France. Paris "nettoie" ses aéroports
Sans quils sachent pourquoi, 43 bagagistes musulmans de l'aéroport de Roissy se sont vu retirer leur habilitation et risquent le licenciement. Les autorités françaises invoquent le danger terroriste.
Il ne fait pas bon être bagagiste de confession musulmane à Roissy. Après l'affaire de Abderrazak Benseghir accusé - à tort - d'être terroriste suite à la découverte d'explosifs dans sa voiture en décembre 2002, voilà que 43 bagagistes musulmans se voient retirer leur badge, délivré par la préfecture de police, en raison de leurs convictions |
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religieuses. Désormais, ils n'ont plus accès à la zone sous douane, réputée sensible en termes de sécurité. Que leur reproche-t-on ? Ils ne le savent pas eux-mêmes !, déclare à TelQuel, outré, Eric Moutet, avocat du syndicat CFDT, qui a porté plainte pour discrimination dans cette affaire. Ils sont stupéfaits d'une telle décision. Ils ont pour la majorité entre 5 et 9 ans d'ancienneté, poursuit-il.
Délit de sale gueule ?
La décision de la préfecture a été prise après une enquête de plusieurs mois de l'unité centrale antiterroriste. Dès le mois d'août, les bagagistes recevaient un courrier affirmant qu'ils représentaient un danger significatif pour la sécurité de l'aéroport. Puis interrogés par la police de l'air et des frontières le même mois. Le couperet est tombé le 21 octobre, avec l'annonce faite par le ministre de l'Intérieur et des Cultes, Nicolas Sarkozy : Il y a 43 personnes à qui nous avons retiré l'habilitation. Il n'y a là aucun délit de sale gueule. Des éléments nous amenaient à leur interdire l'entrée sur la surface d'un aéroport. Je ne peux pas accepter que des personnes, qui ont une pratique radicale, travaillent sur une plateforme portuaire. Et le ministre d'enfoncer le clou : Notre devoir, c'est de veiller à ce que ces gens n'aient, ni de près ni de loin, de liens avec des organisations terroristes. Le sous-préfet chargé de la zone portuaire, Jacques Lebrot, a essayé de calmer les esprits en précisant que le fait d'être musulman n'est absolument pas un critère dans ces sanctions, tout en ajoutant que le risque terroriste est très important en France (
). Quelqu'un qui va passer ses vacances plusieurs fois par an au Pakistan, cela nous amène à nous poser des questions.
Plaintes en cascade
Les employés concernés, eux, ont dénoncé une paranoïa ambiante. Le plus triste, c'est qu'ils risquent le licenciement. Des procédures sont déjà lancées par leur société, s'indigne Me Moutet. L'avocat de la CFDT ajoute que d'autres personnes sont aussi visées : Au total, 80 personnes sont menacées de retrait de badge. Cette chasse aux employés musulmans, d'après le Collectif contre l'islamophobie en France, a commencé fin 2005, puis elle a été médiatisée en avril dernier avec la publication du livre Les Mosquées de Roissy de Philippe de Villiers. Le président du Mouvement pour la France (MPF, droite nationaliste) y fustigeait l'existence de salles de prière officieuses et l'infiltration d'islamistes à l'aéroport. Quatre mois plus tard, le ministère de l'Intérieur annonçait avoir fermé tous les lieux de culte officieux.
Aujourd'hui, Paris donne l'impression de vouloir nettoyer ses aéroports. Les bagagistes sont sous le choc. Depuis six ans que je travaille à Roissy, il n'y a jamais eu de problèmes, affirme Mohamed Seddiki, agent d'exploitation. Sous couvert d'anonymat, un autre employé musulman avoue que, lors de son interrogatoire à la sous-préfecture, on m'a demandé si je faisais la prière, si j'avais fait un pèlerinage à la Mecque. Oui je suis allé à la Mecque avec ma femme, et alors ?.
Tentant de ménager la chèvre et le chou, Sarkozy avoue que peut-être qu'on s'est trompé. S'ils se croient victimes de discrimination, quils fassent valoir leurs droits devant les tribunaux. C'est désormais chose faite. Six bagagistes ont déjà lancé une procédure en référé au tribunal administratif, contre la décision de la préfecture de Seine Saint-Denis. Une enquête préliminaire a été ouverte suite à la plainte de la CFDT pour discrimination. Le sous-préfet devrait nous donner plus d'éléments lundi prochain, déclare Eric Moutet, et l'audience devant le tribunal administratif est fixée au 10 novembre. Toujours est-il que le temps ne joue pas en faveur des bagagistes. |