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Par Chadwane Bensalmia
Underground. Le Stoune du Halazoune
Comment une ode aux drogues douces, délire d'un lycéen oisif, s'est transformée dix ans plus tard en une comptine culte de la culture urbaine. Il était une fois, Stoune El Halazoune
Chkoun chkoun, chkoun li bgha El Maâjoune, Bach yched stoune, stoune El Halazoune
. On connaît tous la chanson, surtout les plus jeunes. Une chanson aux accords simples, aux vocalises bricolées et surtout au texte subversif bien enfumé (voir encadré). Le morceau est devenu un classique de la culture urbaine casablancaise - voire marocaine. Au coin des rues, les soirs d'oisiveté, sur la pelouse du COC |
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après un concert du Boulevard des jeunes musiciens, sur l'esplanade Moulay El Hassan à Essaouira durant le festival
on gratte sa guitare et on fredonne Stoune El Halazoune en choeur. Et dire que tout a commencé par un délire de lycéen.
Nous sommes en 1995. À Casablanca, il n'y a pas encore de Boulevard et la scène musicale casablancaise est tristement ronronnante. Dans le milieu lycéen, les gratteurs de guitare et autres aspirants musicos évoluent encore dans leur petit monde, entre soirées de copains et boeufs improvisés. À cette époque, le terme fusion n'était pas encore tendance et les tentatives musicales underground se limitaient aux vociférations des guitares metal.
Et c'est au lycée privé Al Jabr qu'une curieuse ébauche de fusion voit le jour. Amine B., un prodigieux dernier de la classe, franc adepte de l'école buissonnière et guitariste amateur de son état, griffonne ce refrain, un soir d'inspiration : Chkoun chkoun, chkoun li bgha El Maajoune, Bach yched stoune, stoune El Halazoune. Et entre deux refrains, il raconte sa galère quotidienne de lycéen. Il improvise ensuite une petite mélodie à quatre accords et le tour est joué. Le morceau est d'abord repris par le cercle d'amis, puis dans tout le lycée, avant d'atterrir dans les oreilles des autres lycéens de la ville. Sans en avoir conscience, Amine venait de créer une petite pépite de culture urbaine.
Hymne de la rue
Deux ans plus tard, le turbulent crée un groupe de musique, les Flying Picolos, avec quelques jabristes et un guitariste made in Lyautey. La bande se produit à la soirée de fin d'année de l'Ecole française des affaires (EFA). À l'époque, la majorité des groupes jouaient du rock ou du metal. Ce qui n'était pas très approprié pour animer une soirée en Caftan. La direction de l'école nous a un peu contactés dans l'urgence, nous raconte Mehdi B., alors guitariste du groupe.
Les organisateurs, au courant du répertoire des Picolos volants, demandent à la bande de faire l'impasse sur le fameux Stoune El Halazoune et son refrain, trop provocateur pour l'auditoire. La bande fait mine d'accepter. Mais une fois sur scène, le naturel est revenu au galop : Amine fait signe à ses potes de se lancer. Ils entonnent leur refrain
et se font illico virer de la scène. Ils n'auront jamais l'occasion de récidiver : les années lycée terminées, le groupe allait tout simplement disparaître. Ce n'est pas le cas de leur opus qui survivra pour devenir l'hymne informel du lycée El Jabr, où le morceau est transmis de classe en classe, de génération en génération. Peu à peu, la rue se l'approprie, et au refrain, éloge du Maâjoune, viennent se greffer de nouveaux couplets à la gloire du haschisch. La galère de lycéen, décrite par Amine B., est alors remplacée par celle des adeptes du Legalize it. Dix ans plus tard, le morceau est devenu la première leçon du guitariste débutant. Et ère numérique oblige, quelques bidouilleurs du Net ont été jusqu'à lui bricoler un premier clip animé, suivi aussitôt de quelques play-back filmés autour de la fameuse chanson, circulant également sur le site Youtube.com. Chkoun chkoun, chkoun li bgha El Maâjoune
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Extraits.
Ou chkoune ou chkoune, Ou chkoune libgha l'maâjoune. Bach i ched stoune, Stoune l'Halazoune Galèss Taht l'guitoune, Sersere ettilifoune Ou mchit' enchouf chkoune, L'qit Jim Morrisoune Hazzou sakadouates, Ou yallah bina lektama Ktama ya el mahboula, Ou ch'hal sattiti men daoula... |
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