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N° 245
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Zakaria Boualem se demande pourquoi les Marocains refusent de faire la queue

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Zakaria Boualem, l’intrépide héros de Guercif, vogue à bord de la Zakariamobile en direction de Sebta. L’homme a déjà voyagé à l’étranger et nous avons déjà eu l’occasion de rapporter fidèlement ses péripéties dans les autres pays. Oui, mais voilà : lorsqu’il voyage à l’étranger, en général il prend l’avion. De par ce fait, il s’envole, passe plusieurs heures en plein ciel et finit par atterrir dans un endroit qui ne ressemble en rien à celui qu’il a quitté. C’est logique, parce que c’est loin. Mais dans le cas de Sebta, c’est très différent. C’est une affaire de quelques mètres, et ça change tout : la continuité géographique est mise à mal par cette frontière. Soyons honnêtes, un voyage à Sebta constitue une expérience cruelle. Analysons-la. Arrivé à la frontière du côté marocain, une première constatation s’impose : il se trouve en plein soleil avec toute une armée d’individus apparemment désoeuvrés qui semblent attendre quelque chose. Mais quoi ? La réponse ne tarde pas à s’imposer : ils attendent tous Zakaria Boualem. Il y a celui qui veut lui vendre le formulaire de la police, un autre qui veut lui fourguer quelques euros, un troisième qui lui propose d’ accélérer toutes les démarches administratives… Bref, tout un tas de services à faible valeur ajoutée mais qui font que notre pays, au taux de chômage tellement énorme qu’on se refuse à le mesurer sérieusement, ne sombre pas dans le chaos. Zakaria Boualem entame l’opération délicate de tamponnage de passeport. Pour la réaliser correctement sans choper un lumbago, il faut être… un nain. Un architecte a eu en effet l’idée étrange de placer le guichet à environ 1 m 50 du sol, ce qui
oblige le voyageur à se plier en deux pour avoir accès au policier. Ledit policier, sans doute par crainte d’une agression, a jugé utile de s’abriter derrière une grille en fer forgé qui lui bouche la vue, et tout ce petit monde converse en hurlant, histoire de couvrir les jérémiades des gens qui attendent. Evidemment, je ne vous parle pas de la file qui n’existe pas, ni même de cet étrange sport national qui consiste à trouver un moyen de contourner celui qui est devant soi. Tout le monde sait de quoi il s’agit. Il faudra juste qu’on explique à Zakaria Boualem un jour pourquoi les Marocains, à la patience pourtant légendaire, refusent de faire la queue. Pourquoi ils attendent depuis 50 ans un système de santé publique décent ou un métro à Casablanca alors qu’ils refusent quelques minutes de queue… Mais nous nous éloignons de l’essentiel. L’essentiel, c’est que le côté marocain bouchonne systématiquement alors que le côté espagnol est incroyablement fluide. Normalement, ce sont les Espagnols qui devraient bouchonner, et ce pour plusieurs raisons. La plus évidente, c’est qu’on est plus content d’y aller qu’ils ne le sont de nous recevoir. Cette phrase un peu tordue pour dire que eux doivent vérifier plus de trucs que les policiers marocains, à qui on demande juste de nous laisser sortir. Ils doivent vérifier le visa, vérifier qu’on ne se trimballe pas avec quelques extraits du cru Ketama 97, s’assurer que personne n’a pris la place de la roue de secours ou qu’on ne cache aucune barbe terroriste sous le menton… Etonnement, ils font tous ces contrôles sans créer de bouchon. Nos fins limiers nationaux, eux - comme s’obstine à les qualifier l’Opinion en 2006 - se contentent de remplir des fiches de police et de tamponner les passeports. Il est légitime de se poser la question : à quoi servent ces fiches ? Combien de fiches la police a-t-elle stockées depuis sa création ? Est-on capable de retrouver une fiche datant de 1992, par exemple ? La forêt de la Maâmora est-elle mise en danger par cette terrible paperasse ? Zakaria Boualem suppose que tout est informatisé, et que les fiches sont saisies. Alors pourquoi le papier avant la saisie ? LA réponse s’impose d’elle-même : pour plus de contrôle. Et là, Zakaria Boualem rigole, parce qu’il sait que trop de contrôle tue le contrôle – on apprend ça en première année d’informatique. Et qu’à force de multiplier les procédures, on ne sécurise que nos responsables – et surtout pas les procédures. Y a-t-il quelqu’un pour leur expliquer ?

 
 
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