Zakaria Boualem se demande pourquoi les Marocains refusent de faire la queue
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Zakaria Boualem, lintrépide héros de Guercif, vogue à bord de la Zakariamobile en direction de Sebta. Lhomme a déjà voyagé à létranger et nous avons déjà eu loccasion de rapporter fidèlement ses péripéties dans les autres pays. Oui, mais voilà : lorsquil voyage à létranger, en général il prend lavion. De par ce fait, il senvole, passe plusieurs heures en plein ciel et finit par atterrir dans un endroit qui ne ressemble en rien à celui quil a quitté. Cest logique, parce que cest loin. Mais dans le cas de Sebta, cest très différent. Cest une affaire de quelques mètres, et ça change tout : la continuité géographique est mise à mal par cette frontière. Soyons honnêtes, un voyage à Sebta constitue une expérience cruelle. Analysons-la. Arrivé à la frontière du côté marocain, une première constatation simpose : il se trouve en plein soleil avec toute une armée dindividus apparemment désoeuvrés qui semblent attendre quelque chose. Mais quoi ? La réponse ne tarde pas à simposer : ils attendent tous Zakaria Boualem. Il y a celui qui veut lui vendre le formulaire de la police, un autre qui veut lui fourguer quelques euros, un troisième qui lui propose d accélérer toutes les démarches administratives
Bref, tout un tas de services à faible valeur ajoutée mais qui font que notre pays, au taux de chômage tellement énorme quon se refuse à le mesurer sérieusement, ne sombre pas dans le chaos. Zakaria Boualem entame lopération délicate de tamponnage de passeport. Pour la réaliser correctement sans choper un lumbago, il faut être
un nain. Un architecte a eu en effet lidée étrange de placer le guichet à environ 1 m 50 du sol, ce qui |
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| oblige le voyageur à se plier en deux pour avoir accès au policier. Ledit policier, sans doute par crainte dune agression, a jugé utile de sabriter derrière une grille en fer forgé qui lui bouche la vue, et tout ce petit monde converse en hurlant, histoire de couvrir les jérémiades des gens qui attendent. Evidemment, je ne vous parle pas de la file qui nexiste pas, ni même de cet étrange sport national qui consiste à trouver un moyen de contourner celui qui est devant soi. Tout le monde sait de quoi il sagit. Il faudra juste quon explique à Zakaria Boualem un jour pourquoi les Marocains, à la patience pourtant légendaire, refusent de faire la queue. Pourquoi ils attendent depuis 50 ans un système de santé publique décent ou un métro à Casablanca alors quils refusent quelques minutes de queue
Mais nous nous éloignons de lessentiel. Lessentiel, cest que le côté marocain bouchonne systématiquement alors que le côté espagnol est incroyablement fluide. Normalement, ce sont les Espagnols qui devraient bouchonner, et ce pour plusieurs raisons. La plus évidente, cest quon est plus content dy aller quils ne le sont de nous recevoir. Cette phrase un peu tordue pour dire que eux doivent vérifier plus de trucs que les policiers marocains, à qui on demande juste de nous laisser sortir. Ils doivent vérifier le visa, vérifier quon ne se trimballe pas avec quelques extraits du cru Ketama 97, sassurer que personne na pris la place de la roue de secours ou quon ne cache aucune barbe terroriste sous le menton
Etonnement, ils font tous ces contrôles sans créer de bouchon. Nos fins limiers nationaux, eux - comme sobstine à les qualifier lOpinion en 2006 - se contentent de remplir des fiches de police et de tamponner les passeports. Il est légitime de se poser la question : à quoi servent ces fiches ? Combien de fiches la police a-t-elle stockées depuis sa création ? Est-on capable de retrouver une fiche datant de 1992, par exemple ? La forêt de la Maâmora est-elle mise en danger par cette terrible paperasse ? Zakaria Boualem suppose que tout est informatisé, et que les fiches sont saisies. Alors pourquoi le papier avant la saisie ? LA réponse simpose delle-même : pour plus de contrôle. Et là, Zakaria Boualem rigole, parce quil sait que trop de contrôle tue le contrôle on apprend ça en première année dinformatique. Et quà force de multiplier les procédures, on ne sécurise que nos responsables et surtout pas les procédures. Y a-t-il quelquun pour leur expliquer ? |