors du deuxième congrès de l'UNFP (passé à l'opposition) à Casablanca. Le 16 novembre, il échappe de justesse à un attentat sur la route de Casablanca.
1963. Il quitte à nouveau le Maroc et appelle à la création de la Tricontinentale, une organisation qui rassemblerait les mouvements de libération des trois continents (Afrique, Asie et Amérique latine).
1965. Mehdi Ben Barka est enlevé devant la brasserie Lipp à Paris, avant d'être torturé à mort par des membres des services secrets marocains et de disparaître à jamais. |
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Texto. La régionalisation : un nouveau concept de l'autorité
En 1957, Ben Barka, qui n'a jamais oublié ses origines modestes, presque paysannes, encadre une session de formation au profit des cadres du ministère de l'Intérieur sous le thème : La commune rurale, outil essentiel pour la démocratisation du monde rural. On se croirait en 2006 ! En 1957, donc, Ben Barka amorce les bases d'un découpage administratif intelligent. La commune rurale, expliquait-il, doit être une unité territoriale aux frontières délimitées selon les réalités géographiques, humaines, religieuses et politiques. Elle doit être dirigée par un président élu par la communauté et non par le caïd désigné par l'autorité centrale (
) La commune doit ensuite, poursuit-il, s'autogérer et générer une bonne partie des ressources nécessaires à son développement. Cela permettra une responsabilisation des habitants et un élargissement de leurs libertés politiques. Et le caïd, dans tout cela ? Il ne jouera plus ce rôle de gendarme mais de gestionnaire et coordonnateur de l'action des différentes délégations de l'Etat central dans la région. Le caïd ne perd pas au change puisqu'il sera amené à jouer un rôle social, économique et administratif important dans la vie de sa commune. Il sera le facilitateur de toutes les bonnes initiatives. On n'est pas très loin de l'actuel discours sur la régionalisation, le nouveau découpage administratif, les super walis et, finalement, le nouveau concept de l'autorité ! |
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Texto. Le Maghreb : l'union nécessaire
En 1958, le duo Bouabid - Ben Barka observe avec inquiétude la constitution, de l'autre côté de la méditerranée, de la Communauté économique européenne (CEE, ancêtre de l'UE), premier partenaire économique des pays du Maghreb. Les deux hommes décident, après consultation d'Allal El Fassi, d'uvrer pour la constitution d'un bloc du Maghreb arabe, seul moyen de faire le poids face au bloc européen naissant. De nombreuses recommandations seront émises lors d'un congrès tenu à Tanger en 1958 (comme l'adoption d'une tarification douanière unifiée ou la création d'un conseil consultatif maghrébin)
mais resteront inappliquées à ce jour. Pour autant, Ben Barka n'abandonne pas sa lutte pour un Maghreb indépendant et pacifié. Il milite, avec ferveur, pour l'indépendance de l'Algérie, suit avec intérêt la vie politique tunisienne et sympathise avec les voisins algériens lors de la fameuse guerre des sables. Ce qui lui vaudra la colère de Hassan II. Jusqu'au bout, il continuera cependant à appeler à un Maghreb des peuples reconnaissant au passage, l'utilisation de certains régimes de la carte de l'unité maghrébine comme une simple carte politicienne et conjoncturelle. On y est encore. |
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29 octobre 1965. Le récit d'une journée particulière
En déplacement à Paris pour le projet du film Basta, Ben Barka devait rencontrer les producteurs à la Brasserie Lipp. Il ne les verra jamais....
Le 29 octobre 1965, un vendredi, Mehdi Ben Barka a débarqué à 9h à l'aéroport dOrly à Paris. Il venait de passer deux nuits à Genève, son lieu de résidence habituelle en tant que réfugié politique. Son emploi du temps parisien était chargé puisque le leader en exil devait, en 36 heures (son retour à Genève était programmé pour le 30 octobre à 20h), enchaîner six rendez-vous. Au menu du 29 octobre, Ben Barka devait rencontrer, vers 11h, Thami Azemmouri, un étudiant marocain censé lui préparer une documentation pour le projet du film Basta, principal objet de son déplacement à Paris. A 13h, il devait enchaîner avec les producteurs de Basta en vue de régler les derniers détails concernant le tournage du film. A 15h, il était attendu par un mystérieux émissaire de l'Elysée (à l'époque, toute l'actualité était dédiée aux préparatifs d'un retour possible de Ben Barka au Maroc, et le président De Gaulle était censé favoriser cette heureuse éventualité). A 19h, il devait rencontrer un autre opposant marocain en exil. Le lendemain 30 octobre, un samedi, Ben Barka avait prévu de voir, dans la matinée, Gisèle Halimi, une célèbre avocate connue pour son engagement dans la lutte pour les droits de l'homme. Début d'après-midi, le dernier rendez-vous coché sur l'agenda de l'opposant marocain était convenu avec Edgar Faure, éminente personnalité française et ancien acteur majeur des accords d'Aix-les-Bains pour l'indépendance du royaume.
Dès son arrivée à Paris, Ben Barka sait qu'il n'a pas de temps à perdre. Muni de son porte-documents, il se rend immédiatement au domicile parisien de son ami juif marocain Jo Ohana sur les Champs-Elysées. Un parcours habituel pour l'opposant marocain, qui a fait du domicile d'Ohana, dont il a d'ailleurs le double des clés, son hôtel particulier quand il est de passage dans la capitale française. Deux heures après son arrivée à Orly, Ben Barka est attablé comme prévu en face de Thami Azemmouri, dans un drugstore sur les Champs-Elysées. A la mi-journée, les deux hommes prennent un taxi ensemble pour se rendre à Saint-Germain-des-Prés où Mehdi devait enchaîner avec son rendez-vous de 13h. C'est à leur arrivée en face de la brasserie Lipp, où le rendez-vous avec les producteurs de Basta était fixé, que tout bascule. Thami Azemmouri est accosté par des Marocains (des policiers en civil comme on l'apprendra plus tard) qui le poussent à vider les lieux, alors que Ben Barka, qui a eu le temps de traverser la chaussée, est abordé par deux policiers français : Roger Voitot et Louis Souchon. Monsieur Mehdi Ben Barka ? Police française, nous avons l'ordre de vous emmener à un important rendez-vous avec une personnalité française. Malgré sa méfiance légendaire, Ben Barka a accepté d'accompagner les deux policiers dans leur voiture. Que s'est-il passé dans sa tête à ce moment précis : que son rendez-vous de 15h avec une haute personnalité française était avancé ? Que les policiers français étaient là pour assurer sa sécurité sur le sol parisien ?
Bizarrement, ce n'est que le lendemain que la disparition du célèbre opposant fera peu à peu le tour du monde. Azemmouri et d'autres connaissances de Mehdi se relaient pour répercuter l'information qui atterrit, dans la matinée du 30 octobre, sur le bureau du président Charles de Gaulle. Elle est diffusée quelques heures plus tard, le même jour, sur les ondes de la radio française. Et ce n'est que le surlendemain, le 31 octobre, que la presse écrite française prend à son tour le relais. Il n'y a plus aucun doute possible : Mehdi Ben Barka, aussi célèbre soit-il, a bel et bien disparu en plein jour dans la capitale française. |
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Texto. Vie publique : d'abord, moraliser !
Si Mehdi Ben Barka en avait eu le pouvoir, il aurait définitivement interdit aux militaires toute ingérence dans la vie politique marocaine. La place des militaires, c'est la caserne, avait-il l'habitude de répéter. L'homme avait particulièrement une dent contre les militaires ayant servi sous le protectorat (comme le général Oufkir). Il n'hésitait d'ailleurs pas à les accuser publiquement de corruption et d'incompétence. Ce qui explique sa volonté de former, très vite, des cadres (civils) qui prendraient les rênes du jeune pays indépendant, et couperaient ainsi la route aux sécuritaires. Ben Barka encourageait la création d'associations, le travail bénévole et la participation des Marocains à l'effort de construction du nouvel Etat. Je veux un citoyen militant, qui agit sur son quotidien plutôt qu'un citoyen spectateur qui le subit. réglons tous nos horloges : ce discours a bien été prononcé dans les années 1950-1960, et non en 2006. |
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Dernier mot. Il avait tout dans les yeux
Avant d'être une tragédie marocaine, l'histoire de Ben Barka, son odyssée, ont d'abord été un rêve, quelque chose de merveilleux. Un fils du peuple, petit, nerveux, qui s'accroche pour aller à l'école malgré les règlements stupides qui le lui interdisent, qui réussit et qui monte, monte. Comment ne pas y voir une sorte de rêve marocain avant l'heure, un message d'espoir pour des millions de Marocains, ceux de 1920 comme ceux de 2006. Mais, ce rêve est peut-être allé trop vite (à sa mort il avait 45 ans à peine), trop haut. Devenu trop grand, il s'est alors éteint. Ben Barka aurait pu être un chef d'Etat, il est aujourd'hui un disparu dont le corps n'a jamais été retrouvé, un mort sans sépulture. Et cela dure depuis 41 ans. S'il y a une première leçon à tirer de son histoire, la plus immédiate et sans doute la plus universelle, c'est qu'il faut la connaître ! Ce n'est pas seulement l'histoire personnelle de Ben Barka, mais celle du Maroc. Elle est très actuelle puisque les préoccupations du jeune Ben Barka sont toutes de notre temps. Dans le fond comme dans la forme, il a été l'un des tout premiers à avoir réellement essayé de changer quelque chose. Romantique ? Peut-être. Mais imaginez, un instant, qu'il ait survécu au piège (le énième) qu'on lui avait tendu en 1965 et que l'une de ses devises ait été prise au sérieux (Vos enfants doivent tous aller à l'école, les militaires doivent retourner dans les casernes, etc)
Et puis, admettons-le, le Maroc n'a pas rendu justice à cet homme exceptionnel. Il n'a jamais dit la vérité sur ce qui s'est passé. Il a attendu 34 ans pour permettre le retour de sa famille et presque autant pour oser baptiser une avenue de son nom. Et il a toujours piétiné les roses déposées devant la porte de son ancienne demeure à Rabat ! Réparer une injustice aussi monstrueuse passe par des gens simples. Raconter l'histoire du disparu, ouvrir les archives confidentielles de l'Etat marocain, éviter de légitimer coûte que coûte son assassinat en lui prêtant le rôle de comploteur, de mécréant, de l'anti-démocrate, voire de l'assassin tout court.
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